Locke & Key: Welcome to Lovecraft

Locke & Key: Welcome to LovecraftJe savais déjà que Joe Hill écrivait des romans et des nouvelles. J’ai récemment découvert qu’il collaborait aussi au scénario d’une bande dessinée intitulée Locke & Key, avec l’illustrateur chilien Gabriel Rodriguez. Welcome to Lovecraft regroupe en un volume les six premiers numéros. (Il est préférable, je trouve, de se procurer ce genre de BD dans un format où sont reliés plusieurs numéros, car on nous y présente un récit complet sans interruption, même si le grand tableau reste une histoire à suivre.)

Comme le titre le laisse deviner, Locke & Key: Welcome to Lovecraft verse dans un fantastique sombre et gothique. Dès les premières pages, la famille Locke est embusquée par un adolescent tueur, et le père est brutalement assassiné. La mère et ses trois enfants déménagent alors en Nouvelle-Angleterre et s’installent sur l’île de Lovecraft dans la maison familiale de l’oncle Locke. Keyhouse est une bien étrange maison où sont cachées plusieurs clés qui affectent les portes qu’elles ouvrent: ceux qui les franchissent sont transformés. Bodle, le garçonnet, en découvre une qui sépare son esprit de son corps. Lors d’une de ses excursions spectrales, il découvre cachée au fond d’un puits une créature qui cherche à en sortir par tous les moyens, même en manipulant les gens à distance. Les choses replongent dans l’horreur quand le démon aide l’adolescent tueur à s’échapper de prison. Ce dernier se lance sur les traces de la famille Locke en laissant derrière lui une piste de cadavres.

L’histoire est fort bien narrée. On nous y présente un jeu habile de cases et de dialogues qui font reculer l’histoire dans le temps sans changer de décor, ou alors en opérant une transition élégante. Le point de vue de tous les membres de la famille nous est présenté: la mère devenue alcoolique, Ty l’aîné qui se sent responsable de la mort de son père, Kinsey l’adolescente qui remet son identité en question et Bodle, le garçonnet frondeur que tout le monde croit un peu fou. Les développements du récit laissent entendre qu’il existe des liens anciens entre le père Locke, des membres de la communauté de Lovecraft et le démon qui est prisonnier du puits, mais ce point n’est pas éclairci dans ce volume.

La bande dessinée baigne dans une atmosphère de mystère morbide ponctuée de scènes sanglantes. La tension est soutenue, il n’y a pas de cases gaspillées, pas de temps mort. Le dessin de Gabriel Rodrigez est soigné. C’est le genre de bande dessinée où les personnages sont immédiatement reconnaissables d’un chapitre à l’autre — et je ne peux pas en dire autant de toutes les BD fantastiques que j’ai lues. Les plans sont dynamiques et certains des cadrages sont franchement ingénieux.

Comme la maison est en réalité une sorte de manoir aux nombreuses portes, l’existence des clés magiques offre des possibilités sans fin pour la suite des événements. Hill aurait déjà développé le scénario pour plusieurs numéros subséquents. C’est vraiment une BD qu’il vaut la peine d’essayer.

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