Couvertures

Détail de _Obsession: A History_

Le site Typophile organise régulièrement des « batailles de typographie » et lançait récemment un défi fort intéressant: créer une couverture pour un livre fictif. Il s’agissait de choisir un titre au hasard via Wikipedia, trouver une image apparentée dans les archives photographiques du magazine Life, et combiner les deux. Les résultats sont inégaux, mais c’est fascinant de voir ce que certains ont réussi à faire à partir de matériel peu prometteur. (Typophile a déjà proposé un défi semblable avec des couvertures d’albums.) Notons que j’ai découvert ces batailles via le site de Kevin Church qui, stimulé par un tel défi, s’est penché sur les couvertures de comic books et s’est essayé à en refaire quelques-unes.

Je m’intéresse beaucoup aux couvertures de livres ces temps-ci. L’une de mes références favorites en la matière est Joseph Sullivan du Book Design Review; je vous recommande sa sélection des meilleures couvertures de 2008 (chaque titre est lié au billet où la couverture a d’abord été commentée). Ma préférée, je crois: Obsession: A History. C’est la quatrième fois que Sullivan fait une telle rétrospective: vous trouverez aussi des listes pour 2007, 2006 et 2005.

Je remarque que la firme Fwis tient aussi un site dans le genre, nommé Covers. De tels sites comportent des commentaires éclairés, mais pour en savoir plus sur l’alchimie d’une couverture, on peut aussi remonter à la source. Les lecteurs réguliers de ce blogue auront déjà apprécié les billets de Laurine sur ses illustrations de couverture; vous en trouverez quelques-uns sous l’étiquette « illustration » (eh oui, nous avons maintenant des étiquettes). Un autre aperçu digne d’intérêt: Paul Sahre, graphiste bien connu, offre sur son site un portfolio étoffé mais aussi une section « Killed » et une section « Regrets« . La première regroupe des concepts refusés par l’éditeur; la deuxième, des couvertures (et autres oeuvres) qui ont été publiées, mais ne font pas tout à fait la fierté de leur créateur pour autant. Je vous suggère aussi de visiter David Drummond, un graphiste canadien qui publie régulièrement des prototypes sur son blogue, en plus des couvertures finales. On y trouve quelques superbes réussites.

Les bons sites que j’ai trouvés jusqu’ici sont surtout en anglais. Pas si surprenant: sur un marché d’une telle taille, le choix de la couverture est crucial et les maisons d’édition peuvent y consacrer plus de budget qu’on le fait ici. Une couverture peut devenir un événement en soi. On retrouve tout de même une certaine audace en la matière sur le marché québecois depuis quelques années. J’avais déjà remarqué par exemple les couvertures des éditions Alto, à la fois sobres et vivantes. Leur nouveau site web me paraît très réussi — notez la manière dont l’en-tête et parfois même le logo changent pour chaque livre dans le catalogue. Il reste que le design de couverture paraît plus dynamique du côté des revues, telles Zinc et Biscuit chinois. Je continue à explorer ce que recèle l’édition et la blogosphère québécoise; peut-être vous reviendrai-je avec quelques trouvailles.

Ce qui me frappe, à contempler toutes ces couvertures, c’est l’équilibre délicat entre l’image, le texte, et le vide. Prenez une excellente couverture, déplacez le titre d’un demi-centimètre, et la magie en est amoindrie. Mais plus encore: sur une bonne couverture, on dirait que le texte acquiert une personnalité, une présence bien concrète. Il emplit le vide entre deux personnages, ou flotte dans le ciel tel un ovni, ou se dresse carrément dans le paysage, pleinement intégré, comme un immeuble tout neuf. J’en viens à rêver à un monde où de tels bouts de texte partageraient notre espace vital en tout temps. Le matin, vous verriez posé sur le rebord de votre fenêtre, en impeccable Helvetica 15 centimètres légèrement enneigé, le titre de votre journée: Des pelles et des hommes, ou Un Noël sanglant, ou Amours sous zéro. Peut-être sauriez-vous en déduire si ça vaut la peine de sortir ou non. Les gens que vous croiseriez seraient accompagnés chacun de leur nom, parfaitement positionné dans l’air à côté de leur visage. Plus de blancs de mémoire, vous sauriez tout de suite comment chacun s’appelle. Les grands de ce monde auraient un nom massif bouffant tout l’espace au-dessus de leur tête, comme celui de Stephen King sur son dernier roman. Peut-être la vie serait-elle plus simple avec un peu plus de texte aux bons endroits.

[ Mots-clefs : , ]

2 commentaires

  1. Je me demande combien de gens achètent parfois un livre pour sa couverture. Ça ne m’est pas arrivé souvent, mais les lectures m’ont toujours plu. (Quoique c’était des romans, et le graphisme dans ces cas-là est d’un tout autre genre.)

    Quant aux textes flottant autour des gens… eh, j’ai l’esprit fonctionnel. À moi les sous-titres!

  2. Pour la fiction anglophone, j’ai l’habitude de laisser passer la version en couverture rigide pour acheter plutôt le format poche, moins coûteux. Je n’ai pourtant pas su résister au hardcover de Everything’s Eventual, de Stephen King, justement à cause de la couverture. L’illustration tire profit de toute la surface, y compris la tranche; j’imagine qu’elle fonctionne aussi en format poche, mais l’effet doit être un peu moins frappant.

    D’accord pour les sous-titres, ce serait fort utile.

    J’en profite pour signaler que Chantal Guy, de La Presse, publiait en décembre un bon billet sur la jaquette et présentait aussi un concours de détournement de couvertures.

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

*
*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes: <b> <i> <a href=""> <blockquote>
Si ce n'est pas déjà fait, veuillez prendre connaissance de nos politiques.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.