Google rend-il stupide?
par Laurine - vendredi, 14 novembre 2008 - 20:26 (Société, Techno/sciences)
C’est la question que pose Nicholas Carr dans un article qui date déjà de juillet dernier, mais que je tiens à partager parce qu’il frappe dans le mille. En fait, la question est accrocheuse, mais mal formulée. Il aurait fallu demander: «Internet rend-il stupide?» L’auteur remarque qu’en passant beaucoup de temps à naviguer sur Internet, en sautant constamment d’un sujet à l’autre, en laissant notre attention être distraite par tout ce qui ne concerne pas notre sujet de recherche (publicités, hyperliens, images), nous finissons par réduire notre aptitude à nous concentrer. Il va sans dire qu’une recherche sur Internet se déroule beaucoup plus rapidement qu’en farfouillant dans des livres. Nous cliquons sur des liens, lisons hâtivement quelques informations, passons à autre chose dans l’espoir de trouver mieux. Le niveau de patience et d’application décroît avec notre accoutumance à la rapidité, à la réponse instantanée. Le cerveau a la remarquable capacité de reconfigurer en partie ses circuits pour s’adapter à de nouvelles tâches. Dans ce cas-ci, il finit par délaisser ce qui a trait à l’attention prolongée pour développer… autre chose. Mais quoi?
Personnellement, je remarque une différence dans ma façon de travailler aujourd’hui. Il y a une quinzaine d’années, quand j’étudiais à l’université, je prenais quantité de notes en écumant des livres un chapitre après l’autre. Je me rends compte qu’aujourd’hui, pareil travail serait plus difficile parce qu’il me paraîtrait vite fastidieux, contre-intuitif et assomme-neurone.
Si Google figure de façon aussi voyante dans le titre, c’est parce que l’article s’intéresse à l’avenir de la richissime compagnie. Ses propriétaires veulent faire évoluer leur moteur de recherche pour créer une forme d’intelligence artificielle qui, dans leur monde idéal, remplacerait tout bonnement notre cerveau. Pas certaine d’aimer l’idée. Est-ce que ça ne reviendrait pas à exposer notre esprit à une quantité astronomique d’information-poubelle? On en arrivera forcément à des transformations biologiques de cet ordre-là, même si je n’arrive pas à imaginer comment se présentera l’information. En attendant, je continue d’écumer… non pas Google, mais Amazon. Quand je veux de l’info pertinente et détaillée, rien ne bat (encore) un livre.

#1 Joel Champetier (16 novembre 2008 - 13:17)
Boaf, Laurine.. J’ai commencé à lire ce billet, et je comprenais pas trop où tu voulais en venir. Je suis passé à un autre blogue…
#2 Laurine (16 novembre 2008 - 13:43)
Toi aussi, Brutus?
Le vrai défi n’est pas de lire ce billet ridiculement court, mais le long article auquel il renvoie, et de prendre son temps pour le lire d’une traite.
#3 Cédric Ferrand (16 novembre 2008 - 16:41)
Pour ma part, je ne remarque pas de diminution de ma capacité de lire. Certes, je lis en diagonale certains articles en ligne de la presse, mais je faisais déjà de même du temps de la version papier. Ce n’est pas un manque de temps ou une mauvaise habitude de lecture, c’est principalement un manque d’intérêt. Par contre, quand un article me touche mes centres d’intérêt, sa longueur influence peu sur ma patience.
Au contraire, ce qui me semble être un obstacle, c’est la sérendipité. J’ai accès instantanément à tellement de contenu que je suis capable de me trouver mille et une bonnes raisons pour ne pas travailler sur mes textes (ce blog est un bon exemple puisque je poste en ce moment un commentaire au lieu de bosser sur ma relecture).
Google ne me rend pas stupide, il multiplie ma curiosité tandis que mes ressources intellectuelles restent les mêmes. Du coup, j’ai plus de choses à comprendre qu’autrefois, mais mon cerveau n’a pas grandi. Donc je deviens stupide de manière très relative, à mon sens.
#4 Laurine (16 novembre 2008 - 17:52)
Je ne blâmerais pas non plus Google pour ma stupidité nouvellement acquise, mais mon ordinateur, ce merveilleux outil qui me simplifie la vie au point de créer une accoutumance. Le traitement de texte rend l’écriture à la main pénible, mais ne favorise pas — dans mon cas — la réflexion. Mes textes sont démarrés ou ébauchés sur papier avant que je ne poursuive la rédaction à l’écran, sinon, c’est le syndrome de la page blanche et l’envie irrépressible de faire autre chose qui ne sollicite pas trop mon «mental». Et cette perpétuelle rêverie dans laquelle on plonge devant l’écran n’aide pas non plus! L’Internet, les jeux vidéo, les gadgets, le courriel… argh!
#5 Mario Giguère (17 novembre 2008 - 19:26)
Comme tout outil, la manière dont on l’utilise est aussi importante que l’outil lui-même. Je me méfie des généralisations et encore plus de ceux qui voient l’abrutisement partout. Mais bon, la réflexion, pas nouvelle non plus, est pertinente…
#6 Thibaud (2 décembre 2008 - 16:12)
J’ai été surpris de trouver dans un ouvrage universitaire des références à wikipédia. C’est pour moi l’indice de l’abolition prochaine de la culture.
Le danger n’est pas l’internet, mais la paresse et le manque d’esprit critique.
#7 Laurine (3 décembre 2008 - 18:03)
Tout dépend, j’imagine, des articles choisis dans l’ouvrage universitaire en question. Certaines des informations sont mises en ligne sur Wikipédia par des universitaires; ces articles sont documentés et les sources sont affichées.