Dexter, première saison
par Laurine - lundi, 17 novembre 2008 - 19:18 (Critiques, Société)
Je viens de terminer de visionner la première saison de Dexter, cette série policière mi-macabre mi-humoristique basée sur les romans de Jeff Lindsay. Dexter Morgan est un expert médico-légal qui travaille pour la police de Miami en analysant les taches de sang des scènes de crime. Sous ses dehors placides se cache un psychopathe homicidaire obsédé par le sang, qui a méticuleusement développé un système au fil des ans pour choisir ses victimes et disposer de leur corps. Il ne tue pas n’importe qui cependant. Harry Morgan, son père adoptif — maintenant décédé, mais autrefois un policier de Miami lui aussi —, a vite vu chez le garçonnet des tendances meurtrières. Sachant que l’inévitable allait se produire, il a conditionné le jeune Dexter à canaliser ses pulsions, à garder la tête froide, à survivre en simulant des émotions… et à tuer d’autres tueurs en série. Pédophiles, pyromanes, veuves noires, alcooliques au volant: tous y passent si Dexter trouve la moindre preuve d’homicide.
Les premiers épisodes le montrent à l’œuvre, choisissant ses cibles et les capturant. La série sent alors un peu la recette: on pense qu’elle va suivre la pente du tueur de la semaine. Mais rapidement, un super tueur en série se manifeste et met la population de Miami en émoi. Surnommé «The Ice Truck Killer» (le tueur au camion frigorifique), il laisse derrière lui des cadavres de prostituées démembrées et vidées de leur sang. Dexter est immédiatement fasciné par ce modus operandi. Cet assassin s’amuse, lui laisse des indices et lui fait comprendre qu’il connaît tout sur sa double vie.
Dexter est entouré d’une faune colorée. Ses collègues au poste de police sont impétueux, ils jurent comme des charretiers, se tournent mutuellement en bourrique, jouent à des jeux de pouvoirs. Une partie de l’intrigue tourne d’ailleurs autour de Deb Morgan, la sœur adoptive de Dexter (et fille biologique de Harry) qui vient d’être promue et essaie par tous les moyens de faire ses preuves au sein de la police. Un autre collègue, James Doakes, a de forts soupçons sur la véritable personnalité de l’expert en sang. Il est bien le seul d’ailleurs, car tout le monde trouve Dexter tout à fait normal, bien que timide et renfermé. D’ailleurs, il a même une petite amie, Rita Bennett, une femme aussi brisée émotionnellement que lui par un mariage malheureux à un autre psychopathe qui la battait.
Une partie de l’humour vient bien sûr des malentendus que suscite l’inébranlable placidité de Dexter. Celui-ci est obligé, à son corps défendant, d’imiter certaines émotions pour se fondre dans le décor, mais n’est pas très doué. De temps à autre, cependant, il frappe dans le mille et les réactions de son entourage le plongent alors dans la perplexité. Une bonne partie de la narration provient de ses pensées personnelles face à ses tiraillements intérieurs ou sa joie presque enfantine devant les petits plaisirs de la vie (la solitude, les trajets en bateau, le sang qui coule). Il est un personnage très complexe et crédible malgré l’approche résolument hollywoodienne de la sociopathie.
Qu’on se rassure, même si elle est très centrée sur le thème des émotions, la série ne tombe pas dans la mièvrerie. L’humour noir, les situations absurdes et les scènes macabres l’en empêchent. Au-delà de l’esthétique sanglante et de la froideur du protagoniste principal, certaines interrogations planent sur le système judiciaire qui laisse de pareils monstres agir en toute impunité. Dexter n’est pas un vengeur, il est un membre de cette confrérie meurtrière. Son apparente moralité ne provient pas d’un choix éthique, mais d’un long conditionnement.
À signaler, une musique moqueuse, quelques accents latinos et un générique pour le moins dérangeant. Les épisodes n’ont pas de bande française ni même de sous-titres, alors il faut garder l’oreille attentive.

#1 Cédric Ferrand (17 novembre 2008 - 20:10)
À noter qu’à la base, Dexter était surtout une poignée de romans de Jeff Lindsay. Malgré quelques différences entre le 1er roman et la première saison télévisée, c’est dingue comme la singularité du roman est fidèlement retranscrite à l’écran. Bien évidemment, la narration du roman met bien plus l’accent sur le dialogue interne de Dexter (et de son rapport avec ce qu’il appelle son “Dark Passenger”), mais la voix off de la série joue bien son rôle.
À mi-chemin de la saison 3, la série souffre quand même d’un certain manque de renouvelement. Les personnages évoluent, il se passe des choses, mais l’impunité avec laquelle “travaille” Dexter devient de plus en plus irréelle. Et comme la production a déjà annoncé que la série irait jusqu’à la saison 5, j’ai peur que ça finisse par tourner en rond.
Mais le jeu d’acteur de Michael C. Hall est réellement accrocheur. Dexter jouant à être humain, c’est quand même plaisant. Et puis cette vision de Miami est quand même plus agréable que la vision saturée de lumière et de dollars de CSI: Miami.
#2 Laurine (17 novembre 2008 - 20:22)
Miami est bien rendu, c’est vrai. La musique, le soleil, les gens… la criminalité. Et la bouffe, bien sûr! C’est incroyable le nombre de fois que l’on voit les personnages attablés au restaurant ou devant un petit souper tranquille chez eux. Le prétexte est tout vu pour entamer un dialogue et échanger des informations qui feront avancer l’histoire. Mais qu’est-ce que ça donne faim!
#3 Steve Laflamme (19 novembre 2008 - 8:27)
J’ai adoré les séries 1 et 2 de « Dexter », que ma blonde et moi avons dévorées en 3 semaines cet été. C’était une drogue. J’attends impatiemment la sortie DVD de la saison 3.
… et quel dommage que nous ayions perdu le personnage SAVOUREUX de Lila Tournay - elle était vraiment très intéressante.
J’ai acheté les deux premiers romans de Lindsay, mais n’ai pas eu le temps de vérifier la correspondance entre l’écrit et le télévisuel.
SL
#4 Laurine (20 novembre 2008 - 18:02)
J’ai hâte de voir la deuxième saison. J’aime beaucoup la couverture du coffret, elle est trop drôle, surtout quand on connaît la placidité (et les passe-temps) de Dexter.
#5 Steve Laflamme (21 novembre 2008 - 8:47)
Ce que j’aime de ces séries que j’ai vues dernièrement (« Dexter », saisons 1-2, et « Prison Break », saisons 1-2-3, c’est que les dialogues y sont écrits serré : il n’y a pas de bla-bla inutile, tout est parlant.
À l’inverse, j’ai regardé le premier épisode de « Dead Zone » avant-hier et, même si la série a été réalisée en 2002, on dirait que ça fait 20 ans que ça a été fait, du point de vue des procédés cinématographiques, de la (mauvaise) qualité de l’image, et de la LENTEUR — dialogues inutiles, scènes beaucoup trop longues, etc.
SL