The Somnambulist — Jonathan Barnes

The Somnambulist C’est la couverture du livre qui a attiré mon regard, comme ça arrive parfois. Je n’avais jamais entendu parler de l’auteur et pour cause, The Somnambulist est son premier roman. Je vais essayer d’éviter l’abominable cliché qui consiste à dire que c’est un début «prometteur». Disons plutôt que l’auteur nous propose une incursion dans un imaginaire à la fois bizarre et facétieux.

L’histoire se passe dans une Londres victorienne à la fin des années 1800. Le protagoniste principal, Edward Moon, est un magicien en fin de carrière. Il arrive encore à joindre les deux bouts en donnant des spectacles à des foules qui ne sont plus exactement la crème de la société comme c’était le cas autrefois. Son sidekick est un géant muet surnommé le Somnambule, qui manifeste une remarquable imperturbabilité quand on le transperce d’épées et de dagues sur scène. Même si son étoile ne brille plus autant qu’avant, Edward Moon est sollicité de temps en temps par la police pour résoudre des crimes insolubles. Habitué à trouver la solution grâce à son extraordinaire esprit de déduction, il se heurte maintenant à une affaire particulièrement mystérieuse qui s’avérera, de surcroît, dangereuse. Deux meurtres irrésolus sont à la base de l’affaire et son enquête le mènera à se frotter à de sinistres agents du gouvernement, à un homme qui semble remonter le temps et à un culte qui complote pour faire tomber Londres.

J’imagine que la plupart des lecteurs sauteront à la comparaison la plus évidente et verront en Jonathan Barnes une sorte de nouveau Neil Gaiman. Il est vrai que les deux auteurs ont des points en commun. Un humour pince-sans-rire et très noir imprègne le récit, des événements parfaitement fantaisistes sont décrits sur un ton pragmatique, l’horreur la plus sanglante se glisse dans le décor avec bonhomie, les personnages disjonctés sont légion, bref, le lecteur n’a pas toujours l’impression que Barnes se prend très au sérieux. Mais la révélation, à la fin du livre, de l’identité du narrateur — un coup de génie — explique en partie cette espèce de détachement et, accessoirement, l’insupportable impolitesse de Moon.

Ces caractéristiques sont aussi la faiblesse du roman. Il est difficile de se laisser prendre par les développements de l’enquête quand ceux-ci sont présentés avec désinvolture. Les rebondissements ne manquent pas, mais le mystère tarde à piquer la curiosité. À force de voir les bizarreries se multiplier, elles finissent par se fondre dans le décor. Moon et le Somnambule croisent bon nombre de freaks et d’individus aux pouvoirs étranges si bien qu’on se sent un peu blasé en voyant surgir un homme-mouche ou un agent secret albinos. La fin apocalyptique ne plaira pas à tout le monde par son côté grand-guignolesque. Ça reste une question de perspective. Personnellement, je lui trouve le mérite d’être cohérente avec tout ce que le récit annonçait. Je suis trop souvent tombée sur des histoires qui promettaient une apothéose finale et qui finissaient par se dégonfler.

The Somnambulist reste dans la catégorie des lectures légères. Le roman plaira certainement aux amateurs de la période victorienne, car Londres y est fort bien décrite dans sa splendeur et sa laideur. Il existait à l’époque un engouement pour l’ésotérisme, un élément que Barnes utilise beaucoup. Il truffe aussi le récit de blagues d’initiés, comme ces deux prostituées nommées Mina et Lucy ou les agents secrets Dedlock et Skimpole.

# Les commentaires sont fermés.

Un commentaire

  1. Ta critique me donne vraiment le goût de lire le livre… Merci de me l’avoir fait connaître!

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.
  • Derniers commentaires

  • Derniers billets

  • Archives par date

  • Archives par sujet