The Dark Knight
par Éric - vendredi, 8 août 2008 - 0:04 (Cinéma, Critiques)
Un passage de la bande-annonce du film résume tout à fait le Joker tel que dépeint dans The Dark Knight. Le commissaire Gordon en dresse un bref portrait qui se termine par “nothing in his pockets but knives and lint”: le Joker arrive de nulle part, personne ne connaît ses motifs, il n’a que quelques couteaux en poches et il est prêt à tout. On est loin de la version plus “élégante” du personnage, celle qui soigne son apparence, se paie des décors et accessoires hauts en couleurs et affectionne les comédiens classiques du cinéma noir et blanc. L’essence du personnage est pourtant là: un fou sadique qui croit que la meilleure réaction aux horreurs du monde est de rire en choeur. Il vient ajouter à la situation volatile que connaît la ville de Gotham. Les criminels, excédés par la lutte que leur mènent Batman et le nouveau procureur général, sont prêts à prendre les grands moyens pour reprendre le contrôle.
Le Joker est si fascinant à observer qu’on risquerait d’en oublier Batman, mais Christian Bale reprend son rôle avec aplomb. Son Bruce Wayne est bien nuancé, et on sent que l’acteur s’amuse quand vient le temps de le jouer à son plus bête et insouciant. Lorsque Wayne enfile sa cape, pourtant, il devient un justicier d’une efficacité brutale. On peut apprécier autant son expertise au combat que l’astuce avec laquelle il contrecarre les plans des criminels. Le film illustre comment son acharnement peut devenir problématique, mais peut-il se résoudre à l’inaction? La question est bien traitée, mais certains spectateurs prendront plaisir à pousser plus loin ces réflexions et se demander ce qu’il en coûte d’avoir un tel héros. Batman me paraît plus intéressant ainsi, quand il n’est pas infaillible ni irréprochable. On le sent plus aguerri que dans le premier film, mais il apprend encore.
Il n’est pas le seul à vivre des choix difficiles. Harvey Dent, le procureur général, s’impose lui aussi en justicier; il tente d’accomplir en plein jour et en pleine légalité ce que Batman fait clandestinement de nuit. Le parallèle est intéressant et chacun des deux personnages se voit profondément affecté par l’évolution de l’autre. La dernière phase de l’histoire de Dent se déroule un peu vite et aurait pu être mieux “préparée”, mais ça tient la route. Alors que Spider-Man III croulait sous le poids de ses multiples intrigues et antagonistes, The Dark Knight se trouve enrichi par sa complexité.
Non pas que ce soit parfait. On écorche la science au passage, ce qui semble presque inévitable dans ce type de film (le coup du sonar est douteux, en particulier son application à grande échelle). Dans sa collaboration avec les policiers, Batman obtient des passe-droits qui me semblent excessifs. Et pour toute sa riche complexité, l’histoire est pauvre en bons rôles féminins.
Cela dit, les rôles mémorables ne manquent pas, tous bien joués, et je ne peux m’empêcher de revenir à celui qui fait tant jaser. Heath Ledger s’efface quand il joue le Joker: on ne voit plus que ce grotesque personnage, pleinement réalisé, drôle et terrifiant.
Il vient donner vie à la dynamique établie depuis lontemps en bande dessinée. Entre fans invétérés, on invoque souvent le concept du prep time. Batman a un plan pour toute éventualité, et si on lui donne suffisamment de temps pour se préparer, il peut vaincre n’importe quel adversaire (même des adversaires bien plus puissants tels Superman ou Cthulhu). C’est peut-être l’une des raisons pour lesquelles le Joker est le principal antagoniste de Batman: peut-on vraiment se préparer face à un adversaire si imprévisible? Paradoxalement, dans The Dark Knight, on voit le prep time jouer en faveur du Joker. Tout désaxé et spontané qu’il soit, on le voit pourtant mener à bien des plans complexes. Il reste qu’on ne sait jamais à quel point il planifie, et on sait qu’il peut changer d’idée à n’importe quel moment.
Où ira la série maintenant? Le décès de Ledger frappe fort: on ne saura jamais ce qu’il aurait pu accomplir encore, et je vois mal quelqu’un d’autre incarner le Joker dans le film suivant. Christopher Nolan, le réalisateur, a trouvé son ton: dur, réaliste, sérieux. Or, parmi les adversaires souvent extravagants de Batman, rares sont ceux qui cadreraient dans ce ton, et ceux qui pourraient s’y adapter (Catwoman, Riddler, le Pingouin) ne sont pas les plus dévastateurs. Serait-il possible de raconter une histoire à plus petite échelle après les menaces à grand déploiement des deux premiers films? Quoiqu’il arrive, comptons-nous chanceux qu’acteurs, scénaristes et réalisateur aient su maintenir une telle qualité jusqu’ici.

#1 aline (25 août 2008 - 22:26)
Chers amis du Canada bien le bonjour de france! J’ai une petite question et espère que vous pourrez m’aider: Y-a-t-il plusieurs versions en français de “The Dark Knigh”? En effet, j’ai vu le film au cinéma en France et en ai vu une autre version illégale(de longs extraits), les dialogues(et les doubleurs qui sont des pros pas de doute permis) sont un peu différents. Est-ce possible qu’il y ait donc plusieurs versions, en connaissez-vous? Je ne crois pas qu’il y ait de version suisse ou belge différentes de la française….merci
#2 Daniel Sernine (26 août 2008 - 7:41)
Une bonne partie des films anglophones projetés au Québec sont doublés ici. La version piratée que vous avez vue était assurément celle diffusée au Québec (le Canada est aussi, hélas, une capitale du piratage de films, à cause de ses lois qui étaient, jusque récemment, très laxistes en matière de protection du droit d’auteur).