Fractale Framboise

Laurine

Space opera et musique galactique

par Laurine - Vendredi, 4 Juillet 2008 - 19:38 (Critiques, Musique, SF&F autre)

Musique de Battlestar GalacticaCeux qui regardent la série Battlestar Galactica ont dû remarquer qu’elle diffère par bien des aspects des autres séries de science-fiction et des space operas en général. L’un de ses éléments distinctifs est une musique riche et variée, soutenue par un vaste éventail d’instruments ethniques et d’accents exotiques. Suffisamment de matériel est produit chaque saison pour remplir un CD, un détail qu’on ne voit pas souvent dans le domaine de la télévision. (Pour l’instant.) La trame de la minisérie, c’est-à-dire l’épisode pilote de deux heures, a été composée par Richard Gibbs. Bear McCreary lui a ensuite succédé pour se charger de la série même.

À l’origine, le but avoué du projet musical était d’éviter l’orchestration lourde, les percussions et les cuivres à chaque explosion (à la façon Star Wars ou Star Trek, disons). Les compositeurs ont commencé par opter pour des effets discrets qui ne font pas concurrence aux images et aux dialogues, et pour une symbiose entre les sons ethniques et occidentaux. Le résultat est une trame aux accents suffisamment familiers pour évoquer une humanité qui existe — peut-être — en parallèle à la nôtre, mais impossible à associer à une ethnie précise. On y trouve des taikos, des chants du Moyen-Orient, des mélodies celtiques, beaucoup de duduk (la flûte qu’on entend dans Gladiator). Les accents un peu orientaux ou méditerranéens créent un contrepoint heureux à l’aspect religieux de la série, qui est basé en partie sur nos anciens panthéons, comme l’évoque le nom des personnages (Thrace, Agatheon, Valerii, Apollo).


BGA - MiniserieLa minisérie (1:08)

Le CD de la minisérie diffère des autres, puisque les pièces ont été composées pour un film de deux heures et non pour une saison entière. Les morceaux sont plus distincts, leurs différences plus marquées. Ils collent aux sujets qu’ils représentent: rescapés, Cylons, militaires, combats… C’est qu’en deux heures de narration, il n’y a pas beaucoup de remplissage possible. Le premier contact avec le CD de l’épisode pilote est plus facile qu’avec celui des CD de la série régulière — ceux-ci peuvent demander deux ou trois écoutes pour s’accoutumer aux nuances et apprécier les quelques longueurs. Aussi, cette trame contient plus de pièces synthétiques. Le personnage de Gina (alias Six), que l’on présente ici comme l’émissaire de l’invasion cylon, a droit a de belles envolées électroniques rêveuses.

BGA - Saison 1Première saison (1:18)

La série s’établit et se dote de thèmes familiers: le prologue (le plink-plink caractéristique du thème de Gina/Six) et la musique du générique. Celle-ci diffère en Amérique du Nord et en Europe, mais les deux versions sont incluses. Un détail saute aux yeux (ou plutôt aux oreilles) dans cette première trame de Bear McCreary: l’influence de la musique d’Alien 3. Curieux choix, penserez-vous, mais des quatre films, c’est cette trame sonore d’Elliot Goldenthal qui est la plus musicale. Des mesures entières de la plage 12 («Dragon») servent de thèmes récurrents dans Battlestar (l’exemple le plus frappant se trouvant dans «Kobol’s Last Gleaming»). Et l’air qui joue lors de l’incinération de Newt et de Hicks est repris ici dans un plage commodément intitulée «Two Funerals». L’effet est réussi, bien qu’il soit un peu ironique de penser que Battlestar fera passer ces mesures à la postérité plus efficacement qu’Alien 3 ne l’a fait.

Quelques pièces sont chantées. Il y a entre autres un morceau d’opéra très convaincant en italien, dont il faut lire la traduction en anglais: Woe upon your Cylon heart, There’s a toaster in your head, And it wears high heels… Amusant. Autre touche d’humour, la plage de musak «Battlestar Musaktica».

De façon générale, les airs sont déjà plus nuancés. Il n’est plus question ici de présenter des personnages, mais de développer leur psychologie et d’approfondir leurs relations. La trame peut maintenant créer des leitmotive pour les principaux protagonistes. Le commandant Adama et son fils ont droit à des cornemuses irlandaises et à un air chanté en gaélique dans «Wander My Friend». Roslin a un thème mystique chanté en latin dans «Kobol’s Last Gleaming» et «Bloodshed», car les circonstances la forcent à adopter une approche spirituelle. Le thème de Starbuck est plus difficile à décrire (le personnage étant naturellement plus compliqué); il se rapproche du thème central de la série, mais il est décliné sous de nombreuses formes, notamment dans «Forgiven» et «Battle on the Asteroid».

BGA - Saison 2Deuxième saison (1:18)

Le CD de la deuxième saison s’ouvre sur «Colonial Anthem», qui reprend le thème de la série originale, en hommage aux compositeurs Stu Phillips et Glen A. Larson. L’arrangement permet d’intégrer l’air familier sans trop de heurts, mais il fait aussi ressortir l’innovation musicale du nouveau Battlestar Galactica. Le thème de l’ancienne série se rapprochait beaucoup de ce qu’on a longtemps entendu dans les divers Star Trek avec des orgies de cuivres.

Quitte à briser momentanément la règle établie, des accents militaires marqués par une orchestration pesante contribuent à définir le personnage du colonel Tigh dans «Martial Law». Plus tard dans la série, cette même orchestration aurait pu servir à souligner l’apparition du Pegasus dans une explosion de percussions enlevantes, mais contre toute attente, la trame «Pegasus» propose plutôt un air de guitares électriques d’une tranquillité planante. Un même effet zen est obtenu dans «Something Dark is Coming». Soulignons que la musique de la deuxième saison est marquée par un plus grand nombre d’instruments à cordes, qu’il s’agisse de piano («Roslin Confesses»), de guitares ou de violons («Allegro», «A Promise to Return», «The Cylon Prisoner»).

Moins de paroles, cette fois: il n’y a que «Lords of Kobol», chanté en singhalais par Raya Yarbrough, qui se démarque. On reprend par contre les leitmotive de la saison précédente avec un arrangement différent, souvent plus grave, la deuxième saison étant plus sombre que la première. Presque en finale du CD, on nous propose une version très rock du thème de la série, qui se fond dans la dernière plage («Black Market»), avec guitares électriques et percussions appuyées, mâtinées d’accents sinueux au sitar. Les deux pièces détonnent du reste de la trame, mais se laissent bien écouter.

BGA - Saison 3Troisième saison (1:09)

Cette trame sonore est ponctuée par le son des tambours et des instruments à bois, évoquant des poursuites et des attaques. Moins d’introspection, plus d’action! Conséquence directe, la présence de l’orchestration traditionnelle — notamment pour les thèmes militaires — se fait plus ressentir. Néanmoins, les sons ethniques n’ont pas été rangés au placard pour autant. «Storming New Caprica», par exemple, propose une superposition inhabituelle de tambours japonais et de cornemuses.

Les autres pièces varient en intensité. Le CD débute avec «A Distant Sadness», le thème de Roslin chanté en arménien par Raya Yarbrough. «Adama Falls» est une reprise d’«Epiphanies» (deuxième saison) avec un arrangement musical plus harmonieux. «Battlestar Sonatica» est un morceau classique des plus… classique. Un morceau que je trouve particulièrement réussi est «Someone to Trust» avec ses notes solitaires mélancoliques. Enfin, le CD se termine avec — surprise! — une version revue et corrigée de «All Along the Watchtower» de Bob Dylan.

Quatre saisons sont annoncées pour cette série. Il me manque encore un CD pour compléter la collection (à moins qu’il n’en sortent un pour Razor), mais dès que le quatrième est mis sur le marché, je saute dessus.

Battlestar derniere cene
Your girlfriend is a toaster
Woe upon your Cylon heart
Alas, disgrace! Alas, sadness and misery!

  2 commentaires

2 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Joel Champetier   (10 Juillet 2008 - 7:47)

    C’est pas parce qu’on réagit pas qu’on te lit pas, Laurine. Un petit mot pour te dire que moi aussi je trouve que la beauté de la musique fait partie des nombreuses qualités de cette série télévisée.

  2. Laurine

    #2  Laurine   (11 Juillet 2008 - 16:31)

    Une chose qui rend les CD intéressants est leur façon de «raconter» l’histoire. Même si on sent parfois l’influence d’autres trames sonores, ils ne donnent pas l’impression d’une musique générique qui pourrait être collée sur n’importe quoi.

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