Fractale Framboise

Laurine

Reaper’s Gale — Steven Erikson

par Laurine - dimanche, 13 juillet 2008 - 15:30 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

Reaper's GaleReaper’s Gale fait la jonction entre les volumes 5 et 6 de du cycle «The Malazan Book of the Fallen», dont les récits se déroulaient en parallèle. Septième volume d’une série de dix, il a l’air de clore — pour l’instant — le chapitre portant sur la déchéance sanglante du gouvernement Letherii.

Habitué d’asservir ou d’exterminer les tribus avoisinantes, cet empire rapace est finalement tombé sous la botte des Tiste Edur, des guerriers à peau grise. Rhulad, le nouvel empereur (un personnage qui inspire à la fois la compassion et le mépris), sombre un peu plus dans la folie chaque fois que son épée maudite le ramène à la vie. Le processus est accéléré par les matchs l’opposant aux champions que la flotte Tiste Edur va chercher à l’extérieur des frontières. Parmi les futurs adversaires de Rhulad, deux combattants familiers aux lecteurs de la série: Icarium le Jaghut et Karsa Orlong. Mais derrière ces divertissements, la capitale est en train de s’écrouler. Une crise économique plonge les gens dans une pauvreté extrême que les riches décident d’ignorer — ils en paieront le prix. Au palais, le règne des Tiste Edur est gangrené par la corruption des administrateurs de Letheras. Ceux-ci infligent une répression brutale contre les contestataires qui remettent en question le régime. Hors des remparts de la ville, le peuple des Awl, mené par leur formidable chef Redmask, résiste à l’annihilation. Et pendant ce temps, des factions parias de l’armée malazéenne tentent de conquérir à elles seules l’empire Letherii. Les affrontements entre Edur, Letherii et Malazéens s’avèrent des plus… explosifs. Des histoires corollaires se développent, des quêtes de petits groupes qui auront un impact dans le grand tableau.

Ouf. L’ampleur de cette série repose sur le tissage habile de plusieurs sagas reliées ensemble par une poignée de personnages. Difficile de juger si la chronologie est correctement suivie. Peu importe! Il y a plus d’une quête à suivre dans Reaper’s Gale, mais il y a surtout des marches, des avancées militaires. Que ce soit les grands mouvements des armées Awl ou Letherii, ou les attaques éclair des troupes malazéennes, les affrontements sont toujours sanglants. Il y a vaste un éventail d’armes et d’armures, de magies de combat, d’explosifs, de créatures à lâcher sur l’ennemi, le tout dans une cacophonie de hurlements et de craquements d’os. Et les héros tombent comme des mouches.

Il y a foule dans Reaper’s Gale, mais les personnages sont bien campés et très variés: des dirigeants pervers et schizoïdes, des guerriers au code d’honneur strict, des bidasses délurées ou psychopathes, des mages ambitieux, des éclopés, des aventuriers… La majorité reste dans les teintes de gris; les extrêmes (blancs et noirs) ont moins de chance de survivre. La psychologie de chacun est finement rendue par une belle écriture qui alterne entre le drame, l’action et l’humour. Rien que dans l’armée malazéenne, les personnalités sont si diverses et si opposées qu’on se demande parfois comment les troupes font pour être aussi soudées. Le lecteur s’attache à une ribambelle de soldats: les héroïques, les demeurés, les sanguinaires, les philosophes, tous férocement compétents.

Un nouvel élément se met en place: une vaste couverture de glace fond, car l’ancienne magie qui l’a créée est maintenant pourrie. Des blocs nauséabonds se détachent, emportant avec eux les restes écrasés de guerriers qui ont autrefois été annihilés par ce sort. Difficile de ne pas y voir un lien avec la fonte des glaciers dans notre propre monde et l’impact qui risque de forcer des populations à l’exode. Messages politiques et environnementaux, donc? Rien de moralisateur, en tout cas, puisque le récit ne fait qu’intégrer ces éléments à une trame hétéroclite.

Il ne reste plus que trois autres livres avant la conclusion de ce projet ambitieux. La complexité de la trame continue d’impressionner. Dans le domaine de la construction d’univers, la série est un incontournable.

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  4 commentaires

4 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Philippe   (15 juillet 2008 - 6:56)

    Je partage tout à fait ton point de vue, Laurine. Et j’attends avec fébrilité Toll the Hounds, en train de s’acheminer vers ma boîte aux lettres en ce moment !

  2. Laurine

    #2  Laurine   (15 juillet 2008 - 21:17)

    Quelques mois d’attente avant que Toll the Hounds ne sorte en format poche (une chance que je suis patiente). Mais en septembre, je saute sur Return of the Crimson Guard d’Esslemont. Chaaargez!

  3. #3  Philippe   (20 juillet 2008 - 16:36)

    Je suis moins patient, j’ai craqué sur Toll the Hounds en grosse brique rigide. Je me la garde pour la plage, cet été, ça me permettra en plus de caler la serviette pour qu’elle ne s’envole pas. Par contre, je prendrai Return of the Crimson Guard en poche, ayant été peu convaincu par son Night of Knives – sur celui-là, nos avis divergent.

  4. Laurine

    #4  Laurine   (20 juillet 2008 - 17:21)

    C’est sûr qu’Esslemont pourrait se donner la peine de développer ses personnages et son univers au lieu de prendre son lectorat pour acquis, mais il me fait patienter en attendant les versions poche subséquentes de son collègue. C’est un peu comme lire une novella se déroulant dans le même univers, alors c’est OK pour moi. Mais qui sait? Le premier bouquin d’Erickson n’a pas fait l’unanimité non plus. Peut-être que le deuxième d’Esslemont plaira plus aux fans de la série.

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