Signal to Noise — Neil Gaiman & Dave McKean

Signal to NoiseSi l’on veut faire l’historique de Signal to Noise, il faut mentionner que l’ouvrage est d’abord paru dans le magazine The Face sous forme de série qui a débuté en 1989. Il est ensuite devenu une BD romanesque chez Dark Horse Comics en 1992. Par la suite, l’histoire a été présentée sous deux formes, une émission de radio et une pièce de théâtre. Voilà pour la cuisine. Je ne m’étendrai pas sur la mention «New Edition» puisque je n’ai jamais vu, lu ou entendu la version d’origine.

Signal to Noise met habilement en parallèle deux histoires, celle d’un cinéaste en train de mourir du cancer et le film qu’il imagine dans sa tête faute de pouvoir le tourner. Ce film raconterait l’histoire d’un groupe de villageois européens à la fin de l’an 999, alors qu’on attendait l’Apocalypse qui devait marquer la fin du millénaire. Le cinéaste, lui, aurait souhaité vivre jusqu’à la fin de 1999 (nous sommes à Londres dix ans plus tôt) pour voir, justement, que la fin du monde n’existe toujours pas mille ans plus tard. D’après lui, il n’y a pas de Grande Apocalypse, juste une série sans fin de petites apocalypses personnelles.

Comme on peut s’y attendre, le récit est parfois métaphysique et souvent philosophique. Il se teinte discrètement de considérations religieuses, souvent pour montrer que les croyances les plus répandues n’ont aucun fondement dans la réalité. Le cinéaste fait remarquer que tout le monde croit, dans son for intérieur, que la fin du monde est proche, voire qu’elle se produira dans les cent prochaines années. Assez étrangement, ce genre de remarque trouve écho dans les conversations d’aujourd’hui à cause des scénarios environnementaux plutôt apocalyptiques que nous assènent les médias. (Que le monde semble aller de mal en pis n’annonce pas pour autant qu’il tire à sa fin. Non?)

Trêve de digression, le texte est fort bon quand on parvient à en comprendre le contenu, ce qui n’est pas toujours évident. Certains passages m’ont paru obscurs, je ne saisissais pas l’intention de Gaiman. Voulait-il faire poétique? Essayait-il de traduire le sentiment de confusion et d’urgence qui étreint le personnage principal? Pas clair. Pour le reste, on notera les excellentes observations sur la nature humaine face à l’imminence du néant qui nous attend tous.

Les images de McKean sont constituées d’un habile mélange de dessins, de collages et de motifs abstraits. Certaines des pages pourraient être sorties de l’ouvrage et exposées dans une galerie d’illustrations. Le point négatif, finalement, c’est que le texte et l’image se font concurrence. Le texte apparaît parfois en tout petits caractères, parfois dans une police difficile à lire, parfois dans une couleur qui se fond dans le décor. Il faut s’accrocher pour tout déchiffrer, se concentrer pour ne pas se perdre le fil dans le foisonnement visuel. L’introduction avertit d’ailleurs le lecteur qu’il ne peut regarder et lire en même temps.

Le tout est un mélange d’atmosphère très sombre, mais non catastrophique. C’est comme si on nous disait qu’on ne peut éviter les petites apocalypses qui nous frappent tous, alors aussi bien ne pas perdre son temps à se lamenter au sujet d’une grosse que nous ne verrons jamais.

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