Fables: Legends in Exile brossait à grands traits les principaux protagonistes de la série par l’entremise d’un whodunit des plus traditionnels. Ce numéro relié plantait aussi le décor de Fabletown, une extension de New York que les humains ordinaires (les mundanes) ne perçoivent pas. Mais Animal Farm propose déjà un récit plus disjoncté alors que le lecteur est amené à explorer l’autre moitié de la société des Fables, la Ferme, qui est sise sur un bout de terre éloigné et protégé par des enchantements. À cet endroit vivent les autres Fables, celles qui ne peuvent prendre une apparence humaine: les animaux, les lutins, les Liliputiens, etc.
Lors d’un voyage d’inspection à la Ferme, Blanche Neige et sa sœur Rose Rouge apprennent à leurs dépends que la révolte gronde. Un groupe de dissidents a décidé que le temps était venu de conquérir Fabletown avant de retourner dans leur monde d’origine pour abattre l’Adversaire, tout cela grâce à des armes humaines adaptées à leur physique. Quand je dis que le récit est disjoncté, vous devriez voir le pistolet automatique monté sur une coque: il est conçu pour être fixé sur le dos de la tortue et actionné par le lièvre!
La rébellion est menée par Boucles d’Or, maintenant devenue une adulte révolutionnaire armée jusqu’aux dents. Elle rappelle irrésistiblement les activistes devenus violents après avoir piqueté sans succès: les immenses lunettes d’intellectuelle allumée, les vêtements trop larges, les slogans appris par cœur. Elle qualifie ses camarades de «prolétaires» alors qu’ils ne travaillent pas (ce sont des animaux pour la plupart). Aucun sacrifice n’est trop grand pour la Cause, surtout celui des créatures qui se mettent en travers de son chemin. Même les Trois Ours s’inquiètent de sa santé mentale. Dans le fond, elle se fiche de la cause qu’elle épouse pourvu qu’elle puisse mettre en application tout le savoir qu’elle a accumulé à partir de ses lectures qu’elle a clairement mal comprises. S’il n’y a pas d’opprimés à défendre par les armes, elle va s’en inventer de toutes pièces. Le personnage est génial.
Apparaissent, dans un camp ou dans l’autre, des têtes connues: tous les animaux du Livre de la jungle, les trois petits cochons, Reynald le renard. (Et comme je ne connais pas tous les personnages de contes auxquels il est fait allusion, je me tape de temps en temps une petite recherche sur Wikipédia.)
Il est toujours déconcertant de voir des Fables connues se faire descendre, sans magie aucune pour les faire revenir (sauf exception). L’un des trois petits cochons est brutalement assassiné et revient sous la forme d’une tête empalée sur un pieu, une allusion dramatique au Sa majesté des mouches. L’histoire ne se termine pas dans un bain de sang, mais peu s’en faut.
Le troisième volume, Storybook Love emprunte une tangente différente. Nous revenons à New York, où un journaliste fouineur avertit Bigby Wolf qu’il a découvert l’identité secrète des Fables et qu’il va faire paraître son histoire. L’ennui, c’est que le journaliste se méprend sur l’identité de ces personnages immortels et pense qu’il s’agit de vampires! Bigby Wolf est horrifié à l’idée que tous les Goths de New York rappliquent à Fabletown et échafaude un plan pour se débarrasser de l’importun. C’est le point de départ d’une série d’événements assez tortueux où l’on apprend que le Prince charmant espionne le richissime Barbe Bleue pour s’emparer de sa fortune, et que ce dernier oblige (par magie) Bigby et Blanche Neige à aller se perdre dans les bois où Boucles d’Or les attend de pied ferme, carabine en main. Bref, la suite des alliances, des traîtrises et des plans machiavéliques de domination.
Le côté absurde, humoristique et souvent très sombre compense pour un dessin compétent, mais dénué de personnalité. Une irrévérence constante aide aussi à faire passer la pilule lorsque d’autres thèmes moins conventionnels sont abordés. Celui de la bestialité, par exemple. À force de voir les animaux dotés d’un caractère tout à fait humain, on sourcille à peine quand on apprend que Boucles d’Or couche avec Bébé Ours (maintenant un grand dadais nommé Boo) en guise de déclaration politique contre tous les speciesists (les espécistes) qui pensent qu’il y a des espèces supérieures. Pendant ce temps, Reynald le renard drague Blanche Neige sans gêne aucune («Any moron can see you’re one hot babe. And who’s more qualified than I am to declare you a total fox?»). Plus tard on apprend que celle-ci pourrait bien être enceinte du Grand Méchant loup. Le pire, c’est que la relation entre ces deux-là est moins tordue qu’il n’y paraît (en tout cas, elle suit une certaine logique) même si Bigby a tout du loup-garou.
Encore une fois, à suivre.
3 commentaires
Petite note d’ordre pécuniaire… Je viens de comparer le prix de ces bandes dessinées sur amazon.ca (Canada) et amazon.com (États-Unis). Comme les consommateurs canadiens ont pu le constater, nos chers commerçants ne sont pas pressés de baisser leurs prix tel que promis afin de s’ajuster au taux de change. Le problème touche amazon.ca, soyez prévenus. Un rapide calcul m’a montré que j’économisais pas mal en achetant aux États-Unis et ce, malgré les frais de transport outrageux. Pour un numéro identique vendu sur les deux sites, la différence peut atteindre sept dollars. Imaginez!
Même phénomène dans la plupart des grandes chaines de librairies, où même les nouveaux livres sont vendus avec une forte différence de prix. Chez Chapters, cette semaine, j’ai vu un nouveau livre édition grand format avec jaquette à 26$ (US) et 32$ (CDN)… et un format poche à 7,99$ (US) mais 10,99 (CDN)… Évidemment, pas moyen de les payer en US… :-)
Une exception par contre, la nouvele édition poche du dernier Bachman était vendu au même prix aux US et au CDN.
On tente de nous faire croire que c’est parce que la plupart des livres ne datent pas d’hier et qu’ils ont donc été achetés par la librairie avant la variation de change importante, mais c’est faux puisque pour la plupart des livres en stock, il s’agit de consignation qui sont retournées aux distributeurs lorsqu’ils demeurent invendus trop longtemps et que le libraire ne les veux plus sur ses tablettes.
Hugues
Grmbl, c’est du vol. Il y a quand même quelques boutiques honnêtes où l’on trouve les sympatiques panneaux «Vous payez le prix inscrit en dollars US».