L’état de la machine

Et ça continue. Les rouages de l’écriture sont de ces mécaniques qui se portent mieux quand on s’en sert souvent; l’oisiveté les rouille et les encrasse. J’ai peu écrit durant les Fêtes. De retour de mon expédition abitibienne du nouvel an, je remets la machine en marche. Il y a fort à faire. Pour ceux que ça intéresse, voici la vue d’ensemble.

Mon premier roman, c’est confirmé, paraîtra cet automne. Au plus tard, il sera prêt pour le Salon du livre de Montréal. Il s’intitule toujours Une fêlure au flanc du monde, mais ça peut changer si je trouve quelque chose de plus vendeur (Malick et la mystérieuse menace maléfique, ou The Harry Potter Code, ou Vos paupières sont lourdes et dès que vous aurez fini de lire ce titre vous vous sentirez obligé d’acheter ce livre). J’ai hâte de voir comment sera reçue cette drôle d’histoire et son protagoniste que je me suis tant amusé à écrire, ce curieux aventurier de l’occulte, ce Carnacki ou Constantine à cinq cennes, ce magicien autoproclamé qui a rarement le luxe de savoir s’il a raison. D’ici la publication, je dois entreprendre une autre phase de révision. Cette fois-ci, il s’agit surtout de corriger de petites invraisemblances, de retoucher les niveaux de langue, de voir à ce que certains passages coulent mieux, et ainsi de suite. Bon, et il y a un chapitre qui ne cadre pas. Rien de grave: en réglant ce problème de structure, je devrais aussi arriver à mieux justifier une décision de personnage qui manquait d’aplomb à mon goût.

Avant de m’y replonger, j’en suis à compléter le premier jet d’un deuxième roman. Non, celui-ci n’est pas une suite: c’est une histoire d’un autre genre qui prend place dans un autre monde. Le projet s’étire et tarde et s’étire encore mais, à 125 000 mots, je ne suis plus très loin de la fin. Les gros événements ont tous eu lieu et il ne reste qu’à ficeler le tout et envoyer chaque personnage vers son destin, pour le meilleur ou pour le pire. Là où le premier roman était une sorte de « thriller surnaturel d’enquêteur paranormal déjanté mais réaliste situé en région », le deuxième relève plutôt de la « fantasy uchronique montréalaise contemporaine à grande échelle ». Plus de personnages à suivre, plus d’enjeux et de répercussions, plus de création de monde. Il va sans dire que je paie pour mon ambition, mais au moins le contexte du deuxième me permet des envolées de fantaisie qui n’auraient pas cadré dans le premier. Une fois terminé ce premier jet, je laisserai reposer, puis ferai une ré-écriture avant d’infliger le résultat à quelques braves volontaires.

Quant à un éventuel troisième roman… Les deux premiers comportent chacun une bonne dose de machinations, de gens qui complotent à l’insu d’autres gens. Ça ourdit, quoi. Pour m’éviter les maux de tête qu’occasionne ce type d’intrigue, j’avais déjà lancé l’idée de faire simple et d’écrire « deux gars dans une maison ». Depuis, j’ai continué à raffiner le concept. J’ai bien remarqué comment le passé me donnait du fil à retordre: dans les deux cas, mes intrigues dépendent en bonne partie d’événements mystérieux antérieurs au début du roman, alors il faut élaborer en détail des grands bouts d’histoire qu’on ne fera que résumer dans le livre, et il faut toujours savoir qui a pris connaissance de quel secret à quel moment. Un autre problème: dans le deuxième roman, plusieurs de mes personnages sont plus intelligents que moi, et j’ai peine à les suivre quand vient le temps de documenter leurs machinations. J’envisage donc, pour mon troisième roman, d’écrire l’histoire de deux idiots amnésiques dans une maison. J’ai aussi considéré « deux idiots amnésiques dans un igloo », ce qui m’éviterait des descriptions, mais j’aime bien écrire les descriptions.

Plus sérieusement – et bien avant ce troisième roman -, je prépare pour 2009 un nouveau recueil de contes. Vous y trouverez tout le contenu de mon nouveau spectacle solo, Feu blanc, et peut-être quelques autres histoires dans la même veine contemporaine et semi-fantastique.

Je donnerai ledit spectacle à Chambly en mars; d’ici là, je prendrai part à deux autres représentations de Paroissiens du village global à Montréal, et je ferai une apparition à l’un des « shifts de nuit » du festival Voix d’Amérique. Vous trouverez bientôt ces spectacles (et d’autres encore) sur mon calendrier.

Pour le reste, j’ai encore en réserve quelques idées de nouvelles et de contes. J’ignore encore combien j’arriverai à en écrire cette année entre mes projets de livres. Je tenterai aussi de publier plus souvent ici. S’il y a des sujets que vous voulez me voir traiter, n’hésitez pas à demander.

Sur ce, la machine est lancée, je me remets au travail. Je vous souhaite à tous de bonnes lectures et, à ceux qui écrivent, une nouvelle année de pages bien remplies.

# Les commentaires sont fermés.

20 Commentaires

  1. Bien content de voir que tes projets avancent si bien, Éric! J’ai bien hâte de lire ton premier roman!

  2. Daniel Sernine

    Bravo, tu es admirablement lancé, Éric! Ce sont généralement les vingt ou vingt-cinq premières années qui vont bien.
    Comme, de toute façon, il n’y aura plus de pages dans vingt ans, tu devrais échapper au syndrome de la page blanche…

  3. Mystery J.

    Bravo Éric!

    J’aimerais bien arriver à parler de mes projets futurs avec autant d’aisance et de laisser-aller. Pour ma part, je suis incapable de tout balancer comme ça. Je ne sais pas si c’est de la pudeur ou de la superstition, mais j’ai l’impression d’enfreindre une quelconque règle en dévoilant les détails de mes projets, ou encore de diffuser une énergie qui doit demeurer concentrée dans un seul endroit : ma tête.

    Dans les écoles, j’arrive à parler de mon métier, du processus d’écriture et des romans que j’ai publiés, mais jamais de mes projets à venir – du moins, pas avec autant de facilité que toi ou de bien d’autres. ;-)

    Je ne dis pas que c’est mal, bien au contraire, mais parler d’une oeuvre future, ça me donne (à moi)un peu l’impression de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

  4. Pascale Raud

    Bravo, Éric ! J’ai bien hâte de te lire. Et de t’entendre : y aura-t-il un CD audio avec le recueil de contes ?
    Donneras-tu des spectacles à un moment donné à Québec?
    Daniel : au lieu de niaiser, si tu nous disais où en est ton prochain roman??? Yark, yark, yark…

  5. Chère consonne mystérieuse,

    Je comprends tout à fait. Je tends naturellement vers la discrétion moi aussi, et on me reproche d’être trop cachottier à certains égards. Or, si je me suis mis à bloguer, c’est en partie pour tenter d’être plus ouvert et de dialoguer un peu plus avec les lecteurs. En tant que lecteur moi-même, je trouve toujours intéressant de savoir sur quoi travaillent mes auteurs favoris.

    Si j’arrive à révéler des détails sur mes deux romans, c’est que ce ne sont plus tellement des oeuvres futures. Le premier a été accepté pour publication; quant au deuxième, j’en ai suffisamment écrit pour savoir que ça va se tenir. Il n’y a pas de garantie qu’il soit publié, mais je sais que je vais le compléter coûte que coûte. Et puis, annoncer ainsi son existence, c’est m’inciter un peu plus à livrer la marchandise sans trop tarder.

    C’est une question de solidité. Quand j’en suis encore à raffiner les concepts et élaborer les personnages, l’oeuvre me paraît fragile et, oui, j’ai peur qu’elle soit faussée si je l’expose à d’autres regards et opinions. Quand le brouillon est terminé ou tire à sa fin, je m’en permets déjà plus. Dans ce billet, j’ai dit à peu près tout ce que j’ose dire (en public) quant au contenu de mon deuxième roman; pour en savoir plus, il faudra attendre que j’aie complété une version révisée.

    Enfin, c’est une manière pour moi de donner signe de vie. J’aimerais publier et conter plus, mais l’écriture de roman m’accapare beaucoup. Alors j’entrouvre la porte du bureau pour montrer que, oui, je suis là, je fais toujours mon boulot, et ça va bien finir par porter fruit.

  6. Pascale: oui, il y aura un CD. Et j’aimerais bien conter à Québec, je l’ai fait trop peu jusqu’ici. Je n’ai rien de prévu là-bas pour l’instant, mais je trouverai bien une occasion.

    Daniel: au moins, le syndrome de la page blanche est familier. Qui sait à quel syndrome bien plus terrible nous nous exposerons dans vingt ans?

  7. Daniel Sernine

    Oh, Éric, nous avons le choix rien qu’avec les syndromes déjà existants: j’aurai 72 ans dans vingt ans, alors: Huntington, Duchenne, Charcot, Leber, Parkinson… :0)

  8. Et la danse de Saint Guy. Celle-là, je me la réserve, moi qui ai toujours manqué d’activité.

    Terrible, Éric, de voir à quel point tu peux voir loin dans ta production. Moi, je n’ose en parler tant que ce n’est pas fini, au cas où je ne pourrais pas finir. (déjà que, même quand c’est fini et publié, je n’arrive pas à parler en public de mes histoires).

  9. Joël Champetier

    Intriguant comme le titre de ton premier roman publié a des parentés avec le titre de *mon* premier roman publié, _La Mer au fond du monde_.
    Simple coïncidence ou illustration par l’exemple de la théorie numérologique de Paul Piché?

    Joël Champetier

  10. Daniel Sernine

    Hmm… La mer au fond du monde est paru en 1990, La fêlure au flanc du monde paraîtra en 2008. Mais comme je ne comprends pas la «formule» de Piché, j’ignore si ces dix-huit ans sont conformes à sa théorie.

  11. 2(08-80)+45 = -99… Alors selon Paul Piché la fêlure sur le flanc du monde doit reproduire une histoire qui a été écrite en 99 avant J.-C. :-) Si on applique sa formule à la lettre, en retirant le « 20 » de « 2008 ».

    Si on garde « 2008 » au complet c’est plus tordant: on obtient 3901. Ce roman aura un écho en 3901? Une vraie fêlure sur le flanc du monde et la fin de celui-ci peut-être?

    Sans commentaire…

    Phil très sceptique

  12. Rien à voir avec le fameux calendrier maya, là, qui nous préduit une petite catastrophe pour le 21 décembre 2012?

  13. …(soupir), vous êtes tous des ignares…
    Si on veut appliquer (hum) scientifiquement (hehe) la formule Piché, il faudrait faire le calcul suivant:
    2*(2008-1980)+1945 = 2001.
    À la lumière de ceci, on peut conclure que le premier roman d’Éric, en 2008, ferait écho à 2001, année-phare pour Joël Champetier, qui a publié cette année là la nouvelle « Huit harmoniques de lumière » dans Solaris.
    Or ce titre, « Huit… » contient le huit qui fait écho à l’année de publication du roman d’Éric (2008).
    In-cro-ya-ble.
    Mieux encore, 2001 est l’année de la réédition du roman de Joël: La mémoire du Lac. Et par Alire, le même éditeur que celui qui publiera le premier roman d’Éric.
    In-cro-ya-ble.
    On pourrait tenter des parallèle avec Patrick Senécal aussi: 2001 étant l’année de la réédition de son premier roman. Comme le titre de ce roman était « 5150 rue des Ormes », imaginez le plaisir qu’on aurait à décortiquer ce chiffre, 5150!
    Ce Piché est difinitivement tout un visionnaire!

  14. Laurine:
    Pour le calendrier Maya, il faudrait demander à Mel Gisbon… Peut-être découvrirait-on aussi une malédiction Aztèque, ou Inca, du même coup? :-))
    Faudrait que Paul Piché soit le conseiller scientifique du prochain film historique de Mel, tiens.
    :-0

  15. D’après l’info trouvée sur Internet, la formule s’applique jusqu’en 2015. Ce qui se passe à ce moment n’est pas clair. Alors que les tendances du passé rejoignent celles du présent (et les dépassent peut-être), atteignons-nous la Singularité de Piché? Ou est-ce que la Matrice choisit cette date pour se recharger?

  16. Amusant, tout ça. Je n’avais pas remarqué cette ressemblance avec le titre de Joël. Et pour ajouter aux rapprochements faits par Hugues, notons que l’action de mon roman se déroule surtout en Abitibi-Témiscamingue, région où Joël a situé La mémoire du lac.

    Quant à 2015, je ne vous l’avais pas encore dit, mais ce sera l’année de publication de mon sixième roman, qui sera si controversé qu’il précipitera un conflit global dont l’humanité ne se remettra pas. Je vous présente tout de suite mes excuses…

  17. Pascale Raud

    Si mes souvenirs sont exacts, les mayas ne prévoient pas une catastrophe (du moins pas définie comme telle), mais plutôt « un événement majeur » qui changera la vision que l’homme avait du monde jusqu’à présent. Il semble que cela ait un rapport avec l’histoire des 13 crânes de cristal, qui renfermeraient des informations de la plus haute importance, et que la technologie actuelle serait en mesure de décrypter dans un futur proche… Heureusement, Indiana Jones sera là pour régler le problème! Sauvés…

  18. Parlant d’Indiana Jones, je viens de lire un reportage dans le Vanity Fair de février. Il semble que le prochain film s’alignera plus sur le style SF des années 50. Le crâne de cristal tant convoité pourrait être d’origine extraterrestre. Ça spécule sur Internet… Mais je ne vois pas de Maya à l’horizon.

  19. Pascale Raud

    Sauf s’ils réservent quelque chose dans le style Maya = extraterrestre…

  20. Même pas! Ça se passe au Pérou. (Et au Nouveau-Mexique, tiens, tiens… «You can’t suppress the truth! The people have a right to know! Roswell! Roswell!»)

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.
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