Le cinéma des morts-vivants
par Éric - jeudi, 1 novembre 2007 - 1:10 (Cinéma, Critiques, SF&F autre)
J’entends des pas qui approchent. À cette heure-ci, les enfants sont pourtant tous rentrés et bourrés de sucre. Ce n’est pas non plus un de mes voisins: le rythme est trop traînant. Ça doit être un zombi. Ils sont partout, vous savez.
28 semaines et bien des millions de dollars plus tard…
Je ne compte plus les films de zombis que j’ai vus. Je crois que le dernier était 28 Weeks Later. Plutôt réussi, bien que ce soit une suite et qu’on ait changé de scénaristes et de réalisateur depuis l’original. C’est très tendu et lugubre: quand un groupe de survivants au début se prépare à souper, on se prend à scruter les ombres, et même les pâtes ont l’air sinistre.
La situation: dans 28 Days Later, un virus qui rend idiot et enragé causait l’évacuation de la Grande-Bretagne. Les évacués commencent maintenant à regagner le pays sous la protection de l’armée américaine qui a établi dans Londres une zone sécuritaire.
Ce qui est bien, c’est qu’on a affaire à de vraies personnes. Don (Robert Carlisle) est tour à tour sympathique, détestable et pathétique. Ses enfants sont endurcis mais pas insensibles pour autant, et s’ils prennent des décisions stupides, le film arrive presque à les justifier. Les Infectés, toujours aussi rapides et agressifs, permettent encore une fois d’explorer plusieurs thèmes des films de zombis en appuyant particulièrement sur la contagion et sur la violence humaine qui parfois menace d’engloutir notre espèce toute entière. (Un motif bien établi auparavant dans Les Schtroumpfs noirs de Peyo – à quand l’adaption de cette bédé en disaster movie à gros budget?)
28 Weeks Later est une bonne suite, mais ses forces sont essentiellement celles de son prédécesseur. On y trouve quelques idioties, la plupart commises par les militaires américains chargés du nettoyage de Londres. Pourquoi n’ont-ils pas d’abord érigé des barrières infranchissables pour bien “contenir” toute infection? Pourquoi un certain individu crucial n’est-il pas placé sous surveillance constante? J’hésite à y voir une satire: tout est présenté si sérieusement…
Ce qui me déçoit surtout, c’est le fatalisme du film. Alors que dans Night of the Living Dead, la fin choquait et tenait lieu de commentaire social, l’épilogue de 28 Weeks Later n’apporte rien de nouveau et ne porte aucun message. C’est au moins un film compétent et plus mémorable que bien des suites.
Un garçon et son zombi
Là où j’ai été agréablement surpris, c’est par Fido, petit film canadien qui m’a semblé surgir de nulle part (comme le font souvent les zombis). La comédie de zombis est devenue un genre en soi, rien de nouveau, mais le ton fait la différence. Fido est une uchronie: aux environs des années ‘40, les zombis (des vrais, à la Romero) s’éveillent et menacent la planète, déclenchant les “Zombie Wars”. Puis on invente un collier qui les rend dociles, et la société reprend son cours normal, esclaves zombis en plus, avec cet optimisme naïf typique des années ‘50. S’ensuit une parodie joyeuse des films de zombis et des séries télévisées à la Lassie et Father Knows Best.
Le ton est bien appuyé sans tout à fait devenir lassant. On trouve juste en dessous un bon courant d’humour noir (j’ai adoré la comptine que chantent les enfants en pratiquant le tir à la carabine). S’ajoute à tout ça un soupçon de romance juste assez inconfortable.
Le seul défaut du film est de ne pas pousser aussi loin qu’il aurait pu. Pour le féru de films de zombis, bien des situations restent prévisibles. Ça vaut tout de même la peine d’être vu, et le DVD vient d’ailleurs tout juste de paraître.
À quand le Facebook pour zombis?
Ça continue. Le père du zombi cinématographique moderne, George Romero, s’avère aussi persistant que sa création. Ayant complété sa trilogie originale à raison d’un film par décennie, il a sauté les années ‘90 mais se rattrape en ce début de vingt-et-unième siècle. Après le Land of the Dead de 2005 – divertissant mais moins socialement pertinent que les précédents – il revient avec Diary of the Dead qui, pour l’instant, fait la ronde des festivals. Ça semble être un retour à la case départ: l’humanité découvre les zombis pour la première fois, et ce sont les journalistes et cinéastes amateurs qui sont au centre de l’histoire. L’apocalypse filmée au cellulaire et postée sur YouTube. Enfin, c’est un peu l’impression que laisse cette critique de Twitch qui me donne, un peu malgré moi, l’envie de voir encore un autre film de zombis.
Hollywood succombe à la contagion
Pourquoi résister, après tout? Un nouveau Resident Evil vient de paraître, ainsi que Flight of the Living Dead – oui, des zombis sur un avion (directement sur DVD, celui-là). Le film de zombis, d’abord une spécialisation du film d’horreur, fait des ravages à Hollywood et zombifie tout ce qui bouge. La comédie fut sans doute la première victime, l’infection produisant entre autres le Braindead/Dead Alive de Peter Jackson (pré-Seigneur des Anneaux), le suprême Shaun of the Dead, le Fido sus-mentionné, l’imparfait mais mémorable Tokyo Zombie… Et si personne ne vient mettre une balle dans la tête du film de zombis, la contamination atteindra bientôt:
- les films de sport: il faut de la détermination pour gagner, et quoi de plus déterminé qu’un zombi? Tokyo Zombie en donne un aperçu, mais ne répond pas à la question: un bon entraîneur peut-il faire des zombis des joueurs d’équipe?
- les films biographiques: pourquoi l’histoire devrait-elle s’arrêter à la mort du sujet?
- le genre “buddy cop“: “Il est un jeune policier au sang chaud qui sait garder la tête froide. Son partenaire est un zombi qui bouffe les suspects plus souvent qu’il ne les arrête. Ils combattent le crime.”
- la comédie musicale: les héros chantent pour survivre. Au moins, pendant que les zombis tentent de suivre la chorégraphie et gémissent en harmonie, ils ne mangent personne.
- le drame juridique: quoi, vous voudriez qu’on continue à exécuter les zombis sans procès?
- les films d’enseignants non-conventionnels inspirant toute une classe d’étudiants désoeuvrés: Undead Poets Society, quoi.
Vous voilà prévenus, et juste à temps. Les morts-vivants frappent à ma porte, et chacun, j’en suis sûr, a apporté son film que je dois voir absolument. Il est trop tard pour moi; il n’est peut-être pas trop tard pour vous.

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