L’information circule depuis le printemps dernier déjà, mais comme le jour des Morts approche, le sujet est toujours digne d’intérêt. Il est question, en Suède, d’autoriser une façon plus écologique de disposer des cadavres. Présentement, les méthodes appliquées en Occident sont l’enterrement et la crémation. Ces deux façons de faire ont leur lot d’inconvénients. Un corps enterré met un bon demi-siècle à se décomposer. Les fluides ayant servi à l’embaumement s’écoulent dans la terre et se retrouvent dans l’eau, tout comme les métaux ayant servi à la fabrication du cercueil (plomb, cuivre). Quant au bois, il se décompose, mais combien d’arbres sont abattus pour être ensuite enterrés sous forme de planches?
Il faut ajouter à cela qu’une tombe prend de la place et un cimetière urbain ne peut s’étendre indéfiniment pour accommoder une clientèle croissante. Et gardons à l’esprit qu’un cimetière n’est pas plus une zone verte qu’un terrain de golf du moment qu’on y répand pesticides et fertilisants.
On a cru que l’incinération réglerait certains de ces problèmes. Une urne remplie de poussière ne prend pas de place et le corps disparaît presque sans laisser de traces. Sauf que le processus de crémation relâche dans l’air des fumées toxiques et cancérigènes provenant soit des cercueils ou… des plombages dentaires des cadavres. En fin de compte, en plus de nécessiter beaucoup d’énergie (un corps brûle pendant 3 à 5 heures), la crémation produit des cendres inorganiques et inutiles.
Une formule de rechange est proposée par la biologiste-entrepreneure Susanne Wiigh-Masak, dont j’avais déjà entendu parler dans l’essai Stiff de Mary Roach. Plutôt que de brûler les corps, elle suggère de recourir à la cryogénisation. Un corps plongé dans l’azote liquide devient fragile comme du verre. Il suffit de l’exposer à des vibrations pour le pulvériser totalement. La poudre qui en résulte est ensuite déshydratée et débarrassée de ses résidus métalliques. À la fin du processus, qui prend quelques mois, le corps s’est transformé en plus de 50 lb de… fertilisant. Au lieu de stocker cette poudre dans un colombarium ou sur la cheminée, la famille du défunt peut la répandre au pied d’un arbre ou dans le jardin.
La méthode bio de Mme Wiigh-Masak a ses sympathisants en Suède, un pays qui pourrait la mettre en pratique l’an prochain. La cryogénie a déjà reçu l’assentiment public de l’Église de Suède (des luthériens), ce qui n’est pas rien: pour bien des gens, la façon de disposer du corps d’un proche ne doit pas choquer leurs valeurs religieuses. L’idée de servir de fertilisant posthume semble plaire. Il y a l’avantage moral de ne pas laisser derrière soi un corps encombrant et inutile. Disparaître en se fondant harmonieusement avec la nature, même si ce n’est qu’un pot de pétunias, évoque un certain romantisme écologique où l’on continue de vivre à travers les végétaux.
Le funéraire vert commence à avoir de plus en plus d’adeptes en Europe, et surtout en Angleterre. Dans des cimetières écologiques, l’emplacement d’une tombe est marqué par un arbre fraîchement planté, ou par une stèle qui a été sculptée dans une pierre locale. Le mouvement commence tout juste à se répandre en Amérique du Nord et devrait logiquement connaître une bonne croissance à mesure que se développe l’esprit écolo.
Ça vous dit?
12 commentaires
L’idée ne me déplaît pas, mais je reste d’abord un partisan de Soleil Vert.
Personnellement, je souhaiterais faire oeuvre utile et que ma chair, s’il m’en reste quelques grammes sur ma carcasse vieillie, soit récupérée et donnée à des chiens, tandis que ma peau pourrait être séchée et vendu comme jouet de cuir brut. Ça ne serait que justice si on considère la joie que les chiens m’auront procuré dans ma vie. On évitera de leur donner mes os, car contrairement à la vision populaire, les os ne sont pas très bons pour les chiens. On peut par contre les moudre; la poudre d’os est employée en agriculture et dans divers procédés industriels.
Je me tâte: en cas de mort apparente, qu’est-ce qui est le plus horrible? Se réveiller en pleine combustion ou en pleine cryogénisation?
Ne dit-on pas que le froid intense brûle? Dans un cas comme dans l’autre, la conclusion est vraisemblablement rapide et permanente.
Concernant le Soleil Vert, j’allais conseiller de ne pas s’empiffrer de cette viande pleine d’antibiotiques, de PCB et de métaux, mais c’est vrai qu’une fois réduite en poudre, débarrassée de ses impuretés et tranformée en purée, ça ne doit pas être pire que de la nourriture pour astronautes.
Pas bête, la cryogénisation.
Dans le genre traditionnel, le « sky burial » demande un certain travail, mais c’est très écologique.
J’achète! Mais si on dit que la crémation est énergivore, est-ce que la cryogénisation ne l’est pas plus? Et si, oui, la crémation libère des gas nocifs, est-ce qu’ils ne pourraient pas être récupérés, comme ces polluants le sont pour la technique par cryogénisation? Une technique de crémation améliorée ne serait peut-être pas plus efficace, si elle est bien faite?
Alexandre, même si une technique de crémation était mise au point pour réduire les gaz nocifs, les cendres du défunt resteraient de la matière inorganique. Tu ne peux pas mettre ça dans tes pétunias. Avec l’approche cryogénique, tu obtiens en bonus une poudre organique. Comme ça, on ne gaspille rien.
Je ne sais pas, Eric, si la méthode, euh, bucolique que tu proposes ferait fureur en Occident. Pas plus que l’idée de larguer un corps dans le fleuve pour le laisser aux poissons (on va laisser ça aux marins d’expérience). Personne n’est tenté par la bonne vieille méthode Viking où le corps est brûlé dans un drakkar voguant sur les flots? Pas très écolo, soit, mais quelle classe!
Je signale, pour le bénéfice des anti-énergivores, que la méthode Soleil Vert peut être sushifiée.
Très classe, en effet, la méthode Viking, Laurine, mais quid si on se réveille en pleine combustion et avec le mal de mer en prime?
Serena, que la lecture de l’«Enterrement prématuré» de Poe (lu en cachette, à l’âge de onze ans) a marquée a vie
Pour régler le problème de l’espace, j’ai immédiatement pensé au Zèbre de Alexandre Jardin qui demanda de se faire enterrer à la verticale. Non ca ne règle pas tous les autres problèmes de l’enterrement mais je dis comme alexandre lemieux, ca serait la bonne voie vers une amélioration de la technique!!
Assis, debout ou couché, un mort finit par dégouliner! L’idée de l’enterrement environnemental, c’est d’éviter que toute cette soupe se retrouve dans le fleuve.
Je trouve aussi que l’eau de Longueuil a un goût déplaisant de vase…
Vivement que cela arrive en France, tres vite.