Le temps des frayeurs
par Éric - Jeudi, 18 Octobre 2007 - 0:28 (Inclassé)
Nous entrons maintenant en sinistre saison. Comme vous pouvez le voir, notre framboise s’est à nouveau changée en citrouille. (Si vous ne voyez pas de citrouilles, videz votre cache et rafraîchissez la page.)
D’ici l’Halloween (et peut-être un peu après encore), nous nous efforcerons de vous abreuver en découvertes démentes, idées hideuses et méditations macabres. Cette année, nous vous proposons d’entrer vous aussi dans la danse. Le jeu? Venez susciter quelques frissons en écrivant dans les commentaires de ce billet des fictions-éclairs de 31 mots chacune — pas plus, pas moins. Faites-nous peur; mieux, faites-vous peur.
Vous avez manqué les festivités à pareille date l’an passé? Jetez un coup d’oeil à la section “Spécial Halloween” au bas de notre billet Fractale framboise: Production 2006.
Bonnes frayeurs…

#1 Eric (18 Octobre 2007 - 1:16)
Et puisqu’il faut bien ouvrir le bal:
*** Le matin suivant son embolie fatale, la sonnerie du réveil résonna dans ses os. Il se leva, doucha son corps froid, s’habilla et partit travailler, mû par la force de l’habitude.
#2 Patrick Soucy (18 Octobre 2007 - 10:16)
L’homme vêtu de noir était perdu et faisait face à un cadavre. La chair pétrifiée enveloppait l’air comme de l’encens interdit, hantant les alizés d’un cimetière perdu.
#3 Patrick Soucy (18 Octobre 2007 - 10:19)
J’ai compté les “l’” et les d’” comme étant des mots à part entière. Excellente idée en passant!
>¦¬[
#4 Hugues (18 Octobre 2007 - 13:39)
Éric, voici une trilogie, tiens :-)
Les trois histoires respectent les règles du jeu, et peuvent être lues comme une suite, ou indépendantes les unes des autres. Voici la première:
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Le lit vibre, la table bouge, la lampe oscille, le sol tremble, la brique tombe, les murs s’effondrent, les gens hurlent. Le voyageur pense: Maintenant? Vont-ils savoir au pays?
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#5 Hugues (18 Octobre 2007 - 13:44)
Seconde partie:
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Autour de lui, des débris, des pierres, des os, de la brique, de la chair, du feu, du sang, des cris, des pleurs. Le voyageur pense: Suis-je mort, moi aussi?
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#6 Hugues (18 Octobre 2007 - 13:48)
Dernière partie:
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On lui parle. Confusion. Pourquoi en espagnol? Flashes. Tremblements, briques, douleur, cris. Il ouvre les yeux. Il a froid. Il regarde son torse, ses jambes, ses restes. Le voyageur hurle. Fin.
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#7 Benoit (18 Octobre 2007 - 18:08)
Une ombre m’entoure et m’enveloppe, elle se resserre contre mon corps affaibli et se fond avec ma peau devenue translucide. Elle pénétre dans ma chair, se fond en moi.
#8 Laurine (18 Octobre 2007 - 18:43)
Laissant derrière elle des effluves de fange, l’immonde créature atteignit la chaumière, poussa la porte et entra. Du fond de la pièce, une voix de crécelle lui cria: «Essuie-toi les pieds!»
#9 claude b. (18 Octobre 2007 - 18:56)
Au premier flash du photomaton, Éric fut aveuglé. Au deuxième, il cessa de respirer. Troisième; son hurlement demeura prisonnier. Sur son visage, ses mains affolées ne rencontrèrent qu’une surface lisse.
#10 Eric (18 Octobre 2007 - 23:28)
Excellent! De l’atmosphère, de l’humour, une trilogie même… Je n’en espérais pas tant si vite. Je dois dire que Claude est particulièrement redoutable. Même sans la touche personnalisée, c’est plutôt évocateur. Continuez, continuez! Je vais tenter d’en pondre une autre moi aussi.
#11 Christian (18 Octobre 2007 - 23:46)
Après s’être délecté de la cervelle de ses adversaires et abreuvé du sang des innocents, il s’avanca au podium pour prononcer son discours:
– Maintenant que vous avez élu un gouvernment majoritaire…
#12 Christian (18 Octobre 2007 - 23:48)
Venu d’humbles origines, il a survécu à l’attaque, identifié le traitre, trouvé leur faiblesse, affronté leur chef et terrassé la menace qui nous opprimait.
Il est mort écrasé par un autobus.
#13 claude b. (19 Octobre 2007 - 7:38)
Word a toutefois failli ruiner ma vie. Quand deux mots sont réunis par une apostrophe, il n’en compte qu’un!
#14 Patrick Soucy (19 Octobre 2007 - 9:07)
Ce qui lui glaçait le sang n’était pas son coeur qui avait cesser de battre. Ce qu’il redoutait, c’était cette affreuse goule nécrophage qui le lorgnait du regard.
#15 Patrick Soucy (19 Octobre 2007 - 9:11)
Il avait beau gratter, chercher, déplacer, il ne trouvait rien. Empreint d’un profond sentiment de désespoir, l’homme découvrait sa cage thoracique vidée de ses organes durant la terrible nuit.
#16 Pascale Raud (20 Octobre 2007 - 21:29)
L’homme sans tête n’eut pas le loisir de noter dans son journal intime que sa curiosité l’avait mené trop loin : il n’avait plus de doigts non plus.
#17 claude B. (21 Octobre 2007 - 20:13)
La citrouille ayant dormi tout l’été se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue. Elle alla crier famine chez la sorcière sa voisine. Ensemble elles attendirent un petit monstre.
(il existe également une version «framboise» de cette histoire)
#18 Eric (3 Novembre 2007 - 14:17)
C’est plutôt mort ici. Y a-t-il des volontaires pour réanimer ce billet? Utilisez la manière que vous voulez pour compter les mots, en autant que c’est honnête. Personnellement, j’utilise la fonction “word count” de mon traitement de texte, étant trop paresseux pour compter et recompter manuellement.
Allez, en voici deux autres:
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Jérôme sort les bonbons, songeur. Son guide à la radio disait de stocker des provisions pour l’Apocalypse, et le gamin dans le costume de Spider-Man est justement dodu à souhait.
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Il a appris le morse pour se prouver que les pigeons du parc ne picoraient pas des messages dans cet alphabet. Maintenant, il ne doute plus: les pigeons disent “il arrive”.
***
#19 Guillaume Voisine (3 Novembre 2007 - 19:29)
Jaune, puis rouge. Merde. Frustré, il change le poste de la radio. Des cris, deux bambins devancent leur mère et s’aventurent devant son véhicule. Un sourire, et il démarre en trombe.
#20 Guillaume Voisine (3 Novembre 2007 - 22:52)
― Papa, c’est le Père Noël, dans la cheminée.
Étrangement, Jérôme semblait terrorisé. Tout en réconfortant son fils, il se pencha dans l’âtre. Rien, à part deux yeux luisant qui le fixaient.
#21 Guillaume Voisine (4 Novembre 2007 - 2:53)
Hélène s’écroule, un couteau dans l’oeil. Elle était infectée, je n’avais pas le choix. Si elle « revenait », elle aussi… Brûler le cadavre ? Ou le manger, comme j’en ai si furieusement envie ?
#22 Laurine (4 Novembre 2007 - 10:40)
Le gamin adorait les portes tournantes. Un tour, deux tours, trois tours, toujours plus vite, jusqu’à ce que le monde devienne flou. Il sortit enfin, mais fut happé par l’espace sidéral.
#23 claude b. (4 Novembre 2007 - 10:55)
Au lever, le point noir sur sa joue avait grossi. À midi, il occupait toute sa figure. Le soir, une oreille se détacha, fit plouf! dans le labavo. Il était mûr.
#24 Guillaume Voisine (4 Novembre 2007 - 13:41)
Il suffit de rester concentré. Viser la tête, tirer, recharger. Encore. Ne pas regarder les visages en décomposition, ne pas les reconnaître. Ne pas tomber du perchoir. Surtout, ne pas dormir.
#25 Guillaume Voisine (4 Novembre 2007 - 13:52)
Gontrand contempla le cadavre éviscéré de sa femme qui gisait sur la table, entre le sel et le pain tranché. Il dit, épouvanté :
― Mais… mais il n’y a plus de beurre !
#26 claude b. (4 Novembre 2007 - 14:11)
Il était de cette étoffe dont on tisse les drapeaux,
de cet étain dont on répare les tuyaux.
À la fin, il était de cette viande dont on fait la saucisse.
#27 claude b. (5 Novembre 2007 - 10:54)
«Dans les petites oreilles, les meilleurs onguents!» dit Aga en mordant le visage du pygmée vaincu.
«La viande est un plat qui se mange froid», répondit le sage Goho, se détournant.
#28 Guillaume Voisine (5 Novembre 2007 - 18:02)
La poupée ouvrit un oeil. Bobby dormait profondément, tout était silencieux. Bien. Elle fit un signe au tigre en peluche. Il se chargerait de trouver des allumettes, elle de répandre l’essence.
#29 Guillaume Voisine (6 Novembre 2007 - 14:55)
― Avez-vous tout le matériel?
― Oui: scalpel, écarteurs, aiguilles, marteau, rasoir, acide, scie…
― Bien. Dort-elle?
― Pour l’instant, oui.
― Attendons un peu, alors.
― Qu’elle se réveille?
― J’aime les entendre crier.
― D’accord.
#30 claude b. (6 Novembre 2007 - 19:17)
«La littérature n’est point l’acclamation de tous, mais bien la lapidation par le plus petit nombre», dit Klaus, justifiant le silence suscité par son oeuvre.
«Non!», répondit l’éditeur.
#31 claude b. (6 Novembre 2007 - 19:19)
En fait, il aurait dû dire «Dehors!».
#32 claude b. (6 Novembre 2007 - 19:27)
Non mais, c’est-y le fun, des histoires de 31 mots!
#33 Laurine (6 Novembre 2007 - 21:06)
Et voilà un concept de publication en vue, un recueil d’histoires compactes. On pourrait lui donner comme titre provisoire Lapidaire.
#34 Guillaume Voisine (6 Novembre 2007 - 23:11)
Mon premier réflexe : “Eh! le dernier message de Laurine fait clairement moins que 31 mots !!” ;)
Ouais, eh bien, je trouve ça fort amusant à écrire, ce pourquoi j’envahis ce billet, mais je ne sais pas si je lirais 300 pages de ça, par contre… 31 pages, par contre… :P
#35 claude b. (8 Novembre 2007 - 20:53)
«Nous assistons en direct à l’arrivée du nouveau président à sa résidence. Mais voilà que sa cervelle éclate. Il s’écroule. Nous attendrons son successeur impatiemment. Guy Guay, pour RDN.»
#36 Serena Gentilhomme (10 Novembre 2007 - 7:51)
– Non, non, pas ce soir, chéri, je ne suis pas dans mon assiette, murmura langoureusement la belle Yoko à son amant cannibale qui la contemplait, lubrique, astiquant sa longue broche luisante.
#37 Serena Gentilhomme (10 Novembre 2007 - 15:26)
La marquise se réveilla à trois heures, dans un rugissement de flammes.
– Zut! Mes maudits héritiers m’incinèrent prématurément, maugréa-t-elle.
Quelques brin d’éternité plus tard, elle apprit qu’elle était en enfer.