Season of the Witch est un autre cas patent où j’ai acheté un livre parce que sa couverture m’a tapé dans l’œil. N’ayant rien lu de Natasha Mostert avant cela, et évitant d’habitude les romans aux sous-titres clichés (Enter a world of beauty and darkness, gna!), il me fallait bien un incitatif! Et, ma foi, la lecture ne m’a pas décue.
L’histoire met en scène un hacker britannique nommé Gabriel Blackstone qui gagne sa vie en volant des secrets industriels. Froid et cynique, il ne se fait pas d’illusion sur l’amoralité de son métier. Il a un autre talent dont il ne se vante pas, la vision à distance (remote viewing). Gabriel a autrefois fait partie d’un programme britannique baptisé Eyestorm (similaire à Stargate, sa version américaine) où il a fait preuve d’un talent remarquable. Mais quand son arrogance a fait dérailler une enquête, une femme est morte par sa faute. Depuis, il a laissé tomber la vision à distance et se consacre entièrement au vol informatique… jusqu’au jour où une ancienne flamme réapparaît dans sa vie et lui demande de retrouver son beau-fils qu’elle croit mort. L’enquête de Gabriel le mène directement chez deux sœurs belles et mystérieuses, Morrighan et Minnaloushe Monk, qui résident dans une demeure où le temps semble s’être arrêté. Alchimie, potions et informatique s’y côtoient. Minnaloushe est obsédée par la mémoire et Morrighan, par les sensations fortes. Les deux sont intelligentes et manipulatrices. Gabriel devra mettre à contribution tous ses talents pour percer à jour le secret des sœurs Monk et comprendre la nature de leur ambitieux projet: l’illumination suprême.
À lire les critiques du bouquin, on a l’impression qu’il s’agit d’une histoire gothico-romantique noyée dans les potions enivrantes et les charmes d’amour. Bah! Ces romans, vous en trouverez treize à la douzaine au rayon de la fantasy. L’intérêt de Season of the Witch réside dans la façon dont l’auteure traite l’alchimie et la vision à distance comme des processus informatiques.
Plusieurs personnages possèdent ce don de vision à distance, et ils ont la faculté de se scanner mutuellement, voire de se pirater l’esprit pour extraire des données. Seuls les plus doués savent ériger des coupe-feu pour empêcher l’intrusion. Le thème de l’alchimie, quant à lui, est jumelé avec celui des Palais de Mémoire. Ces constructions imaginaires étaient employées par les alchimistes pour mémoriser une grande quantité d’informations. Plus il y a de données à stocker, plus le palais est vaste. Bien sûr, l’entrée requiert un mot de passe. Imaginez maintenant un télépathe qui va pirater le Palais de Mémoire d’autrui comme un vulgaire ordinateur, et vous avez un roman qui mêle indifféremment notions de magie et d’informatique. Avouons que c’est plus intéressant que les chats noirs et les araignées.
Cette histoire gothique n’est pas dépourvue de longueurs au fil de ses développements, mais elle soulève des questions intéressantes. Mostert nous amène à réfléchir sur notre faculté de se souvenir. D’aucuns n’hésitent pas à prétendre que les ordinateurs vont créer une «race nouvelle» d’êtres humains constamment branchés sur l’information en direct. Mais à quoi sert cette information s’il devient de plus en plus difficile de s’en rappeler? Habitués que nous sommes à surfer, zapper et écumer superficiellement, nous avons cessé de nous fier à notre mémoire. Les données sont entrées dans des appareils divers pour nous épargner la tâche de les mémoriser. Avec l’effritement de notre mémoire, notre capacité de réflexion s’affaiblit aussi.

2 commentaires
«Morrighan et Minnaloushe». Juste pour ces prénoms, ça semble valoir l’effort…
Je ne connaissais pas cette écrivaine (sud-africaine, faut dire); elle a déjà quatre romans à son actif. Et un minois fort photogénique, avis aux amateur(e)s.
Sur le site de l’auteure, vous avez accès à un jeu qui teste votre mémoire. On y mêle symboles alchimiques, scènes du livres et citations diverses. C’est assez amusant.