Fantasia 2007: Exte: Hair Extensions

ExteL’idée est amusante: puisque le public adore tous ces films de fantômes japonais aux cheveux longs, pourquoi ne pas faire un film d’horreur tout entier consacré aux cheveux? Ça donne un curieux résultat: pas tout à fait une parodie, mais plutôt un film bien méchant où alternent humour noir, morts mémorables et scènes dramatiques sérieuses. Une chose est certaine: c’est très divertissant.

Les cheveux appartiennent tout de même à quelqu’un, une femme trouvée morte dans un conteneur plein de cheveux. Elle aboutit entre les mains de Yamazaki (Ren Osugi), un homme obsédé par les cheveux et ravi de découvrir que ceux du cadavre ne cessent de pousser.

Nul ne sera surpris d’apprendre que la protagoniste, Yuko, travaille dans un salon de coiffure[1]. Elle est jouée par Chiaki Kuriyama, bien connue du public occidental pour son rôle de Go-Go Yubari dans Kill Bill (elle tenait aussi un bon rôle dans The Great Yokai War). Kuriyama campe ici un tout autre personnage: une jeune femme plutôt enjouée qui débute le film en narrant tout ce qu’elle fait. Ça passe d’abord pour un truc de scénariste paresseux pour présenter les personnages en vitesse, puis ça devient amusant quand on réalise que c’est un jeu auquel s’adonnent les employés du salon. Ils ne le font qu’au début du film, par contre, ce qui nous ramène à l’hypothèse de la paresse.

On oublie vite la question car le film maintient un bon rythme en alternant la vie de Yuko et la curieuse histoire du cadavre anonyme. On découvre ainsi plusieurs bons personnages. Les policiers chargés de l’enquête sont amusants sans être très développés. Yamazaki, par contre, est un de ces pervers bizarres qu’on ne peut quitter des yeux. Plus on avance dans l’histoire et plus il prend des allures de personnage de dessin animé; avec ses habits colorés, ses longues perruques et ses gants blancs, on le croirait échappé d’une sorte de Disneyland particulièrement dément. L’impression n’est jamais plus forte que dans la grande finale, si grotesque qu’on en rit. Mais n’en disons pas plus.

De son côté, Yuko se voit vite obligée de surveiller la petite Mami (Miku Sato), la fille de sa demi-soeur. On découvre là une grande force du film: la vie de Yuko est intéressante en soi. Sa demi-soeur devient un ennemi qu’on redoute (elle pourrait être sortie tout droit de Cendrillon, avec le cellulaire en plus). Même quand Yuko raconte à Mami pourquoi elle a voulu devenir coiffeuse, on reste intéressé: c’est bien présenté, ni trop long ni trop bref. Yuko est sympathique sans être parfaite, et l’enfant est touchante.

Les éléments fantastiques n’en sont que plus efficaces. La défunte est de ces revenants japonais qui ont la vengeance large, comme si la grave injustice qu’ils ont subie justifie une rage sans bornes. Peut-être essaie-t-elle plutôt, très maladroitement, de se faire comprendre. Quoiqu’il en soit, les dommages collatéraux abondent lorsqu’on commence à distribuer les cheveux de la revenante sous forme de rallonges capillaires. Si j’ai d’abord eu des flashbacks d’Opération beurre de pinottes en voyant pousser tous ces cheveux, je les ai vite oubliés alors que les cheveux s’insinuaient dans le corps de leurs victimes de façons affreuses et originales. Le tout est bien filmé et certaines des images sont plus poétiques qu’horribles. Le film ménage les effets spéciaux par ordinateur et utilise de vrais cheveux artificiels autant que possible. Le résultat est saississant.[2]

Exte: Hair Extensions a bien de légères faiblesses. L’enquête n’est pas toujours bien rythmée et, à bien y penser, n’est pas très utile à l’intrigue. Les motifs et stratégies de la meurtrière capillaire manquent de cohérence, mais bon, qui peut prétendre comprendre les revenants? La finale sus-mentionnée pousse un peu loin dans le ridicule, mais le ton du film n’est pas si sérieux, et d’aucuns la trouveront parfaite. Sion Sono, déjà apprécié par les amateurs d’excès pour ses films Suicide Circle et Strange Circus, réalise ici un film à la fois extrême et bien dosé.

[1] Pour des raisons jamais expliquées, il s’agit du Salon Gilles de Rais – juste en face de l’épicerie Dahmer et de la pharmacie Bathory, j’imagine.

[2] J’ai trouvé un cheveu sur ma langue en écrivant cette critique, et je l’ai inspecté quelques secondes en espérant qu’il reste immobile.

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3 commentaires

  1. Caroline Lacroix

    Je suis curieuse, je sais que tu ne feras pas de billets détaillés sur tout ce que tu as vu au festival, mais je me demandais quels étaient tes coups de coeur de l’édition 2007 ? Question de voir ce que j’ai raté d’intéressant. De mon côté j’en ai vu peu, seulement six, mais comme ils étaient tous d’intéressants à excellents, je n’ai pas à me plaindre. ;-) Mon coup de coeur : ALWAYS : SUNSET ON THIRD STREET. Superbe. Touchant.

  2. J’ai quelques critiques qui s’en viennent, mais en attendant, je dirais que mes favoris étaient Exte ci-dessus, Special et The Rug Cop. Stalker m’a plutôt laissé perplexe: un film innovateur témoignant d’une vision bien personnelle, peut-être, mais ce n’était simplement pas pour moi. L’as-tu vu? Quelqu’un d’autre?

  3. caroline lacroix

    Malheureusement, c’est l’un de ceux que j’ai raté. Mais je me promets bien de le louer. Sais pas si je vais aimer, mais je sais que je dois le voir. :-)

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