Fractale Framboise

Christian

The New York Review of Science Fiction 225, Mai 2007

par Christian - samedi, 19 mai 2007 - 21:14 (Critiques, SF&F autre, SF&F francophone)

Couverture: New Yrok Review of Science-Fiction 225Cela fait déjà quelques lunes que je veux parler de la vénérable New York Review of Science-Fiction (NYRSF), sans doute la meilleure revue critique de SF au monde. Ne la cherchez pas longtemps sur Internet : Mis à part un site web bien maigre, la revue bourlingue depuis près de vingt ans en bon vieux format papier. La présentation est sans prétention : 24 pages 11×17 brochées, avec un minimum de graphisme en noir et blanc. Clairement, c’est le contenu qui compte. (D’où les nominations annuelle de la revue aux Prix Hugo!) Et l’édition de Mai 2007 a beaucoup de bon matériel à offrir aux lecteurs canadien-français.

Ce n’est pas pour rien si ce 225ieme numéro de la revue a été désigné «Special Boreal Issue». Oui, comme «Congrès Boréal» : Mené par David Hartwell, Kathryn Cramer et compagnie, NYRSF a longtemps été sympathique au milieu de la SFQ. Fouillez dans leur index, et vous verrez des noms tels Yves Meynard, Jean-Louis Trudel, Élisabeth Vonarburg et Joël Champetier, comme auteur ou sujet d’étude. (D’affreuses rumeurs chuchotent que ma photo est accidentellement parue dans leurs pages en août 2005, mais il ne s’agit là que d’histoires à vous faire peur.) Dans ce numéro en particulier, un long essai sur «Horror in Quebec», écrit par Amy Ransom, partage la vedette avec le texte-introduction du SFWA European Hall of Fame par James Morrow.

Je laisserai de côté le texte de Morrow (Une table ronde à ce sujet a eu lieu à Boréal) pour discuter un peu plus longuement du texte d’Amy Ransom, qui explore «l’horreur au Québec» par un examen détaillé de la production fantastique de Joël Champetier et Patrick Senécal. (Hugues Morin, Claude Bolduc et Jonathan Reynolds –malheureusement mésidentifié une fois comme «Joshua Reynolds»– sont mentionné en passant, tout comme Daniel Sernine, Elisabeth Vonarburg et Esther Rochon.)

Si le texte a une faiblesse, c’est cette manie bien académique de trébucher sur le tapis des définitions: Des huit colonnes de l’article, au moins une (si pas deux) est consacrée à une dissection des termes fantastique/épouvante/horreur, d’une analyse méticuleuse des catégories qu’Alire a choisi de donner aux romans et une plainte nourrie que puisque personne n’emploie la même étiquette, c’est le fouillis complet. Les non-académiciens se permettront un roulement d’yeux non-étiquetable.

Mais là n’est pas la valeur du texte, qui accomplit un travail assez louable pour expliquer l’œuvre «horreur» de Senécal et Champetier à des lecteurs anglo-saxons. Les films Sur le seuil et La Peau blanche, bien sûr, servent de tremplin: On se plaindra des titres, mais Evil Words et Cannibal représentent sans doute la façon la plus accessible pour un américain d’entrer en contact avec l’horreur québécoise. Ransom décrit bien ces titres, ainsi que le reste de l’œuvre fantastique des deux auteurs. Quelques jugements critiques polis sont inclus (y compris un regard sur le milieu de la SFFQ dans son ensemble), en plus des tergiversations déjà mentionnées sur les étiquettes. Dans ce qui est devenu une mini tradition depuis Tesseracts Q, on dira que le texte le plus complet sur un pan de ls SFFQ existe maintenant… en anglais.

Ailleurs dans le numéro, de longs textes critiques dissectent les romans canadien-anglais Blindsight de Peter Watts et Someone Comes to Town, Someone Leaves Town de Cory Doctorow. Deux courts mots s’intéressent à l’extraordinaire biographie James Tiptree Jr. de Julie Philips. D’autres textes divers (y compris une recommendation de Michael Swanwick pour le film Night Watch) complètent une édition bien nourrie de la revue.

J’ai récemment renouvelé avec enthousiasme mon abonnement à NYRSF pour une troisième année. Chaque numéro n’est pas aussi intéressant que celui-ci, mais si on considère la revue comme une anthologie critique annuelle, l’investissement en vaut la peine. Depuis le début 2006, on remarquera que la revue a offert une longue analyse des nouvelles de Harlan Ellison, une entrevue avec John Clute, plusieurs critiques dudit Clute (dont un texte… surprenant sur Blindsight), un essai de John J. Pierce sur son passage désastreux à Galaxy durant les dernières années de la revue, ainsi qu’un long article de Brian Stableford démolissant l’argument principal de l’anthologie The Space Opera Renaissance de Hartwell et Cramer eux-mêmes. Courageux!

Évidemment, NYRSF n’est pas pour tout le monde: j’avais laissé un premier abonnement expirer en 2000 dû (en partie) à un manque d’intérêt. À l’époque, je ne possédais tout simplement pas le niveau critique nécessaire pour apprécier la revue à son juste titre. C’est différent aujourd’hui, alors que je peux apprécier la qualité des textes offerts. (Mieux encore, je réalise maintenant que c’est une revue qui profite d’être relue à intervalles réguliers.) Quand je serai plus grand, je voudrais être en mesure d’écrire du matériel digne d’être publié dans les pages de la revue.

En attendant, je me contenterai de signaler l’excellence de la revue. C’est simple: Ceux qui sont vivement intéressé par le discours critique concernant la science-fiction et la fantasy se doivent de lire The New York Review of Science Fiction.

  12 commentaires

12 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Tournevis   (20 mai 2007 - 9:01)

    Mon numéro est encore dans ma valise. Je ne l’avais pas encore regardé. Hiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii!

  2. #2  claude b.   (20 mai 2007 - 10:23)

    Christian, sais-tu si on peut trouver ça quelque part à Ottawa?

  3. #3  claude b.   (20 mai 2007 - 10:23)

    (pour Gatineau, j’ose même pas demander)

  4. Christian

    #4  Christian   (21 mai 2007 - 0:43)

    Claude B: Puisque la revue est seulement disponible par abonnement, c’est impossible d’en trouver une copie en kiosques… peu importe où l’on se trouve.

  5. #5  claude b.   (21 mai 2007 - 5:57)

    Grrrmrchkrztspdz!

  6. #6  claude b.   (21 mai 2007 - 12:24)

    Et puis d’abord, je te signale que je suis claude petit b, pas claude grand B.

  7. Christian

    #7  Christian   (15 juin 2007 - 20:35)

    Boréal 2007 continue d’avoir des répercussions internationales: Dans le numéro 226 du NYRSF (Juin 2007), on trouvera non seulement la retranscription du magnifique discours d’honneur que Geoff Ryman a livré au congrès, mais également des photos du congrès à la place d’honneur au-dessus de la table des matières. Preuve en basse résolution:

    Scan: NYRSF 225, Juin 2007

    Une critique de Farthing de Jo Walton, ainsi que plusieurs essais discutant de la réinvention de la SF ajoutent énormément à un des meilleurs numéros de la revue depuis longtemps.

  8. #8  Élisabeth Vonarburg   (16 juin 2007 - 7:30)

    Darn, je devrais me réabonner. Mais je trouve toujours un peu déprimant de constater tout ce qui se fait au plan de la recherche critique dans l’autre langue et tout ce qui ne se fait pas dans la nôtre…

  9. #9  Daniel Sernine   (16 juin 2007 - 13:19)

    Élisabeth, sur cette photo tu as quelque chose de princier, voire de royal, comme ton homonyme, celle qui porte le n° II.
    Mais disons qu’on te préfère autrement qu’en Madame.
    Quant à moi, il semble que j’aie été à 60 cm de figurer dans NYRSF (je me trouvais à droite de Pettigrew sur cette photo — à sa gauche, donc).

  10. #10  Jean-Louis   (21 juin 2007 - 15:05)

    Tiens, un petit essai pour voir si je peux reproduire ici une photo en couleurs de Charles Mohapel du même moment régalien d’Èlisabeth.

  11. #11  Jean-Louis   (21 juin 2007 - 15:06)

    Eh bien, non, il faudra attendre que ce soit sur le site de Boréal…

  12. Christian

    #12  Christian   (21 juin 2007 - 20:10)

    Docteur Trudel: Vous vouliez sans doute recommander à nos lecteurs de se diriger là bas.

    Ou, en plus basse résolution,

    Photo: Elisabeth Vonarburg (Prise par Charles Mohapel)

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