Boréal 2007: Avant d’oublier…

Boréal 2007Boréal 2007 commençant à s’évanouir dans le rétroviseur de quelques dizaines d’heures de sommeil bien méritées, qu’est-ce qu’il reste à dire sur un des meilleurs congrès Boréal depuis longtemps?

C’est un paradoxe: Alors que je deviens de plus en plus impliqué dans l’organisation de Boréal, j’ai moins de choses à écrire dans mes rapports de congrès. Il est vrai qu’à courir en arrière des scènes et tenter d’évaluer la performance des participants au programme, j’assiste à moins de tables rondes d’un bout à l’autre: ça sabre dans la qualité des rapports que je peux donner. Durant Boréal 2007, j’étais occupé à… accueillir les participants; surveiller l’horaire; signaler la fin des événements; faire déverrouiller les salles par la sécurité; tenir la permanence durant l’heure du midi (une fois); répondre aux questions de tout le monde; faire du support technique; animer deux événements; shusher les conversations trop fortes en face des salles; et j’en passe. (Ce rapport manque de photos pour une raison…) Et pourtant, j’étais un des organisateurs les moins occupés!

Pourtant, il y en a des choses à dire au sujet de ce Boréal 2007 combiné à la 34e Convention Nationale Française de Science Fiction. Si rien d’autre, ce fut une conjonction unique de SF canadienne-française, franco-européene et anglo-saxone. Ce fut un feu roulant de 53.5 heures d’activités et 64 participants. Ce fut un des Boréal les plus achalandés de mémoire récente, avec plus de 150 «corps chauds» sur place, dont 120 inscrits payants. Ce fut une occasion de revoir certains visages retombés dans l’oubli, de raffermir des amitiés grandissantes et de faire de nouveaux amis.

Mais justement, qu’en est-il de l’organisation? Que puis-je vous dire que vous n’êtes pas censé savoir?

Peu de choses. Ah si: le congrès a eu lieu trop tôt. Deux semaines trop tôt, et nous n’y pouvions rien à cause de la présence de la Convention Nationale Française, qui spécifie bien dans ses règlements que la CNF doit avoir lieu durant les vacances scolaires françaises. Idéalement, Boréal devrait avoir lieu vers la mi-mai, sagement loin des sessions scolaires universitaires. Mais ce ne fut pas le cas cette année, et ça a pataugé en arrière des scènes pour compenser: plusieurs des organisateurs de Boréal sont directement impliqués dans le cycle universitaire, et tenir un congrès si peu de temps après la fin de la session demande une allocation de priorités pas toujours gracieuse. Bref, quelques coins ont été coupés, quelques échéances ont été repoussées trop tard et tous les organisateurs se sont vannés à livrer un congrès à temps.

Je suis le premier coupable d’une planification trop optimiste: Mon horaire était plus ou moins prêt à rouler le 1er avril, à l’exception d’une demi-douzaine de confirmations qui ont tardées à venir… et tardé… et tardé… jusqu’au mardi avant le congrès. Heureusement qu’il n’y a pratiquement pas eu de problèmes signalés par les participants: Déjà, envoyer des courriels à une soixantaine de personnes et coordonner les réponses demande passablement de temps.

Mais quelques événements sont passés à travers les craques du plancher. L’horaire était bourré à craquer, sans grande possibilité d’en ajouter plus. Pour la première fois, j’ai également terminé mon horaire avec une demi-douzaine de volontaires pour lesquels je n’ai pu trouver de place à la programmation. On se reprendra l’an prochain. (Comparé aux années précédentes, Boréal 2007 avait moitié plus de participants à l’horaire!)

L’un des plus grands succès de Boréal 2007 fut l’harmonie et les possibilités d’échange entre les communautés différentes réunies pour l’occasion. Remplissant uniquement bien son rôle d’événement montréalais, Boréal comptait la programmation canadienne française habituelle, assortie d’une bonne représentation européenne, d’un contingent anglo-saxon éminemment respectable, et ce en plus des courants de programmation thématiques au sujet des uchronies et du cinéma d’ici. En plus, il fallait répondre aux attentes d’une variété de personnes, allant de lecteurs ordinaires à des apprentis-auteurs à des vieux routiers de conventions à des universitaires exigeants. Les rapports que l’on peu lire sur les blogs comportent leur assortiment de petits ennuis souvent justifiés, mais semblent généralement satisfaits. Tout de même pas mal!

N’ayant pas réussi à assister à l’essentiel des événements d’un bout à l’autre, mes commentaires sont à prendre avec un grain de sel. Ceci dit, la discussion au sujet du SFWA European Hall of Fame était d’autant plus intéressante que c’était la première fois qu’autant d’acteurs de ce projet se rencontraient en personne. La table ronde sur le «Conflit des générations» a donné lieu à des échanges nourris sur la/les questions(s) «jeune vs vieux» en SFQ, dans un forum immédiat qui ne trouve pas son équivalent sur Internet. (Restera à voir si le débat a fait avancer les choses.) La présentation d’Alain Ducharme au sujet de sa propre nouvelle donnait l’impression d’assister à une version annotée d’un texte: Peut-être une expérience à répéter. (On commencera par les lauréats Boréal et Aurora…)

Ceux qui sont présents à Boréal se plaignent souvent qu’il y a trop de bonnes choses à l’horaire et qu’il faut en manquer certaines. Imaginez donc la frustration du directeur de programmation qui met à l’horaire tout un tas de chose auquel il veut assister. J’ai donc complètement manqué des événements qui me tenaient à cœur, comme «L’utopie dans l’imaginaire arabe» de Kawthar Ayed, «Bibliothèques imaginaires» de Mario Tessier, «Parlons dialogues» de Joël Champetier, «Interview: David G. Hartwell», «Entrevue avec Daniel Sernine», «Vernians and/or Wellsians», «Does it always have to make sense?» et «Écrire et dessiner». Si j’y ai fait acte de présence, c’est pour leur dire qu’il restait cinq ou zéro minutes à l’horaire…

En revanche, j’étais présent du début à la fin de mes propres événements!

Ma projection des bandes annonces s’est déroulée sans problèmes : j’ai dû forcer un peu rapidement sur le rythme et sur-parler par-dessus quelques interventions de la foule (ou en ignorer d’autres), mais j’ai réussi à terminer l’événement à temps en montrant tout de même une bonne fraction de ce que j’avais en réserve. À nouveau, c’est la réaction de la foule au matériel peu conventionnel (comme l’intro «Meet the Robinsons», le remix «It’s raining men / 300», ou bien la juxtaposition des versions US/Internationale de la bande annonce de «Live Free or Die Hard / 4.0») qui me garde amusé alors que je revois certaines de ces bandes-annonce pour la dix-enième fois.

La table ronde «slash-dot-com» (personne n’a repéré la double référence du titre…) s’est déroulé aussi bien qu’on aurait pu l’espérer, un résultat que j’attribue à mes deux excellents co-panélistes Caroline-Isabelle Caron et Alain Ducharme : Je pourrais animer n’importe quoi en compagnie de ces deux-là et ce serait fascinant et divertissant. (Défi Boréal 2008: «Nains en SF/Fantaisie»?) D’un certain point de vue, je crois que c’est la meilleure table ronde que j’ai animé jusqu’ici… mais en y repensant, j’avoue avoir été un peu séduit par le flash du slash au profit des discussions plus substantielles sur le sujet. Ceci dit, notre public n’était pas composé de spécialistes en réappropriation de culture populaire: Le juste milieu ainsi atteint, entre le freak show sympathique et l’exploration de la signification de la fanfic, a semblé plaire à ceux qui sont restés tard pour nous écouter. Tel que demandé par certains, je publierai ici mes pages des notes… dès que j’en aurai le temps.

Mais comme nous l’ont constamment rappelé nos invités européens, la programmation n’est pas la seule chose à l’horaire: Il y a tous les autres Boréaliens sur place! Boréal 2007 m’a permis de faire rencontrer des gens parfois lus depuis un bon moment. «Ah, c’est vous, ça!» : le serial poutouneur Jean-Claude Dunyach, le SFFRANCOis Bertrand Teyssier, le grand Geoff Ryman, les légendaires Benoit Simard et Jean Asselin, la charmante Kawthar Ayed… L’ennui d’un congrès de trois jours, même aussi hyper-chargé que Boréal, c’est qu’on termine la fin de semaine après cinquante conversations de cinq minutes, ce qui n’est pas mal mais pas idéal. À la prochaine, donc, pour compléter des échanges à peine entamées avec Michel J. Lévesque, Pascale Raud, Démie Lecompte, Éric Bourguignon, Alain Ducharme, Guillaume Voisine, Gabby Bates, Alexandre Lemieux, Claude Lalumière, Cathy Palmer-Lister, Carine St-Pierre, et les autres que j’oublie mais n’apprécie pas moins. Et c’est sans compter ceux à qui je tenais à rencontrer, mais que j’ai trouvé moyen de louper complètement malgré mes meilleures intentions: Guillaume Houle, Dominic Bellavance, Catherine Bourassa-Gaudreault et le reste d’une liste tellement longue qu’elle en est embarrassante.

En compagnie d’une telle bande de Boréaliens, même les moments les moins plaisants de la convention se sont bien déroulés. Si je vous mentionne un souper dans un restaurant japonais soi-disant «express» où notre groupe a dû attendre quarante minutes avant de donner sa commande et une heure dix avant de se faire servir ce qui restait dans la cuisine, un souper où j’ai été aspergé par le tier d’un verre d’eau, un souper où j’ai dû me débrouiller avec des baguettes malgré une demande spécifique pour une fourchette, un souper où j’ai dû partir en vitesse pour revenir (en retard) au congrès, vous seriez en droit d’imaginer une scène-catastrophe digne de figurer dans les pire comédies d’humiliation. Mais vous n’étiez pas en compagnie du groupe de Boréaliens pris dans la même situation! Qu’est-ce qu’un peu d’attente si ça veut dire être capable de démontrer ses talent d’orgamiste, l’étendue de ses critiques cinéma, ou discuter de tout autre sujet digne d’intéresser le groupe ainsi réuni? Il y a de quoi penser que toute programmation formelle pour Boréal est superflue…

Ahem.

Je disais donc: succès sur toute la ligne. Ce fut à la fois surprenant et réconfortant de voir les invités anglophones revenir à Boréal le dimanche, et ce malgré un manque quasi-complet d’activité prévus pour eux. Ils ont pris place autour des tables à l’arrière de la salle réservé à la Convention Nationale Française et ont commencé à discuter avec ceux qui voulaient leur parler. Des francophones ont suivi leur exemple. C’était ce que j’espérait en établissant l’horaire du congrès: créer des pistes de discussion et un noyau critique de participants suffisant pour que la conversation continue après la fin de la table ronde. J’espère que tous les participants ont su en profiter. Avez-vous idée de ce que certaines personnes seraient prêtes à faire pour la chance de parler quelques minutes avec des gens de la trempe de David G. Hartwell, Geoff Ryman, James Morrow… ?

Donc: Mission accomplie, et un Boréal qui ira dans la catégorie des congrès les plus mémorables. Ce n’était pas parfait, mais nous avons mieux fait que l’an dernier (en grande partie parce que nous avons appris des erreurs de 2006) et nous visons encore mieux pour la prochaine fois.

Alors, qu’est-ce qui se prépare pour 2008? Ironie du sort, Geoff Ryman a plus ou moins introduit la thématique du prochain congrès avec son discours sur la «science-fiction pour le vrai monde». Boréal 2008 aura comme thème «Découvrir une science-fiction citoyenne» (pour une définition large de la SF qui englobe fantastique et fantasy) et sera à saveur un peu plus activiste que d’habitude. Le comité organisateur vise présentement la fin de semaine du 9-10-11 mai 2008 et un endroit pas trop éloigné de l’axe Days Inn / Concordia. Chose certaine, ce sera plus petit: ne vous attendez pas à une autre grille-horaire à quatre courants. Mais étant donné que le thème de ce compte-rendu est «pas assez de temps pour…», un Boréal moins bondé ne veut pas nécessairement dire un moins bon congrès en perspective!

En ce qui concerne Boréal 2009, le comité organisateur attend avec impatience de voir si la Worldcon arrêtera à Montréal en 2009. (Dévoilement du vote vers le 2 septembre prochain.) Mais peu importe le résultat, les chances sont excellentes que Boréal prendra une forme différente en 2009. Après tout, c’est une année pleine d’anniversaires: 35 ans de Solaris, 30 ans de Boréal, 25 ans du GPSFFQ, etc… Comme le tout premier Boréal avait eu lieu «en région» et qu’un événement anniversaire tout aussi près du lac Saint-Jean a eu lieu en 1999, le comité organisateur explore présentement la possibilité de passer un peu de temps loin de Montréal dans deux ans. Cela sera-t-il le seul événement Boréal en 2009? Restez à l’écoute…

# Les commentaires sont fermés.

7 Commentaires

  1. Joel Champetier

    Je savais que David Hartwell n’était pas snob et semblait ne jamais compter son temps lorsqu’il s’agit de se déplacer pour des activités faniques. N’empêche, j’ai trouvé l’expérience un peu surréaliste. Un peu comme d’être invité à un bar-b-cue chez des amis pour découvrir Bono parmi l’assistance en train de bavarder, une bière à la main. Comme le Boréal où étaient présents à la fois William Gibson et Kim Stanley Robinson. Ai-je rêvé cela? :-)

    Joël Champetier

  2. Annie Perron

    Origamiste, Christian, or-i-gamiste. D’origami, art du pliage japonais… ;o)

    Néanmoins, je le redis, ça été un Boréal très intéressant où j’ai appris plusieurs trucs. (Comme l’existence du Slash…) Et j’ai bien hâte à l’an prochain!

    Annie P.

  3. Non, tu n’as pas rêvé, j’étais là. Au fil des ans, les congrès Boréal ont quand même reçu du beau monde. Kim Stanley Robinson, William Gibson, Samuel Delany, Robert J. Sawyer, Valerio Evangelisti, Roland C. Wagner, Laurent Genefort… Je trouve toujours regrettable que les médias refusent de relayer la nouvelle pour donner l’occasion à tous les fans potentiels de se déplacer…

  4. Si le congres devient de plus en plus populaire (comme cela semble être le cas), peut-être que les médias commenceront a en parler…

    N’empêche que La Presse a publié un article sur Claude Bolduc pour souligner son grand prix (je n’ai pas lu l’article, par contre).

    M

  5. René Beaulieu

    Salut tous et toutes.

    Jean-Louis souligne, à juste titre:

    « Au fil des ans, les congrès Boréal ont quand même reçu du beau monde. Kim Stanley Robinson, William Gibson, Samuel Delany, Robert J. Sawyer, Valerio Evangelisti, Roland C. Wagner, Laurent Genefort… Je trouve toujours regrettable que les médias refusent de relayer la nouvelle pour donner l’occasion à tous les fans potentiels de se déplacer…  »

    Et C. J. Cherryh, Candas Jane Dorsey, Macmaster Bujold, Joëlle Wintrebert, Antoine Volodine, Dantec, Frémion, Mézières, Canal, Jean-Pierre Hubert, Frémion, Andrevon, Héliot, Panchard, Pevel, Genefort, Ruaud, Goimard, Klein, Douay, Judith Merril, pour n’en mentionner que quelques-uns de plus, qu’il m’a plus particulièrement fait plaisir (et enrichi humainement) de rencontrer ou qui avaient un très réel « potentiel médiatique » … Vraiment pas de quoi avoir honte, et notre bilan est très bon, de ce point de vue, il me semble bien…

    Sans parles des Québécois et autres Canadiens-Français…

    Faut continuer là…

    Pour ce qui est du retentissement du Grand Prix dans la presse écrite ou électronique, c’est bien du moins qu’il existe, avec tous les efforts que font (et firent d’autres, en leur temps) les actuels administrateurs de la chose. Les résultats furent variables et les dossiers de presse en résultant en conséquence, mais je me souviens de fort bonnes années Vonarburg, Rochon ou Côté, entre autres…

    Mais on oublie facilement et rapidement, surtout quand on était pas là… ;-)

    Guy Sirois dit que l’histoire de la SF (et particulièrement de la Québécoise et de la Francophone) ressemble parfois à une profonde et lourde amnésie périodique, suive de redécouvertes aléatoires, et tout aussi périodiques.

    Et il a bien raison, je trouve! ;-)

    Salutations.
    René

  6. Serena Gentilhomme

    Avant d’oublier? Voyons donc! Comment pourrais-je oublier ce Boréal?

    Baci, Belli!

  7. « La table ronde «slash-dot-com»(personne n’a repéré la double référence du titre…) » Arghf! ma manie de saisir tout au sens inverse :p
    Merci pour ton énergie et ton sens de l’organisation. C’est contagieux!

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