Hexen 2039

Hexen 2039 Voilà un petit bouquin d’art très étrange dont la couverture attise la curiosité, bien qu’elle soit trompeuse. Avec un titre qui se lit au long Hexen 2039: New Military Technologies for Psychological Warfare. A Rosalind Brodsky Research Programme, on pourrait s’attendre à ce que l’ouvrage soit plein de dessins montrant des appareils militaires bizarroïdes et inquiétants. Ce n’est pas tout à fait ça.

Rosalind Brodsky est un personnage fictif, une sorte d’alter ego de l’artiste Suzanne Treister. Cette femme aliénée s’imagine être une voyageuse temporelle travaillant à la solde de l’Institute of Militronics and Advanced Time Interventionality en Grande-Bretagne au XXIe siècle. Lors de ses excursions, elle parvient à établir des rapports étranges entre des gens, des événements et des lieux disparates. Elle relie le tout à des expériences militaires teintées d’occulte. Selon Brodsky, la frontière entre la neurologie et le paranormal devient de plus en plus floue.

Our programme involve the testing and analysis of existing occult-based research in connection with military histories, in order to develop accurate neurological-based technologies for the new British military-occult industries.

De quel genre de rapports s’agit-il? À l’Académie militaire de West Point, Brodsky tente d’en apprendre plus sur la technologie des sons silencieux visant à modifier l’activité du cerveau, utilisée à Fort Bragg à des fins militaires. Elle découvre que la scène de la tour dans Le Magicien d’Oz a été tournée dans cette même académie. La scène en question a comme fond musical Une nuit sur le Mont Chauve de Modest Moussorgsky, et ce même morceau peut être entendu dans une scène du film Fantasia de Walt Disney, alors qu’un démon s’agite la nuit venue. Le démon de la scène se nomme Chernobog, qu’on prononce comme le nom d’une usine nucléaire bien connue. Ajoutez à ces liens un rôle occulte joué par Samuel Goldwyn de la MGM, des connexions entre Hollywood et l’OTO, la technologie du Fantasound, l’emploi de sorcières comme réseau d’information, et vous commencez à voir ces rapports partir dans tous les sens… et rejoindre invariablement le domaine militaire secret.

La préface tient du croisement entre l’essai et la fiction, alors qu’on nous relate les étapes de l’enquête que mène Brodsky et les «découvertes» qu’elle fait. Une première section de l’ouvrage est constituée de dessins très détaillés au crayon, illustrant les endroits, les objets et les personnages clés de sa démonstration, allant du portrait de Samuel Goldwyn, à une station de télévision allemande et le logo du M15. Une autre section nous montre littéralement des gribouillages établissant des connexions toujours plus farfelues établies par Brodsky. Le tout est agrémenté de photos de bâtiments plutôt inquiétants.

En postface, Richard Grayson nous explique la démarche de l’artiste. Il souligne que certains des parallèles qu’elle établit sont réels et vérifiables, et que d’autres sont inventés de toutes pièces. L’exercice vise alors à questionner le regard que l’on pose sur l’histoire et les «faits» historiques.

Ce bouquin n’est qu’un condensé de l’expérience paranoïaque et créative que nous fait partager l’artiste. Pour vous faire une idée plus précise, jetez un coup d’œil au site de Suzanne Treister, du Rosalind Brodsky Project, ou de Hexen 2039. Pour une idée du visuel, entrez les mots clés «hexen 2039» dans Google Images…

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