SF : Sélections 2006

Voici venue l’heure de faire ses choix. Les nominations aux Prix Hugo 2007 doivent être envoyées pour le 3 mars, celles du Prix Locus le 15 avril, et le bulletin de nomination pour les World Fantasy Award vient d’arriver sur mon bureau, où il est allé rejoindre l’édition «Best of 2006!» de Locus. De plus, j’ai terminé de lire mon premier livre «de 2007». Décidément, c’est l’occasion idéale pour faire un survol de ce qui s’est fait de bien en SF&F l’an dernier. Ceux avec de bonnes mémoires ne seront pas surpris de voir certains noms revenir.

Aussi bien préciser que je n’ai aucune opinion au sujet de plusieurs catégories. Meilleur roman pour jeunes? Meh. Meilleur épisode de série télévisée que je n’ai jamais regardé de toute façon? Pouah. Fanartiste? What-ever. Fanzine, nouvelles, novellas, novelettes? Données insuffisantes (mais je me soigne). Évidemment, ce manque d’opinion n’est pas coutumier chez moi… ce qui nous amène aux autres catégories.

Donc, dans le désordre approximatif :

Meilleur fanécrivain (Hugo)

Puisque je suis un membre de la faction les-blogs-sont-le-fanzinat-d’aujourd’hui, mes choix sont purement influencés par ce que j’ai lu électroniquement l’an dernier: Cheryl Morgan («in gafiam», d’une certaine façon), James Nicoll, Rick Kleffel, Niall Harrison et (parce que j’ai un penchant pervers pour l’écriture anti-fanique) Paul T. Riddell.

Meilleur semiprozine / magazine (Hugo et Locus)

Laissant de côté les mastodontes maintes fois récompensés que sont Ansible et Locus, je penche plutôt vers The New York Review of Science Fiction, Emerald City (pour sa dernière année), puis le triplé web essentiel : SF Site, SF Revu et SF Weekly.

Meilleur éditeur (Locus)

Comme vous aller le voir un peu plus bas, il n’y a pas vraiment de doute pour la première place : Tor. Pour le reste, j’ai lu de bonnes choses de Bantam Spectra, Pyr, Ace et Golden Gryphon.

Meilleur premier roman (Locus)

Je présume que la plupart des nominations en général iront à Temeraire de Naomi Novik ou bien The Lies of Locke Lamora de Scott Lynch (deux œuvres que je n’ai pas lu), mais en ce qui me concerne, la palme va à Tobias Buckell pour Crystal Rain, puis David Louis Edelman pour Infoquake et Barth Anderson pour The Patron Saint of Plagues.

Meilleur nouvel écrivain (Campbell)

Là aussi, facile de faire ses nominations : Un coup d’œil à la liste des écrivains éligibles pour se rafraîchir la mémoire, et plusieurs noms s’imposent : David Louis Edelman, Justine Larbalestier, Naomi Novik (à première vue, la grande favorite cette année), Cherie Priest et Kameron Hurley, sans oublier Sarah Monette, Brandon Sanderson, Scott Lynch et Joel Shepherd (arrivé avec un peu de retard trans-pacifique). Qui a dit qu’il n’y avait pas de relève?

Meilleure anthologie (Locus)

Facile! Je reste un partisan convaincu du Year’s Best SF 11 de Hartwell et Cramer, bien que Futureshocks de Lou Anders m’a bien plu. Mais je ne lis pas les anthologies de manière aussi pressante que les romans : elles ont tendance à s’accumuler comme matériel «toujours vert», ce qui explique mon retard….

Meilleure collection (Locus)

Deux seules lectures en cette catégorie l’an dernier : Visionary in Residence de Bruce Sterling, aussi satisfaisant que l’on peut le présumer de cet auteur, et The Draco Tavern de Larry Niven, amplement disséqué ailleurs. Mais encore là, j’engrange les livres de cette catégorie : je lirai éventuellement les anthologies de McDevitt, Reynolds (x2), Gaiman, Haldeman, Newman, etc.

Meilleur directeur littéraire (Locus/Hugo)

Heureusement, il y a une bonne source d’information pour décider des choix de cette année. En parcourant la liste, des choix s’imposent: David G. Hartwell, Patrick Nielsen Hayden, Lou Anders, Ginjer Buchanan et Jim Frenkel sont les chefs d’orchestre derrière plusieurs de mes livres préférés de 2006. Je n’ai pas autant d’information ou d’intérêt au sujet des éditeurs de nouvelles.

Meilleur artiste (Locus/Hugo)

Là aussi, une bonne source d’information nous révèle tout ce que l’on a besoin de savoir sur les meilleures illustrations de 2006. Cinq choix relativement faciles: Stephan Martinière, John Jude Palencar, John Picacio, Dave Seeley, ainsi que notre Jean-Pierre Normand (inter)national.

Meilleur film (Hugo)

Ça n’a pas volé très haut en matière de SF au cinéma l’an dernier. Tentant de rester à l’intérieur du cadre de la «science-fiction», je reste avec THE PRESTIGE, CHILDREN OF MEN, A SCANNER DARKLY, THE FOUNTAIN et DEJA VU. Pas de quoi s’évanouir d’extase, mais il faut bien voter sur ce qu’il y a au menu…

Meilleur livre d’art (Locus)

Là aussi, un choix facile, surtout parce qu’il est tellement limité: Cover Art de John Picacio, Kiddography de Tom Kidd, Origins de John Jude Palencar, r/evolution de Jon Foster, sans oublier le vénérable Spectrum 13 de Fenner et Fenner.

Meilleur livre de non-fiction (Hugo/Locus)

Un choix très clair, loin au-dessus n’importe quel autre prétendant : James Tiptree Jr. : The Double Life of Alice B. Sheldon de Julie Philips, un livre incroyable que je recenserai un peu plus longuement d’ici peu. Loin derrière, on retrouve d’humbles bons livres tels Making Comics (Scott McCloud), Polder (ed. Farah Mendlesohn) et Worldcon Guest of Honor Speeches, réunis par Mike Resnick et Joe Siclari.

Meilleur roman (Hugo/Locus)

Comme je n’ai pratiquement rien lu en fantasy de 2006, la distinction entre roman SF et roman fantasy imposée par Locus est bien artificielle: Tous mes romans préférés sont de la SF. Mais on me laissera tout de même recommander quelques bien bons livres non-SF : The Jennifer Morgue de Charles Stross, The Fourth Bear de Jasper Fforde, ainsi que World War Z de Max Brooks (que je commenterai plus longuement d’ici peu.)

Il y a eu de nombreux choix très solides en SF l’an dernier. Je n’hésiterai pas longtemps à recommander The Armies of Memory (John Barnes), Grease Monkey (Tim Eldred), The Android’s Dream et The Ghost Brigades (John Scalzi) ainsi que Farthing (Jo Walton). De la SF de premier niveau!

Ceci dit, cinq autres livres se démarquent du reste. Carnival d’Elizabeth Bear, malgré quelques passages mystifiants, nous montre une auteure en pleine possession de ses moyens, avec un thème qui paie hommage à la SF féministe classique sans en rester esclave. Sun of Suns de Karl Schroeder est extrêmement divertissant et l’apothéose de la construction de monde, mais ultimement un peu léger et visiblement le premier tome d’une série. Rainbow’s End de Vernor Vinge est nettement plus satisfaisant au niveau des idées, mais non moins évidemment le premier tome d’une série. Reste Glasshouse de Charles Stross, extrêmement audacieux et impossible à lâcher, mais non sans quelques problèmes ici et là.

Mais franchement, quelques mois de réflexion ont rendu le choix très clair : Le grand roman de SF de 2006 est, vous l’aurez deviné, Blindsight de Peter Watts. Une écriture sans failles, des idées sans répit et un impact sans égal. La lecture immanquable de l’année en ce qui me concerne, mais vous saviez déjà ça.

6 commentaires

  1. Côté film SF, parmi la liste citée, « Children of men » l’emporte haut la main. Mais si « The Prestige » y figure, pourquoi pas le fabuleux « Labyrinthe de Pan »?

  2. Joel Champetier

    Cher Joël-tout-court,

    Je t’invites à t’identifier mieux que ça quand tu interviens ici, car on pourrait croire que c’est moi qui me suis exprimé dans le billet précédent. Oui, je sais, c’est bien prétentieux de dire une chose pareille, mais que veux-tu, je suis tellement habitué à être le seul Joël à portée de voix. D’ailleurs, ça m’intrigue: d’où sors-tu?

    Le vrai Joël, c’est à dire, Champetier

  3. Daniel Sernine

    Je me disais, aussi, «c’est curieux que Joël ne fasse pas la différence entre un film fantastique, Le Labyrinthe de Pan, et des films de science-fiction tels The Prestige ou Children of Men»…

  4. Il n’y a qu’à aller visiter son blogue. L’Autre Joël aime Spin, Perdido Street Station et Charles Stross. Il a clairement bon goût. (Enfin, Children of Men à part.)

    Je l’aurais bien invité à venir au congrès Boréal pour partager les honneurs rendus à Joël, mais il semble malheureusement basé à Paris, ce qui est un peu loin… Encore que nous aurons une bonne dizaine de visiteurs franciliens…

  5. Serena Gentilhomme

    Plus une provinciale de Franche-Comté.

    Au plaisir!

  6. Bonjour Jean-Louis, je serais bien venu par curiosité au Congrès Boréal, dont je ne connaissais pas l’existence. Malheureusement, un océan m’en sépare. Merci pour le lien. Amicalement.

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