L’imaginaire pour tous
par Éric - lundi, 19 mars 2007 - 11:58 (Lectures, SF&F francophone)
Le dernier numéro du journal Le libraire comporte un dossier sur les littératures de l’imaginaire. C’est toujours bon de voir autant de pages consacrées au sujet (et à certains auteurs bien de chez nous). Les médias sont-ils plus favorables aux genres ces derniers temps? Le dernier roman de Patrick Senécal, Le Vide, s’est valu une excellente couverture. On a pu voir Senécal à Tout le monde en parle, le lire dans le journal Voir et dans La Presse, et l’entendre à l’émission de Christiane Charrette. Cette dernière a aussi reçu Élisabeth Vonarburg qui publiait récemment le cinquième et dernier tome de son roman Reine de mémoire. Vous en voulez plus? Fortrel vous propose une entrevue d’une quarantaine de minutes au sujet des deux derniers tomes.
Le fardeau des auteurs de genre, c’est d’être appelés presque chaque fois à expliquer leur genre, ce qui leur laisse moins de temps pour parler de leur livre. Senécal et Vonarburg s’en acquittent avec patience et éloquence. Senécal, interrogé par Christiane Charrette sur sa place dans le paysage littéraire québécois, prend le temps de nommer d’autres auteurs pour bien montrer qu’il ne constitue pas un genre à lui tout seul. Vonarburg a la tâche plus ardue avec son roman de fantasy uchronique, doublement spécialisé. Elle arrive tout de même à situer son univers tant par rapport à la littérature que par rapport à son expérience personnelle.
Si vous l’avez manquée, l’entrevue radiophonique de Claude Bolduc, auteur du recueil Histoire d’un soir, est encore disponible en ligne (voir aussi le commentaire #4). Ce recueil paraissait chez Vents d’Ouest, un éditeur bien versé dans le fantastique, mais il me semble que les littératures de l’imaginaire débordent de plus en plus de son cadre familier alors que de plus en plus d’éditeurs tentent le jeu. Certains de nos lecteurs surveillent la production québécoise depuis bien plus longtemps que moi: quelles sont vos impressions?
Le succès fulgurant de certaines séries de fantasy y est sans doute pour quelque chose. Même si Bryan Perro a écrit le dernier livre d’Amos Daragon pour diriger ensuite son héros vers d’autres médias, c’est loin d’être la fin d’une ère. On trouve sans difficulté une multitude d’autres séries, écrites pour enfants, pour adolescents, ou pour le public en général (les distinctions étant parfois floues). L’engouement ne tarit pas: il suffit de voir, dans le métro de Montréal, les affiches immenses annonçant la nouvelle série d’Anne Robillard, auteure des Chevaliers d’Émeraude (pour un coût total de 10 000 $, dit-on). A.N.G.E. – surnommée d’emblée “la série-culte” – semble vouloir mêler espionnage, surnaturel et religion, un mélange qui s’avérera sans doute très vendeur. Avec cette série, Robillard passe aux éditions Lanctôt, dont le propriétaire, Michel Brûlé, est d’abord connu comme fondateur de la maison Les Intouchables où loge Amos Daragon. La maison n’est pas sans controverse, avec la parution récente d’un roman beaucoup trop inspiré du film Highlander (ajout - 21 mars: … et ça se corse). On ne peut nier les résultats pour autant. On attend pour avril l’arrivée d’une nouvelle héroïne, Arielle Queen, dont le créateur, Michel J. Lévesque, a signé quelques nouvelles intéressantes et a obtenu de bonne critiques pour son roman Samuel de la chasse-galerie (même de la part de Christian, un jour où il se sentait grincheux).
En tant qu’auteur, j’ai surtout tendance à me réjouir. D’accord, la tendance actuelle pour le fantasy héroïque en série n’a pas que des avantages. Les plus populaires parmi ces séries semblent se fier sur des formules bien éprouvées alors que d’autres oeuvres plus innovatrices (je crois avoir déjà mentionné les romans jeunesse d’Yves Meynard, pour n’en nommer qu’un) ne reçoivent pas l’attention qu’elles méritent. Il y a toujours le risque, ici, que les pires exemples du genre viennent renforcer les vieux stéréotypes dans l’esprit du grand public et découragent certains de s’aventurer plus loin et de découvrir ce qu’il y a de mieux. Et malgré les espoirs de certains, les jeunes lecteurs de Harry Potter ou Amos Daragon ne s’aventurent pas nécessairement à lire d’autres univers. Il reste que les littératures de l’imaginaire gagnent en visibilité. À nous de trouver comment en tirer profit.
J’espère aussi que ce bouillonnement mènera, à long terme, à une plus grande variété de styles et d’approches. Le milieu québécois de la science-fiction et du fantastique a longtemps été si petit que chaque auteur constituait presque un sous-genre en soi. S’il s’en écrit plus, on peut espérer un plus grand jeu d’influences, plus de dialogue entre les oeuvres et les styles, plus de dynamisme dans le milieu. Je continue à chercher comment faire ma part.

#1 Eric (21 mars 2007 - 12:34)
Je viens d’ajouter un lien vers un autre article de La Presse au sujet de Laura l’immortelle, ce roman qui paraissait d’abord être une création originale trop inspirée de Highlander, et qui s’avère maintenant être une copie d’un texte de fan fiction avouée inspirée de Highlander.
Mon bout préféré de l’article, je crois: “L’éditeur s’engage à verser toutes les recettes du livre à Frédéric Jeorge.” Est-ce seulement légal, si Jeorge lui-même s’est servi d’un univers qui ne lui appartient pas et qui doit encore faire l’objet d’un copyright âprement défendu?
#2 Laurine (21 mars 2007 - 17:34)
En fait, c’est tout le paragraphe qui mérite l’attention:
L’éditeur réclame en gros 30 000 $ aux parents. Est-ce que cette somme est censée pallier aux recettes perdues qu’il s’engage à verser à Frédéric Jeorge? L’article spécifie que le véritable auteur n’a pas l’intention d’intenter des poursuites. C’est une chose. Mais a-t-il réclamé les recettes du bouquin? Bref, du moment que l’auteur lésé ne réclame rien, en quoi l’éditeur a-t-il besoin de faire payer les parents? Est-ce que le bouquin (que les jeunes s’arrachent, paraît-il) ne rapporte pas suffisamment comme ça?
Ce qui est clair, c’est que des adultes se sont laissés berner avec beaucoup de complaisance. Les parents, d’abord, qui semblent croire que leur fillette de 12 ans écrit comme une adulte. Michel Brûlé, ensuite, qui ne lit pas ce qu’il publie. (D’accord, il mène ses affaires comme bon lui semble, c’est son droit, mais je trouve cela curieux comme façon de travailler.) Et finalement, ses employés, dont certains ont forcément lu le livre: personne n’a allumé?
#3 Laurine (21 mars 2007 - 17:44)
Et pour ceux qui s’interrogent sur la fibre morale de la plagiaire, j’ajouterai qu’Internet est maintenant assez vieux pour que les jeunes adolescents baignent dedans depuis qu’ils sont petits. Avec l’immense bassin d’information qui est à leur disposition, il devient de plus en plus difficile de leur faire comprendre ce qu’est le plagiat et l’appropriation d’œuvre. Combien d’étudiants présentent un travail qu’ils ont pigé sur Internet, de toute bonne foi, en arguant qu’ils se sont donné la peine de faire la recherche? («Quoi, il faut présenter l’information dans ses propres mots? Il faut fournir les sources aussi?»)
Le cas des fanfics contribue à rendre les choses encore plus floues. Des centaines d’individus s’approprient quotidiennement le travail d’autrui et le modifient. Ils présentent ensuit le résultat de leur labeur au monde entier. Comme ils n’en retirent pas un sou, il n’y a pas de poursuites. Combinez ça avec la liberté d’expression, et allez ensuite expliquer ces nuances à des gamins!
Il n’empêche, cette fille avait du front tout le tour de la tête pour aller piquer le travail d’un autre et le faire passer pour le sien. Mais là encore, lire mon message précédent. Pas fort, le contrôle parental/éditorial…
#4 Christian (21 mars 2007 - 20:50)
Sur une autre note, dans l’esprit du billet d’Éric, Claude Bolduc nous fait remarquer par courriel le tourbillon médiatique laissé derrière lui lors de sa plus récente visite en Europe. Non seulement a-t-il laissé derrière une entrevue audio avec Marc Bailly (Ne manquez pas la photo!), mais son passage à la foire du livre de Bruxelles a été annoncé par un article pleine-page dans l’hebdomadaire Le Jeudi (où il récolte le titre de “l’enfant terrible de la Belle Province”). L’auteur de l’article, le spécialiste Paul Mathieu, en rajoute au sujet du recueil Histoire d’un soir et autres épouvantes en écrivant que les nouvelles du livre “jouent à perfection des ficelles propres au genre tout en renouvelant les thèmes de manière adroite.” L’article n’est pas disponible en ligne (et le PDF pèse plus d’un megaoctet), mais cela ne nous empêchera pas de dire Bravo!
#5 marie-dominique (22 mars 2007 - 15:01)
ouais… “Laura L’Immortelle”. Après avoir lu l’article dans la Presse, je me suis empressée de lire le roman publié aux Intouchables. Honnêtement, ça ne prend pas une grande expertise littéraire pour savoir que ce n’est pas une enfant de douze ans qui a écrit cela. Juste en comparant avec Alexandra Larochelle, pour qui nous avons crié au génie et qui est dans le même groupe d’âge, ça me paraît évident.
On peut lire dans le roman “Laura…” , des termes comme camé ou desserte (typiquements français), des descriptions ultra précises sur des termes informatiques et je-ne-sais quoi encore….. est-ce que quelqu’un l’a lu aux Intouchables????
Je veux bien que Michel Brûlé gère sa business comme bon lui semble, mais il est aussi responsable, sinon plus, d’avoir publié un texte plagié que les parents.
Toujours sur les rayons des librairies, je vous invite à y jetter un coup d’oeil…
#6 Daniel Sernine (22 mars 2007 - 18:10)
«Alexandra Larochelle, pour qui nous avons crié au génie…», énonce Marie-Dominique. N’aurait-il pas fallu écrire «…pour qui l’on a crié au génie»? À moins que tu n’aies, personnellement, crié au génie? Moi j’ai crié au sens du PR des parents, au sens du marketing de l’éditeur Trécarré, et au sens…ationalisme des médias.
Le sens critique, dans tout cela, paraît bien émoussé…
#7 Claude B. (22 mars 2007 - 19:01)
Chose sûre, déjà elle en a vendu plus que moi dans toute ma vie.
Il est possible que dans cette histoire, la seule personne malveillante soit la jeune fille elle-même, et que les autres aient simplement péché par manque de connaissances ou de perspicacité.
Comment se surprendre qu’un éditeur ne connaisse pas un truc de fantasy alors que, si on se souvient bien du fameux canular d’il y a quelques années, plusieurs éditeurs, et pas des moindres, n’avaient pas reconnu un grand classique de la littérature québécoise qu’on leur soumettait. (est-ce que c’était Les Chambres de bois?)
Je pense que personne n’est à l’abri de ce genre de choses.
#8 marie-dominique (23 mars 2007 - 8:59)
Daniel :
Je sais que j’écris mal. Désolée si cela te choque. ;o)Je prends deux minutes de temps en temps sur mes heures de travail pour aller sur fractaleframboise. Je devrai sans doute me relire à l’avenir…. (Et puis, j’ai effectivement crié au génie en lisant la jeune Alexandra, c’est très bien pour une enfant de son âge)
Tout ce que je dis, c’est que dans ce cas, ce cafouuillage aurait pu être évité assez facilement. Mais bon, ce n’est que l’avis d’une simple lectrice. Peut-être que certain directeur éditorial aurait une autre opinion sur la question. ;o)
#9 Michel J. Lévesque (23 mars 2007 - 11:03)
Les Chambres de bois, d’Anne Hébert, publié en 1958 aux éditions du Seuil, récipiendaire du prix France-Canada, du prix Duvernay, en plus d’avoir reçu les éloges de la critique. Fin des années 80, La Presse, envoie à 12 éditeurs le même roman. Ne sont modifiés que le nom de l’auteur, le nom des personnages et le titre. Sept maisons d’édition très connues ont refusé le manuscrit. Les autres maisons n’ont même pas répondu.
#10 Claude B. (23 mars 2007 - 11:55)
Ah, voilà.
(et quant à moi, je ne l’ai jamais lu. Il est préférable que je ne lance pas ma propre maison d’édition. Qui sait si quelqu’un n’essaierait pas de me refiler du vieux Sernine?)
#11 marie-dominique (23 mars 2007 - 13:15)
J’avais pensé aussi envoyé chez un éditeur, mon dernier ouvrage (7 volumes quand même) qui s’intitule “À la recherche du temps égaré”. ;o)
#12 Joel Champetier (23 mars 2007 - 15:09)
Michel: la fameuse histoire des _Chambres de bois_ est moins surprenante quand on mesure les changements sociaux et artistiques qui ont agité le monde entre 1958 et la fin des années 80. J’ai pas lu le roman en question, mais la littérature évolue, et je peux parfaitement concevoir qu’une oeuvre qui reflète à la perfection le style et l’esprit d’une époque puisse paraître surannée aux yeux des éditeurs 30 ans après.
Le fait que personne ne l’eut reconnu est un peu plus ironique. Mais encore ici, les oeuvres primées ne sont pas toujours les oeuvres qui survivent.
Marie-Dominique: tu résumes bien la situation, en parlant du roman d’Alexandra Larochelle (enfin, le premier, car c’est le seul que j’ai lu). C’était “très bien pour une enfant de son âge”. Ajoutons que la jeune fille est remarquablement articulée, ce qui a aussi beaucoup contribué à ce qu’elle devienne la coqueluche des médias. Le véritable génie est rare.
#13 Christian (23 mars 2007 - 19:48)
Michel: Je reste peu convaincu de la validité des résultats que l’on peut penser retirer de l’expérience de la Chambre des bois. Comme l’explique de façon fort divertissante “Uncle” Jim Macdonald sur le blog Making Light, le simple refus ou le manque de réponse peut s’avérer la façon la plus simple pour l’humble éditeur surmené de refuser un plagiat évident. Ce qui nous ramène à la question de départ…
#14 Frédéric Jeorge (29 mars 2007 - 17:11)
Bonjour, je suis Frédéric Jeorge, l’auteur de fanfictions plagié dont vous parlez dans cette intéressante conversation. Je souhaitais simplement rectifier une information erronée donnée par la presse : comme je l’ai très clairement précisé lors de mes entretiens aux radios et tv québecoise, je ne vais pas toucher de *droits d’auteur* sur ce livre puisque, par la définition même d’une fanfiction, je ne peux pas y prétendre et ne l’ai jamais fait. L’éditeur m’a simplement proposé de me verser, *à titre compensatoire*, sa part des recettes générées par la vente du livre, qu’il ne peut légitimement pas garder. Ce qu’il réclame aux parents correspond aux frais d’impression et une partie des frais de commercialisation.
Le plagiat est aussi ancien que la littérature, et les exemples abondent dans tous les pays et toutes les époques. La question que ce cas particulier soulève est plutôt l’attention qui semble avoir été bien plus portée sur le très jeune âge de l’auteur que sur le livre, sinon les indices que vous citez et bien d’autres montraient de façon évidente que ce livre ne pouvait ni être québécois, ni écrit par une fillette, ni même être un tout en soi tant il s’appuie sur d’autres textes que j’ai écrit et d’où viennent tous les personnages (autres que ceux empruntés à la licence Highlander, bien sûr).
#15 Laurine (31 mars 2007 - 9:02)
Merci pour la précision!
(Désolée aussi pour le délai d’affichage du message. Il était coincé dans une pile de spams à nettoyer, misère!)
#16 Christian (9 avril 2007 - 9:09)
Un oubli… Claude Bolduc nous a fait parvenir une photo de son passage à Bruxelle pour répandre la bonne nouvelle fantastique:
La barbe est authentique!
#17 Daniel Sernine (10 avril 2007 - 19:52)
Mais oui c’est Claude, en compagnie de Georges Jacquemin et du non moins célèbre Paul Maverresdeau !
:O)
#18 claude B. (10 avril 2007 - 20:44)
C’est un symbole qui le représente, comme les noms des gars sur Led Zeppelin IV!
Il s’agit de Paul Mathieu, que certains d’entre vous, peut-être, ont rencontré dans Petites danses de Macabré. Il avait aussi signé un hommage à Thomas Owen, peu de temps après la mort de ce dernier, dans Solaris 142. Il a en outre remporté le prix Robert Duterme, remis aux quatre ans, après Anne Richter et avant Michel Rozenberg. Sans oublier que c’est un sacré bon gars.
#19 claude B. (10 avril 2007 - 20:48)
Vous avez remarqué? j’ai au moins été sobre à ce moment-là.
#20 Claude b. (12 avril 2007 - 18:06)
Pour revenir au cas de Frédéric Jeorge, c’est une histoire tellement étrange en soi que je ne saurais être en accord ni en désaccord avec le règlement qui a été conclu.
#21 Laurine (14 avril 2007 - 15:34)
Il y a eu un arrangement? Pas eu le temps de le voir passer.
Par contre, bonne nouvelle pour les Intouchables: le Grand Prix de la science-fiction et du fantastique québécois (volet jeunesse) a été décerné à Sylvain Hotte pour le premier volume de sa série «Daran», La fée du lac Baïkal. Ça fait deux années de suite que les Intouchables se voient décerner le prix en question.
#22 Claude b. (14 avril 2007 - 22:12)
Par arrangement, je me référais seulement à ce qu’a dit M. Jeorge.
#23 Frédéric Tremblay (15 septembre 2007 - 19:23)
Je sens que je ramène quelque chose d’un profond oubli, on me le pardonnera certainement. Je faisais une recherche sur Google quant à Alexandra Larochelle, recherchant un site qui dirait une adresse à laquelle on peut la joindre : à défaut d’avoir trouvé ça, je peux au moins donner mon avis ici, où l’on en parle un peu.
J’ai moi-même l’âge de la petite (quelle ironie!), et je n’en suis plus à mon premier livre. Je peux dire que l’un d’eux sera publié très bientôt, mais ce ne serait pas très important.
Quelqu’un disait ici que ce qu’elle écrivait était très bien pour son âge. Je n’en doute pas. Peu de gens de 13 ans peuvent se vanter d’écrire comme elle, du moins au niveau de l’ortographe. Pour le reste, son écriture est assez pauvre, et sa littérature l’est encore plus. Le problème, c’est qu’elle a été prise pour son âge, justement. Est-ce que l’on ne publiera plus que des jeunes désormais, sous prétexte qu’ils écrivent différemment des autres? Il faut publier pour l’histoire et le talent, sans faire de comparaison d’âge. Pour ma part, j’espère n’avoir pas été choisi pour mon âge, et je chercherai à m’assurer que la publicité qui pourrait m’être faite ne se base pas principalement sur mon âge. De quoi, j’espère, dissoudre une toute petite part des préjugés que l’on pourrait avoir envers les jeunes auteurs - et que je peux comprendre les auteurs plus âgés d’avoir, face à des personnes comme Larochelle.
Je crois que personne n’a encore osé lui dire que ce qu’elle faisait n’était pas très bon si on le comparait à quelque chose de plus mature, de plus développé. Elle doit être considéré comme une sorte d’«intouchable», pour ne pas faire un jeu de mot avec l’affaire Marie-Pier Côté, de laquelle on ne peut dire que du bien parce qu’elle est jeune et qu’on ne voudrait pas la blesser.
Je ne parle pas de la diffamer, loin de là, mais de chercher à le lui faire comprendre. Je ne doute pas qu’elle ait un certain potentiel : seulement elle aurait dû faire comme font bien des auteurs, écrire et continuer d’écrire, sans être publiée, jusqu’à être acceptée pour son travail seulement
#24 Laurine (16 septembre 2007 - 19:31)
Il est impossible de mettre sur un pied d’égalité le roman d’un adolescent de 13-14 ans et celui d’un adulte. Peu importe la maîtrise de l’orthographe et le sérieux du style (pour son âge), un jeune auteur n’a pas suffisamment d’expérience de vie pour écrire une histoire mature. Il n’a pas encore affiné son sens de l’observation, sa compréhension de la nature ou des enjeux humains. La trame de son récit s’en ressentira, c’est gagné d’avance. Mentionnons aussi qu’à cet âge, l’adolescent n’a pas encore suffisamment lu pour élargir ses horizons et éviter de tomber dans les clichés littéraires.
Ce n’est pas un préjugé contre les jeunes que j’exprime, mais simplement une constatation. On ne peut écrire une histoire mature si l’on n’est pas soi-même mature; ce qualificatif ne s’applique pas à un adolescent, même s’il est persuadé du contraire.
Dans ces conditions, j’imagine mal un éditeur accepter le manuscrit d’un adolescent et ne pas miser sur le coup publicitaire.
#25 Frédéric Tremblay (17 septembre 2007 - 20:20)
Bien, tu sembles convaincue de ce que tu dis, malgré tout ce que je pourrais répliquer et répliquer encore ; je ne perdrai pas de temps à te prouver quoi que ce soit, n’est-ce pas?
Tu auras toujours l’occasion de me lire si cela t’intéresse, sinon, eh bien je n’aurai rien à dire.
Ton avis est bien justifié, toutefois par le fait même que tu n’as pas lu ce que j’ai écrit, c’est un préjugé. N’est-ce pas? Tu te bases certainement sur des gens que tu connais, ou encore sur Larochelle elle-même : ou si tu ne te bases sur rien, c’est encore pire.
Je dis qu’il est impossible de mettre sur un pied d’égalité un bon roman et un mauvais roman ; l’âge de l’auteur a-t-elle vraiment de l’importance, ou alors est-ce plutôt l’histoire qui fait vraiment tout?
#26 Sparkles (17 septembre 2007 - 20:40)
Eh bien, Dieu sait que j’apprécie les gens qui savent pertinemment qu’ils font, qu’ils disent des préjugés, et, pourtant, assurent le contraire.
Évidemment, Laurine, je suis d’accord avec toi sur certains points, mais il y a plusieurs que je trouve très discutables et d’autres, encore, avec lesquels je suis totalement en désaccord.
Impossible de mettre sur un pied d’égalité le roman d’un adolescent et celui d’un adulte ? Eh bien, tout dépend également de l’âge des lecteurs auxquels le livre est destiné. S’il s’adresse à des gens du même âge, ou même à d’autres un peu plus jeunes, l’adolescent saura certainement mieux que les adultes ce que les personnages dans son histoire ressentent, puisque ce seront des choses qu’il sera lui-même en trian de vivre, ou bien qu’il a vécues il n’y a pas si longtemps - bien moins longtemps, du moins, qu’un adulte.
Je trouve désolant que vous pensiez qu’un adolescent soit forcément immature. Évidemment, c’est le cas pour 99,9% d’eux. Peut-être dressez-vous un portrait général de l’adolescence. Mais ceux qui écrivent, qui ont du talent, ne font pas partie des personnes “normales”, d’une certaine façon ; elles sont des exceptions. Seulement, comme vous n’en avez jamais rencontrées jusqu’à présent - avec Larochelle, je comprends bien que vous ayez un tel avis -, vous vous imaginez cela. Quelques adolescents sont capables d’observer une scène avec un détachement, et ils pourront alors mieux comprendre et percevoir les émotions des gens - par exemple, de ses parents dans une prise de bec avec ceux-ci. Il est improbable que cet auteur soit capable d’atteindre ce niveau d’impartialité - dans la plupart des cas, du moins - ; c’est sûr qu’alors, il ne reconnaîtra pas ses torts et critiquera probablement ce que disent les parents, toujours dans en prenant cet exemple - ce qui peut être seulement acceptable si le narrateur est au “je” et que c’est l’adolescent qui parle. Mais il y a bien quelques jeunes qui ne font pas preuve de ce
subjectivisme.
Et un adolescent peut avoir autant ou même davantage lut qu’un adulte - évidemment, je sais bien que vous parlez des adultes auteurs, ou du moins ceux qui sont cultivés ; seulement, l’âge n’est pas une barrière à la culture.
Pour terminer, je vous dirai simplement de regarder les grands compositeurs classiques, des génies ; combien écrivaient, très jeunes, des pièces d’une beauté inégalée par des compositeurs pourtant beaucoup plus vieux ?
#27 Laurine (18 septembre 2007 - 6:38)
Combien d’adolescents ont écrit des œuvres littéraires remarquables? (À part Anne Frank, on s’entend.)
Cela dit, je n’ai rien lu de Larochelle.
#28 Joel Champetier (18 septembre 2007 - 11:06)
Hé, hé, Laurine s’est avancée sur une pente savonneuse. Bonne chance! :-)
J’ai bien peur que cette discussion soit pour l’éternité un dialogue de sourds, puisque les adultes se rappellent avoir été adolescents, alors que les adolescents n’ont pas encore été adultes.
#29 Laurine (18 septembre 2007 - 11:49)
Il est peu probable en effet que l’un réussisse à convaincre l’autre. Alors, je te souhaite sincèrement bonne chance pour tes prochaines publications, Frédéric. Et… c’est tout, je n’ajoute rien de plus! :-)
#30 claude b. (18 septembre 2007 - 12:52)
On peut à tout le moins dire, et tout le monde sera d’accord, que ça prend de nombreuses années pour former un écrivain compétent.
#31 Sparkles (18 septembre 2007 - 16:32)
Je parlais, très chère Laurine, des compositeurs de musique classique.
#32 Laurine (18 septembre 2007 - 17:03)
Oui, oui, Sparkles, l’allusion aux compositeurs ne m’avait pas échappé. Mais est-elle pertinente dans ce contexte précis s’il est impossible d’établir un parallèle (exemple à l’appui) avec la littérature?
#33 Frédéric Tremblay (18 septembre 2007 - 18:10)
Claude B. : Ça, oui, tout le monde peut le reconnaître. Je ne verrais pas arriver une personne qui, du jour au lendemain, serait devenu un véritable génie de la littérature ; il faut apprendre, et apprendre implique de faire des tentatives, mais surtout des erreurs qu’il nous faudra comprendre pour éviter de les reproduire ensuite. Seulement, une personne peut bien être rendue à cinquante ans et n’avoir écrit qu’un ou deux romans, et une personne peut n’en avoir que quatorze ou quinze et en avoir écrit bien plus. Tout dépend du temps que l’on peut mettre, et que l’on est prêt à mettre (j’aurais dit à sacrifier, mais c’est loin d’être inutile).
Laurine : On ne peut donner des centaines de noms de jeunes auteurs qui se sont illustrés par leur profondeur, l’attrait de leur plume, et tout ce qui fait un bon littérateur ; justement parce qu’il n’y en a pas encore eu. Oui, il y a bien quelques grands auteurs qui commençaient à écrire jeune, mais aucun n’a véritablement été publié jeune, ou alors on l’a oublié. Seulement, ce n’est pas parce qu’on n’a jamais vu une chose que cette chose est impossible. C’est seulement qu’elle n’est pas encore advenue. Je ne dis pas que je suis prodige, mais je peux jurer qu’il y a d’autres jeunes comme moi prêts à défendre leurs positions, et qui ont pour le faire quelques excellents arguments (comme Sparkles, qui a dit ce que j’ai manqué de temps pour dire).
Mais comme il est sage d’arrêter tout de suite une conversation qui ne verra personne changer d’avis, je me tais. Bravo pour ce blogue en passant, c’est véritablement un site intéressant qui mérite qu’on vienne le voir.
#34 Benoit (18 septembre 2007 - 22:12)
M’est-il possible de me taire dans ce contexte éternel ?
Frédéric: je n’ai aucun indice qui me permette de déterminer ton âge, mais à ton écriture on peut tous s’entendre pour dire que tu n’as pas 12 ou 13 ans. C’était l’âge d’Alexandra lorsqu’elle signait ses premiers autographes dans un Provigo de la région de Québec.
Par ailleurs, il y a un point crucial dans cet échange: tu parles d’auteur, nous parlons d’écrivain. Le fait d’avoir publié 50 romans ne fait pas d’un auteur un écrivain. Et je connais des écrivains qui ont une plume renversante et qui ne publieront jamais rien.
Le langage musical est un art qui relève de la pensée abstraite, le langage parlé relève de la pensée concrète. L’art de l’écrivain est dépendant des deux formes de pensée.
#35 Jean-Louis (19 septembre 2007 - 1:42)
J’en profite pour rappeler que pratiquement toute l’œuvre de Rimbaud a été écrite entre ses quinzième et vingtième anniversaires. Françoise Sagan a publié son premier roman à dix-huit ans. Raymond Radiguet avait fini les deux romans qui ont fait sa gloire avant de mourir à vingt ans. (Si on se limitait aux cas de Rimbaud et Radiguet, on finirait par conclure que ça aide d’avoir un nom qui finit en R et d’avoir une liaison homosexuelle avec un écrivain célèbre — Verlaine ou Cocteau — si on veut écrire des textes marquants avant la vingtaine.)
Dans le domaine qui nous intéresse, Samuel Delany a publié son premier roman avant son vingtième anniversaire. (Étonnant mais vrai: les deux tantes de Chip Delany sont dans le livre des records Guinness dans la catégorie des écrivaines les plus âgées, ayant signé et publié trois livres ensemble ou séparément après leur centième anniversaire.) D’autres auteurs de sf ont commencé fort jeune, dont Daniel Sernine, Gérard Klein et Harlan Ellison (tous aux alentours de 21 ans).
Mais peut-être que je ne suis pas impartial dans ce domaine, ayant publié une demi-douzaine de nouvelles et un roman-feuilleton avant d’avoir vingt ans… mais je résumerais en disant qu’on peut recenser de nombreux textes valables d’auteurs entre seize et vingt ans. Poèmes et nouvelles, ce n’est pas trop rare. Les romans, c’est déjà autre chose, et ceux de Radiguet et Sagan avaient été en partie des succès de scandale (en un temps où il était encore possible de faire scandale). Des romans impérissables par de jeunes auteurs? Il n’y en a effectivement pas des masses…
#36 Joel Champetier (19 septembre 2007 - 10:36)
Tout cela est fort juste, Jean-Louis; même que j’ai pensé à toi, à Rimbaud et à Sagan en lisant cette conversation. Rappelons toutefois que Laurine a bien spécifié “13-14 ans”, ce qui n’est vraiment pas la même chose que 17-18 ans, cette fourchette d’âge étant elle-même fort éloignée de la jeune vingtaine sur le plan du développement de la personnalité.
Sinon, toutes les études sérieuses sur l’âge auquel un écrivain atteint sa pleine force créatrice indiquent que cela se produit à 49 ans et 9 mois. Ce qui correspond à mon âge: étonnant comme coïncidence, non?
#37 mathieu f (19 septembre 2007 - 11:12)
Allez, Joël: tu dois pondre plusieurs romans le plus tôt possible, avant que l’âge ne t’amène sur le déclin de ta force créatrice! ;)
Pour ce qui est de Frédéric… ce n’est pas la première fois qu’il débat de ce point, et sûrement pas la dernière, mais son livre sera publié chez Joey Cornu, un éditeur qui se spécialise dans la publication d’auteurs ayant en bas de 25 ans… donc un éditeur qui non seulement fait sa pub sur l’âge des auteurs, mais s’en sert pour se définir en tant que maison d’édition… Me semble que les intentions sont claires.
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#38 Jean-Louis (19 septembre 2007 - 12:27)
Frédéric Tremblay dit avoir le même âge qu’Alexandra Larochelle, qui a maintenant 14 ans et des poussières. À cet âge, on se rapproche de la seconde moitié de l’adolescence, et de l’âge qu’avait Rimbaud quand il signait ses premiers poèmes.
Mais je suis d’accord que le roman est autre chose. Il exige une certaine connaissance de la vie, que l’on écrive pour des jeunes ou pour des adultes. J’ai publié plusieurs livres dont les premiers états remontaient à mes 17, 18 ou 19 ans (Le Ressuscité de l’Atlantide, Les Rescapés de Serendib, Le Prisonnier de Serendib, Un trésor sur Serendib, Aller simple pour Saguenal), mais ce ne fut pas sans modifications ultérieures. Et les romans (ou novelettes) que j’ai terminés auparavant sont restés dans mes tiroirs, ou sont inachevés, ou se trouvent dans les archives du CRCCF…
Mais il faudrait distinguer romans publiables (car on publie vraiment de tout au Québec, en particulier avec le développement de l’auto-édition et de la micro-édition), romans valables et romans marquants. Je ne serais nullement surpris qu’un roman d’un auteur de 14 ans puisse soutenir la comparaison avec certains romans d’auteurs plus âgés, et même à la retraite, écrivant pour jeunes ou (soupir!) pour adultes. Je serais plus surpris qu’un tel roman soit lisible, avec plaisir, de bout en bout, par un lecteur adulte aguerri. Et je serais soufflé s’il s’agissait d’une œuvre originale et frappante (d’ailleurs, on est toujours surpris quand on tombe sur des perles rares, quel que soit l’âge de l’auteur).
En fait, sans vouloir interpréter ce que disait Laurine, j’ai tendance à croire qu’il sera généralement plus charitable de tenir compte de l’âge de l’auteur quand on lit le roman d’un adolescent. Mais il pourrait y avoir des exceptions…
#39 claude b. (19 septembre 2007 - 12:58)
Moi aussi je crois à l’exception, mais seulement pour confirmer la règle.
49 ans et 9 mois? Surveillons bien le prochain Joël! Quant à moi, je vous préparerai pour mes 49-9 une short-short, mais une bonne, là, hein?
#40 Benoit (19 septembre 2007 - 17:14)
Je dois apporter un correctif ici, parce que j’ai mépris mademoiselle Larochelle avec une autre écrivaine québecois qui a publié son premier roman à 12 ans, et dont je n’ai pas retrouvé le nom. Elle doit maintenant avoir autour de 20 ans.
Ça m’appprendra à ne pas confronter ma mémoire avec les faits.
#41 Sparkles (21 septembre 2007 - 14:45)
“mais son livre sera publié chez Joey Cornu, un éditeur qui se spécialise dans la publication d’auteurs ayant en bas de 25 ans… donc un éditeur qui non seulement fait sa pub sur l’âge des auteurs, mais s’en sert pour se définir en tant que maison d’édition… Me semble que les intentions sont claires.”
Oui, oui. Et c’est une maison tellement connue que tu dois même la présenter. Tu connais leurs livres ? Selon tes dires, s’ils se sont spécialisés dans la publication de jeunes écrivains, c’est uniquement pour être populaires. Seulement, les oeuvres qu’ils ont publiées restent plongées dans l’ombre ou, du moins, ne sont pas très populaires ; si ne publier des jeunes que pour faire de l’argent avait été leur intention, alors on ne parlerait pas d’eux en ce moment.
Et parlons-en, de leurs intentions. Elles sont claires ? Eh bien, disons qu’ils font seulement ce que les autres éditeurs refusent de faire.
#42 GiGi (21 septembre 2007 - 17:43)
Il y a des doses de Ritalin qui se perde…
#43 Jo (15 avril 2008 - 15:21)
Je suis un auteur publié chez Joey cornu éditeur. J’ai commencé avant d’avoir mes 24 ans, aujourd’hui j’en ai 30. Croyez-moi, l’éditeur ne fait pas plus d’argent sur notre dos qu’un éditeur pour adulte.
Il en faut des gens comme eux pour préparer une bonne relève. En passant, nous ne sommes peut-être pas encore populaire mais un jour qui sait? Mon premier roman a déjà à son actif plus de vente que l’un des nombreux romans de Christine Brouillet, une femme que je respecte beaucoup.
Elle m’a déjà dit qu’il faut une dizaine de romans avant d’être accepté dans ce domaine!!!!!
Déjà, d’être publié est un exploit si on compte tout les manuscrits que les éditeurs reçoivent. Une fois qu’on a le pied dans la shop comme on dit, les portes nous sont maintenant ouverte.