Lisey’s Story — Stephen King
par Laurine - samedi, 20 janvier 2007 - 15:40 (Critiques, Lectures, SF&F autre)
Depuis ces dernières années, Stephen King semble beaucoup se préoccuper de la mort — de la sienne, il va sans dire. Qui peut l’en blâmer? Passé un certain âge, plus personne ne s’imagine être éternel. On se souvient qu’en 1999, un conducteur de van distrait l’a grièvement blessé. Si la cinétique n’avait pas souri à l’auteur ce jour-là, des ambulanciers du Maine auraient eu le douteux privilège de ramasser son corps désarticulé au bord de la route. Ce rappel brutal aux réalités de la vie l’a sans doute poussé à mettre certaines choses en ordre. Je spécule ici, bien sûr. Mais les fans de la série «The Dark Tower» ont dû remarquer que les trois derniers tomes sont parus en rafale, et ceci après une attente de six ans. (J’espère que George R.R. Martin prend des notes.) Ils auront aussi noté, ces fans, que King met en scène sa propre mort dans Song of Susannah. Et le voilà qui récidive avec Lisey’s Story.
Scott Landon est un écrivain prolifique, talentueux et très populaire, à l’image de Stephen King lui-même, mais aussi de certains de ses personnages. Pensons à Mike Noonan dans Bag of Bones. Mais Scott Landon n’est pas le héros du roman, comme le titre l’indique. Et puis au moment où débute le récit, il est mort depuis deux ans.
Sa femme, Lisey Debusher, vit son veuvage avec difficulté. Elle doit trier la paperasse de son défunt mari tout en subissant les assauts de «spécialistes» de la littérature qui souhaitent mettre la main sur de possibles romans non publiés. L’un d’eux, plus tenace que les autres, lâche par étourderie un déséquilibré à ses trousses. Pour compliquer les choses, sa sœur Amanda, qui a un lourd passé d’instabilité mentale, sombre dans la catatonie. Mais peu à peu, le lecteur se rend compte que tous ces événements disparates semblent liés. Lisey découvre que son mari a disposé dans leur résidence des indices qui obligent la veuve à raviver des souvenirs douloureux. De son vivant, Scott Landon possédait l’étrange faculté de se projeter dans un monde parallèle qu’il a surnommé Boo’ya Moon. Cet univers rempli de merveilles et d’horreurs lui a octroyé tout au long de sa vie une santé de fer, mais il était aussi une source de terreur perpétuelle. Dans Boo’ya Moon se promène le «long boy», une créature intemporelle qui ne déparerait pas dans un roman de Lovecraft.
Je trouve un peu difficile de classer Lisey’s Story dans un genre particulier. Tout le début verse dans un réalisme magique très sobre, où l’héroïne vit avec les souvenirs du défunt. Ici et là, une allusion à un élément terrifiant, mais sans plus. Quand les souvenirs affluent et que les talents particuliers de Scott se précisent, on passe à une sorte de fantastique frisant la fantasy. Boo’ya Moon est-il un univers magique? Et surgit enfin l’horreur, quand le tueur aux trousses de Lisey et le «long boy» de Scott Landon sortent de l’ombre. D’ailleurs, la combinaison des deux menaces rappelle la formule que Dean Koontz privilégiait il y a une quinzaine d’années. Autre référence littéraire, les rapports d’amour et de haine entre Scott et son père violent rappellent les histoires tordues de Virginia C. Andrews dans lesquelles on plonge avec une fascination morbide.
Malgré son caractère hétéroclite, l’intérêt principal de Lisey’s Story est sa façon de dépeindre avec beaucoup de finesse un long mariage réussi. Le couple de Lisey et Scott a tenu malgré les incroyables épreuves traversées, et toutes ne relèvent pas du fantastique. J’ignore à quel point Stephen King s’est inspiré de sa propre relation avec Tabitha, mais son tableau regorge de petits détails, de petits riens qui font toute la différence. Moi qui abhorre les histoires de couples, celle-ci est fort convaincante malgré ses révélations extraordinaires. Au fil des ans, Lisey et Scott ont développé leur propre langage, leur jargon, leurs signaux à eux deux. King nous plonge dans cette intimité d’un bout à l’autre du roman. Cette relation fusionnelle s’accompagne d’un sentiment de dédoublement, car le présent et le passé se déroulent simultanément et glissent même l’un dans l’autre. La conclusion douce-amère nous fait refermer le livre avec une pointe de regret.
Lisey’s Story est bien plus captivant que Cell, l’histoire de zombies à grand déploiement. Les traducteurs vont peiner à la tâche en essayant de rendre fidèlement les codes inventés de Scott et Lisey (une partie du récit s’articule autour du mot bool, un néologisme pas difficile à traduire en soi, sauf qu’il faut le faire rimer avec boon et pool — bonne chance). J’ignore si King réutilisera ce monde parallèle qu’il a créé et qui ne ressemble pas à celui de From a Buick 8. J’espère seulement qu’il restera aussi prolifique pendant un bon bout de temps, même s’il pense à sa mort et même s’il répète sans cesse qu’il arrêtera d’écrire.


#1 Hugo (20 janvier 2007 - 21:32)
Allo Laurine,
Par une étrange synchronicité, j’ai justement commencé la lecture de ce roman hier soir…
Je te reviens avec mes commentaires une fois la chose refermée. Ton commentaire me convainc de poursuivre sans hésiter.
#2 Laurine (24 janvier 2007 - 16:46)
J’oubliais sans doute de préciser dans mes commentaires que l’histoire n’est pas dépourvue de scènes grand-guignolesques. Du moment qu’on sait qu’il y a un psychopathe et un monstre dans le décor, c’est tout vu! Mais pour une fois, ce ne sont pas les scènes d’horreur qui marquent le plus, même si elles n’ont rien de subtil. Les rapports humains (entre Scott, Lisey et ses sœurs) prennent nettement le dessus. Du beau travail, à mon avis.
#3 fred (6 février 2007 - 15:05)
merçi beaucoup pour ce commentaire ! je suis fan de Stephen King, qui est mon écrivain préféré, et j’attend ce roman avec une grande impatience ! toujours pas de date de prévue, c’est frustrant.. mais ton com est rassurant, je me dis depuis le debut que ce roman devrait etre dans la lignée d’un Sac d’Os, je le souhaite en tous cas.. je suis vraiment tres enthousiaste à l’idée de lire ce roman, mais QUAND ?
#4 mathieu f (6 février 2007 - 20:55)
lis-le en anglais!
M
#5 Laurine (6 février 2007 - 21:12)
Eh! Tout le monde ne lis pas l’anglais. Et si les histoires de King sont relativement simples, le langage qu’il utilise est parfois difficile à saisir. Mais la sortie de L’histoire de Lisa (je crois que c’est le bon titre) ne devrait pas tarder. Les éditeurs sont rapides à la détente avec cet auteur.
#6 Christian (6 février 2007 - 23:00)
Mathieu F: Même si on lit l’anglais, il y aussi le défi non-négligeable d’obtenir un livre anglophone récent dans les plus sombres recoins de la francophonie pas nécessairement canadienne. Sans que ça devienne trop dispendieux, évidemment.
Fred: Cherchant Google pour “lisey’s story 2007 amazon.fr”, puis “histoire de lisa 2007″, je vois des rumeurs sans références selon lesquelles L’histoire de Lisa sera traduit et publié en 2007 par Albin Michel. Malheureusement, aucune précision au sujet de la date… ce qui m’amène à deviner qu’il s’agira d’une sortie de troisième trimestre au plus tôt. Vivement la rentrée, comme disaient les autres.
#7 fred (7 février 2007 - 7:43)
merçi à tout le monde pour ces petites précisions
après Cellulaire que je considère comme étant un bon roman mais sans plus, j’attend beaucoup de ce Lisey’s Story !!
#8 Martina (21 février 2007 - 9:48)
Bonjour,
j’ai commencée a lire ce livre hier soir. J’ai réussie a ”entrer” dans l’histoire a la page 40..donc faut pas se décourager…Ca lent comment début..comme Bag of Bones. ¸Bonne lecture !!!
#9 Carrie (24 avril 2007 - 14:24)
Le livre sort en France en Septembre ! J’ai très hâte ! En tout cas, merci pour ce résumé !
#10 Christ (8 octobre 2007 - 18:25)
J’etais en train de relire tous mes livres de stephen King du fléau a tommyknockers, les regulateurs et desolation… et je m’apercois qu’il y en a un nouveau… Surprise !!!
Je l’achete et la dur dur… impossible de rentrer dedans je maudis la traductrice (certainement une foutue quebequoise (je rigole j’adore le Quebec)), et soudain la magie opere… je suis Scott (Stephen King ???), j’en profite pour me mettre une paire de claque (le maine est proche de Quebec…. souviens toi sac d’os). Les monstres du placard ressortent une nouvelle fois pour ma decharge d’adrénaline… encore une fois le maitre m’a entrainé dans son monde…. et j’espere pour longtemps encore… NARD FIN.
#11 Christ (8 octobre 2007 - 18:27)
Si vous avez envie d’en parler avec moi un maudit francais lchristomer@msn.com
#12 Marie-Josée Couture (10 octobre 2007 - 13:01)
Je suis une maniaque de King et j’ai détester le Cellulaire mais je suis plus intéressée par la lecture de Lisey’s story. Je le lis en français et suis rendu au milieu. Je vous en dirai plus plus tard pour le moment c’est ok. A vous les fan, ne manquez pas de lire La petite fille qui aimait Tom Gordon et Jessie. Deux grand classiques qui vous glace le sang..très thriller , parmis ces meilleurs en ce qui me concerne.
Marie
Québec
#13 Marie-Josée Couture (7 avril 2008 - 23:39)
Et bien voilà, du grand King encore et encore une fois dans son style classique et traditionnel et j’ai nommé: The Mist, le brouillard est sans contredit, très bon!