Archives: janvier 2007
par Christian - lundi, 29 janvier 2007 - 21:59 (Critiques, Lectures, SF&F autre)
La première difficulté lorsqu’on veut partager son enthousiasme au sujet du roman The Jennifer Morgue de Charles Stross, c’est de donner une idée juste de l’hybride avec lequel on a à composer. Suffit-il de dire qu’il s’agit d’un mélange de thriller lovecraftien, de comédie geek et de parodie James Bond? Est-il nécessaire de faire valoir qu’on y trouve un meurtre par PowerPoint? Est-ce superflu de mentionner Ian Fleming, Scott Adams et H.P. Lovecraft comme influences dominantes sur ce livre?
Peut-être est-il plus simple de dire qu’il s’agit ici du deuxième volume dans la série inaugurée par The Atrocity Archives, traduit en français sous le titre Le Bureau des atrocités. Mélange d’humour ultra-technique, de thriller parodique et d’horreur au-delà notre imagination, l’univers de la Blanchisserie de Charles Stross («Laundry» en version originale) cible carrément la titillation neuronale complète d’un lectorat précis. Mais quel résultat!
Car la deuxième difficulté à discuter de The Jennifer Morgue si jamais on parvient à décrire proprement de quoi il s’agit, c’est de trouver autre chose à dire que «C’est très bien: Allez le lire». Ceux qui répondent bien au mélange horreur/humour/thriller sont déjà vendus: les autres ne verront jamais l’attrait de la série.
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par Christian - dimanche, 28 janvier 2007 - 10:07 (Arts visuels, Critiques, Lectures)
Il peut sembler étrange de commencer une critique en recommandant un autre ouvrage, mais la nature même du travail de Scott McCloud l’impose : Si vous n’avez pas encore lu son magistral Understanding Comics, ne lisez par plus loin : Allez vous procurer ce livre, qui explique la bande dessinée avec un humour et une astuce exemplaire qui saura plaire à bien plus que les férus de BD. (Au fait, est-ce que quelqu’un a des commentaires sur la qualité de la traduction française «L’art invisible»?)
Making Comics est la deuxième «suite» à Understanding Comics, après Reinventing Comics, un tome tentant de décrire l’industrie américaine de la BD et comment la renouveler. Malgré un accueil critique sympathique, Reinventing Comics commence déjà à souffrir de quelque prévisions hâtives au sujet de la BD sur Internet: ça reste un ouvrage fascinant, mais pas transcendant comme l’était le premier volume.
Avec Making Comics, McCloud revient un peu aux sources et aborde son sujet sous une optique de créateur, sans abandonner sa mission pédagogique. Difficile d’enseigner comment faire des bandes dessinées sans auparavant en comprendre les rudiments, n’est-ce pas? Le résultat est un hybride curieux, en apparence destiné aux créateurs de BD, mais d’un vif intérêt à tous ceux qui veulent apprendre comment raconter des histoires.
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par Eric - samedi, 27 janvier 2007 - 0:34 (Arts visuels, Cinéma, Critiques, SF&F autre)
Le monde des humains en est un de souffrance, et plus encore dans l’Espagne de Franco, semble-t-il. Guillermo Del Toro nous en donnait déjà un aperçu dans son film El espinazo del diablo, qui prenait place dans un orphelinat en 1939, vers la fin de la guerre civile espagnole. Son nouveau film, Le labyrinthe de Pan, se déroule environ cinq ans plus tard: ce n’est pas une suite mais les deux oeuvres ont une parenté évidente. En 1944, Franco persécute les quelques rebelles qui osent s’opposer à son régime. Les bons souffrent, les méchants aussi, et ce n’est pas surprenant si l’héroïne du film, la jeune Ofelia, se passionne tant pour les légendes d’un monde sans mensonges ni douleur.
La mère d’Ofelia, qui porte encore l’enfant de son défunt mari, vient d’épouser un capitaine. Ofelia doit donc emménager avec elle chez cet homme qui paraît strict d’emblée et qui s’avère de plus en plus monstrueux. Sous son toit, Ofelia devrait au moins manger à sa faim, mais l’ambiance est tendue. Les rebelles hantent les bois, tout près, et ont des alliés plus près encore. Les bois renferment aussi un labyrinthe très ancien auquel Ofelia ne saurait résister. Elle y découvre un faune, très ancien lui aussi, jovial et sournois. Bientôt, c’est tout un autre monde qui s’ouvre à elle, un monde dont elle serait la princesse perdue, un monde qui redeviendra sien si elle complète quelques épreuves.
On pourrait s’attendre à ce que le conflit entre le capitaine et les rebelles serve de cadre élaboré à la quête d’Ofelia, mais conflit et quête se partagent plutôt le film moitié-moitié. On n’apprend jamais tellement à connaître les rebelles: ils parlent peu, se fondent dans les bois, ils commencent déjà à ressembler à la légende romantique qu’on leur bâtira éventuellement. On prend vite à coeur le sort de leurs alliés, par contre, et on fréquente le capitaine de près (un peu trop près, même, quand il décide de se refaire le portrait).
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par Laurine - samedi, 20 janvier 2007 - 15:40 (Critiques, Lectures, SF&F autre)
Depuis ces dernières années, Stephen King semble beaucoup se préoccuper de la mort — de la sienne, il va sans dire. Qui peut l’en blâmer? Passé un certain âge, plus personne ne s’imagine être éternel. On se souvient qu’en 1999, un conducteur de van distrait l’a grièvement blessé. Si la cinétique n’avait pas souri à l’auteur ce jour-là, des ambulanciers du Maine auraient eu le douteux privilège de ramasser son corps désarticulé au bord de la route. Ce rappel brutal aux réalités de la vie l’a sans doute poussé à mettre certaines choses en ordre. Je spécule ici, bien sûr. Mais les fans de la série «The Dark Tower» ont dû remarquer que les trois derniers tomes sont parus en rafale, et ceci après une attente de six ans. (J’espère que George R.R. Martin prend des notes.) Ils auront aussi noté, ces fans, que King met en scène sa propre mort dans Song of Susannah. Et le voilà qui récidive avec Lisey’s Story.
Scott Landon est un écrivain prolifique, talentueux et très populaire, à l’image de Stephen King lui-même, mais aussi de certains de ses personnages. Pensons à Mike Noonan dans Bag of Bones. Mais Scott Landon n’est pas le héros du roman, comme le titre l’indique. Et puis au moment où débute le récit, il est mort depuis deux ans.
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par Laurine - dimanche, 14 janvier 2007 - 10:17 (Critiques, Lectures, SF&F francophone)
Quatrième tome de la série «Reine de Mémoire», La Princesse de Vengeance se démarque des trois autres par une histoire beaucoup plus dynamique. L’auteure, qui a pris grand soin jusque-là de fignoler les détails du fonctionnement de deux religions inventées, c’est-à-dire le géminisme et la religion mynmaï (au risque d’en faire ronchonner quelques-uns), met maintenant l’accent sur les péripéties des trois jeunes héros. Dans le tome précédent, Jilliane disparaissait et ses deux frères, Senso et Pierrino, partaient à sa recherche en prenant deux directions différentes.
En fait, Jilliane n’a pas disparu, mais elle se projette à travers la carte magique pour observer ses ancêtres. Cette astuce nous permet de voir la suite des événements dans l’univers de Gilles et d’Ouraïn. Pierrino, lui, a atteint la contrée mynmaï à la façon Garance, en manquant de se noyer. Il tombe bien vite dans les rets d’un prince charmeur dont l’avènement menace les talentés. Et Senso, de son côté, se joint à la fameuse troupe de théâtre de madame Andoriakis, où il croise un garçon qui lui ressemble curieusement.
Pendant tout le récit, nous alternons donc entre Gilles, Pierrino et Senso à travers de courts chapitres. Le résultat est plaisant dans la mesure où le lecteur est catapulté du présent au passé, de l’Europe à l’Asie, sans jamais perdre le fil. Petite déception toutefois, moi qui m’attendais à des développements plus consistants du côté des barons du charbon et des enjeux politiques du moment, j’en ai été pour mes frais. À la place, les deux garçons s’embarquent dans des amourettes qui n’augurent rien de bon. Un personnage ressort pourtant: Étienne Larché. Le garde du corps laconique de Senso connaît une partie des secrets de la famille Garance. Et puis il est débrouillard et semble garder la tête froide quand la situation l’exige. Tout pour le rendre sympathique.
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par Laurine - mercredi, 10 janvier 2007 - 18:02 (Insolite)
Ce matin, en me rendant au travail, je suis passée devant un bungalow d’où sortait une mère et ses deux fillettes qu’elle allait sans doute conduire à la garderie. Comme il faisait encore très sombre à 7 h le matin, la Lune brillait. La remarque qu’a passée une des fillettes en voyant l’astre était inaudible, mais j’ai très clairement entendu la mère répliquer d’un ton docte: «Non, la Lune ne bouge pas. C’est nous qui tournons autour de la Lune. Elle a l’air de tourner parce que nous, on ne bouge pas.»
J’ai dû réprimer l’envie de m’engager dans l’allée pour lui donner une taloche derrière la tête, question de lui remettre le système solaire en place. Pas fort, le cours de science.
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par Laurine - lundi, 8 janvier 2007 - 18:35 (Congrès Boréal)
Si vous prenez dix minutes cette semaine pour vous inscrire à Boréal 2007, vous pourrez profiter du tarif de l’an dernier qui s’élève à 25 $ pour l’ensemble du congrès. Pas cher, mais faites vite!
À partir du 15 janvier entrera en vigueur le tarif de préinscription de 2007, c’est-à-dire 30 $ pour l’ensemble du congrès. Pour connaître les détails et télécharger le formulaire, consultez le site du congrès.
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par Eric - vendredi, 5 janvier 2007 - 15:44 (Techno/sciences, Écrire)
J’écris ce billet malgré mon ordinateur. J’espère que le vôtre vous laissera le lire.
J’aime écrire à l’ordinateur, pourtant. Quand je m’y plonge, les yeux rivés sur l’écran, j’en oublie le clavier. On pourrait croire alors à une communication télépathique avec la machine: je pense les mots et ils apparaissent à l’écran, tous bien formés dans une police de caractères noble qui donne à l’idée la plus bête une aura de légitimité. Chaque lettre naît complète. Sur papier, il faut les tracer chacune avec ses hauts et ses bas, ses boucles et ses retours en arrière. Chaque mot est un trajet, et le résultat devient illisible si on tente d’aller trop vite. C’est plus brouillon, plus salissant parfois, et qui de nos jours oserait écrire un roman entier sans l’aide d’un clavier et de ce serviteur magique que l’on nomme “Undo”?
D’accord, l’ordinateur manque de romantisme. La plume est bien plus élégante. Le papier a une valeur en tant qu’objet: un manuscrit témoigne des hésitations de l’auteur, de sa sueur et son sang (figurativement parlant, dans la plupart des cas). Même dactylographié, celui de On the Road de Jack Kerouac est devenu un objet mythique, un long parchemin écrit avec une rare spontanéité et soumis tel quel à l’éditeur. Avant l’ère Xerox, un manuscrit était unique: on pouvait le brûler pour en tirer de jolies flammes et un soupçon de drame. Le papier a toujours fait un bon sujet d’anecdote, qu’il s’agisse de l’écriture-miroir des cahiers de Léonard de Vinci ou du manuscrit de Carrie secouru de la poubelle par Tabitha King, épouse d’un certain Stephen. Les écrivains d’aujourd’hui laissent moins de traces concrètes. Verra-t-on un fichier Word exposé dans un musée? La postérité retiendra-t-elle les fonds d’écran d’Elisabeth Vonarburg[1]?
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par Laurine - jeudi, 4 janvier 2007 - 17:18 (Arts visuels, Insolite, Société)
Grocery Store Wars est un petit film rigolo sur la «résistance bio» qui s’organise dans les supermarchés. Cette petite réflexion humoristique sur la qualité (et l’origine) des aliments nous montre surtout qu’il est tout à fait permis de jouer avec sa nourriture. Profitons-on avant qu’elle ne devienne suffisamment intelligente pour jouer avec nous. Qui souhaite réellement affronter le sinistre Dark Tater? («He’s now more chemical than vegetable.»)

Join the Organic Rebellion
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par Laurine - lundi, 1 janvier 2007 - 19:25 (Critiques, Lectures, Société)
Si vous croyez que l’expression «Le mieux est l’ennemi du bien» est un cliché éculé, l’auteur Ronald Wright vous suggère d’y penser à deux fois. Dans un court essai intitulé A Short History of Progress, l’historien/essayiste canadien montre comment l’être humain fait preuve d’une belle débrouillardise pour améliorer son sort, mais ne sait pas quand s’arrêter. Au fil des siècles, les cultures à travers le globe ont poussé techniques et technologies trop loin, en atteignant le point de non-retour. Le processus est simple: l’ingéniosité humaine entraîne une amélioration des conditions de vie qui se manifeste bien vite par un boum démographique. Plutôt que d’en tenir compte, les communautés poursuivent leur façon de faire jusqu’à l’épuisement des terres. L’erreur n’est pas tant de laisser croître une population que de s’imaginer que les ressources naturelles sont inépuisables.
Ce raisonnement a bien sûr une consonance moderne. L’essai, paru en 2004, aborde d’ailleurs la situation dans laquelle nous nous trouvons. Une fois le pétrole épuisé et l’environnement fichu, que va-t-il nous arriver? Mais le problème ne date pas d’hier, assure Wright. Il fait remarquer que les hommes préhistoriques prenaient déjà le mauvais pli. En perfectionnant leurs outils, ils ont favorisé les chasses fructueuses. Ils auraient pu en rester là, sauf qu’ils ont modifié leur approche. Plutôt que de tuer un ou deux mammouths à la fois pour nourrir le village, ils se sont mis à pousser des troupeaux entiers en bas des falaises. Deux cents têtes pouvaient facilement pourrir ainsi sans servir à qui que ce soit. Évidemment, dans de pareilles conditions, l’extinction des mammouths (entre autres bestiaux) n’a pu que s’accélérer. Il a fallu passer de la chasse à l’agriculture. Même là, l’homme a trouvé moyen d’épuiser les terres en ne planifiant pas à l’avance, en défrichant à outrance, en ignorant les délicats mécanismes des écosystèmes. Et la lutte pour les terres fertiles a entraîné des guerres sans fin nécessitant des armes de plus en plus perfectionnées.
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