Fractale Framboise

Laurine

The Fountain

par Laurine - samedi, 2 décembre 2006 - 19:53 (Arts visuels, Cinéma, Critiques, SF&F autre)

The Fountain Je ne sais pas comment Darren Aronofsky s’y est pris pour présenter son idée aux studios de cinéma. J’ai lu quelque part que The Fountain n’a pas été une sinécure à tourner: les acteurs principaux (Brad Pitt et Cate Blanchett, à l’origine) se sont désistés en cours de route, le scénario a d’abord été tabletté avant d’être réécrit, et le budget alloué n’était pas faramineux. Sur l’Internet Movie Database, on peut lire ceci: «Warner Brothers had already invested 20 million dollars in the canceled version of the film before they agreed to finance the new, cheaper version.» Ça résume tout et même plus.

On sort de ce film confus, perplexe et avec un léger mal de tête (la musique n’aide pas). Il est toujours possible de s’en tirer avec une élégante pirouette en disant simplement qu’il est question de vie, de mort et d’amour éternel, mais la réalité est un peu plus compliquée.

Hugh Jackman et Rachel Weiss jouent le couple Tom et Izzy à trois époques: l’Espagne inquisitoriale de 1500, l’Amérique de 2005 et, euh, une humanité futuriste, chauve et vêtue d’un pyjama quelque part en 2500. À notre époque, Izzy souffre d’une tumeur au cerveau. Son époux tente désespérément de trouver un remède au mal. Ce faisant, il tombe accidentellement sur le remède à la vieillesse. La découverte — qui vient trop tard en ce qui le concerne — devient une obsession: il considère que la mort est une maladie et donc, qu’elle peut être traitée. Izzy, elle, a commencé la rédaction d’une histoire qui fusionne les mythes mayas, dont elle est friande, et l’Espagne de la Renaissance. Dans son récit, la reine d’Espagne (une Isabelle sans son Ferdinand) est cernée de toute part. Une Inquisition brutale tente de prendre le pouvoir et a mis sa tête à prix. Elle confie donc la mission à un conquistador (Tomas) de retrouver l’Arbre de la vie pour sauver la nation des griffes de l’obscurantisme. Pendant ce temps dans le futur, Thomas est enfermé dans une bulle en compagnie d’un arbre mourant. La bulle s’envole vers une nébuleuse qui est censée permettre la renaissance. Il s’agit vraisemblablement du même Thomas de 2005, et du même arbre de 1500, réunis dans cet avenir lointain où les gens vivent très très vieux.

Vous avez tout compris?

J’ignore si le scénario original était plus long, plus clair et moins Nouvel Âge. Peut-être que c’était pire, qui sait. Les éléments nouvelâgeux sont toujours difficiles à doser: en petites quantités, on peut enrichir une histoire et la faire avancer. À trop grandes doses, cela devient pontifiant et ennuyeux. C’est un peu le cas de cette fontaine, malheureusement. Je me serais passée des gros plans épidermiques, des close-ups larmoyants et de la musique de camp de concentration. Il y a cependant des images fort belles, surtout dans la partie hispano-maya, avec un usage modéré du CGI. Et quelques leçons sont servies sur la quête de la vie éternelle — l’Arbre biblique réserve quelques surprises douloureuses.

Mais finalement, ce film qui se veut planant ne décolle jamais. Le sous-titre annonce: «What if you could live forever?» Et la morale du film donne la réponse: «You’d want to die. Eventually.»

  7 commentaires

7 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Daniel Sernine   (2 décembre 2006 - 21:44)

    C’est dommage car on voudrait aimer ce film. Moi j’aurais voulu l’aimer, en tout cas, et sincèrement je ne l’ai pas détesté car il a de belles qualités (visuelles, exclusivement: le fruit d’une certaine recherche esthétique). Et, contrairement à Laurine, ma voisine de salle (quasi-)vide, la musique m’a plu. Mais bon, le bonbon visuel est une chose, cependant il me faut aussi une intrigue qui se tienne, ou fasse semblant de se tenir. Pour cette raison exactement, je louerai le DVD s’il me promet des scènes additionnelles ou un montage alternatif car je veux croire qu’il y avait là-dedans une histoire, et que c’est la faute des producteurs (mes têtes-de-turc préférées) si le montage a saboté cette histoire.

  2. #2  Mario Tessier   (3 décembre 2006 - 14:26)

    J’ai, quant à moi, fort apprécié ce film. La musique minimaliste, à la Philip Glass, du quatuor Kronos était hypnotique à souhait et tout à fait approprié à ce film poétique. L’imagerie était superbe et les trois segments se renvoyaient visuellement l’un à l’autre. (Par exemple, lorsque le conquistador rencontre la reine Isabella, il se déplace dans une salle sombre dans laquelle une myriade de bougies imitent le ciel étoilé.) Visuellement le film est splendide, surtout les effets spéciaux de la nébuleuse, qui ont été réalisés, non pas par CGI (ou si peu) mais par microcaméra sous microscope électronique.

    Ce qui m’a fasciné, c’est l’élément mythologique. En effet, l’utilisation de l’arbre n’est pas seulement lié au symbole biblique (pensons au prêtre maya qui fait figure de l’ange du jardin d’Eden avec son épée enflammée) mais plutôt à toute la mythologie maya. Pour eux, l’arbre donne la vie aux humains. Et Xibalba est l’entrée des enfers, un domaine régi par les divinités de la mort. (Notons que chez les Mayas, Xibalba n’est pas la nébuleuse d’Orion mais est plutôt liée au centre galactique et aux nébuleuses sombres qui se trouvent le long de la Voie Lactée. Les prophéties de fin du monde de 2012 proviennent d’ailleurs de ces mythes mayas.)

    Bref, l’histoire et l’imagerie du film respectent scrupuleusement les symboles de ces mythes mayas mais peu de ces éléments filtrent dans la conscience du spectateur. Ce qui est, à mon avis, un de ses défauts majeurs, à la source de l’échec du film auprès du public, bien que l’approche mystico-poétique explique probablement ce choix d’Aronofsky.

    C’est donc un film de science-fiction à la fois très intellectuel et poétique qu’il faut apprécier sur ces bases. Mais je suis d’accord avec vous qu’il ne décolle pas. En plus, il n’est pas très joyeux, je vous l’accorde. Il ressemble d’ailleurs à son film Pi, dont l’intrique était confuse. Cependant, je ne suis pas prêt à dire que c’est un film raté. C’est un film difficile (dans le même genre que Solaris) qui me restera à l’esprit longtemps justement à cause de ses images et de sa musique extraordinaires.

  3. Laurine

    #3  Laurine   (3 décembre 2006 - 19:46)

    J’ai beaucoup aimé Solaris (le dernier, avec Clooney), surtout le pan de l’histoire qui se déroule sur la station spatiale. Le scénario était plus facile à suivre, non pas parce qu’il était plus linéraire, mais parce que les enjeux étaient clairement établis.

    Dans The Fountain, j’ai trouvé très exagérée cette obsession de Thomas à trouver un remède miracle. En tant que médecin, il devrait savoir qu’on ne découvre pas de remèdes en claquant des doigts, et qu’on ne les injecte pas à des cobayes humains aussitôt mis au point. Et puis il devrait être habitué aux notions de mort et de finalité, lui qui découpe et euthanasie des macaques à la chaîne. Ça faisait un peu forcé, tout ça.

    Moralement, un médecin a-t-il le droit de «guérir» la mort? Les conséquences de la vie éternelle ne sont même pas abordées dans le scénario, alors qu’elles auraient dû avoir un impact dramatique sur la démographie planétaire. Ce n’est pas le genre de détail que j’apprécie de voir escamoté parce qu’il ne convient pas au propos du film. Bref, difficile d’embarquer dans un pareil bateau.

    Le roman était-il mieux construit?

  4. #4  Mario Tessier   (4 décembre 2006 - 2:57)

    Le film est basé sur un scénario original de Darren Aronofsky. Mais la première version du script (qui devait être tourné avec Brad Pitt et Cate Blanchett) a été adapté en roman graphique en 2005 (et traduit en français).

    Tu peux consulter un résumé de la bd sur l’article Wikipedia qui lui est consacré à : http://en.wikipedia.org/wiki/The_Fountain_%28graphic_novel%29

  5. #5  Ava   (27 décembre 2006 - 17:56)

    personnelment je vien de voir le film et j’ai adoré et enkore le mo es faible!!!!
    aprè c’est claire k ces po un film pr dormir! mai un peu de réalisateur de génie tel k david lynch et stanley kurick sa fai du bien!!!!!!!
    je vous recommande ce film ki es magnifik o niveau visuelle et des cadrages!

  6. #6  Mowgli   (28 décembre 2006 - 17:38)

    Dommage pour la complexité, quoique…mais ce film restera pour moi un de mes chef d’oeuvre préférés…autant pour l’idée, la musique et l’image…

  7. #7  Fulano   (4 janvier 2007 - 14:02)

    The fountain est un film envoutant par son atmosphère visuel et sonore. Le jeu des acteurs est émouvant, on a la larme à l’oeil du début à la fin. Un film rare qui vous reste dans la tête et vous fait délicieusement réfléchir sur les difficiles concepts de la mort, la vie… l’amour.

    Exceptionnel et magnifique, à ne pas rater.

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