Sun of Suns, Karl Schroeder

Couverture: Sun of Suns, Karl SchroederLa science-fiction d’aventure connaît présentement un renouveau tout à fait prometteur. De nombreux auteurs à l’adolescence nourrie au planetary romance se mettent, à leur tour, à s’attaquer aux romans pleins de péripéties en environnement étranges. Je passerai rapidement sur Paragaea de Chris Roberson ou bien The Sky People de S.M. Stirling pour cause de non-lecture, mais c’est pour mieux discuter du plus récent roman de l’auteur torontois Karl Schroeder, Sun of Suns.

Schoeder, une des valeurs sûres de la SF canadienne anglaise, ne devrait pas vous être totalement inconnu. Après tout, il a été l’invité de Boréal 2004 (puis de retour à Montréal pour Con*Cept 2004), sa nouvelle «Fabrique de fantômes» a été publiée dans Solaris 145 et son roman Lady of Mazes fut recensé avec un certain enthousiasme dans nos pages l’an dernier. Avec Ventus et Permanence, il a établi sa réputation comme un des intellectuels du genre, intéressé à utiliser le genre comme outil d’exploration à des enjeux sociaux et politiques au sens très large.

Avec Sun of Suns, Schroeder s’attaque à un territoire légèrement différent: moins philosophique mais plus divertissant. Dans la tradition des environnements étranges tels The Integral Trees de Larry Niven ou bien Raft de Stephen Baxter, Schroeder imagine un concept neuf: Virga, une sphère de fullerène de trois mille kilomètres de diamètre, remplie d’air respirable et doté d’un soleil central artificiel. Outre ce soleil, la technologie des humains habitant cet environnement est celle de l’aube de l’âge industriel, avec des villes construites sur de gigantesques roues de bois tournoyant sur elles-mêmes pour générer une pseudo-gravité. Le soleil central ne réussit pas à tout illuminer Virga, alors d’autres plus petits soleils existent, formant du même coup le noyau de royaumes distincts flottant en pleine apesanteur respirable.

Mais oubliez la justification scientifique pour un moment, car le but principal de Sun of Suns est de livrer une aventure. Vaisseaux de bois, royaumes belliqueux, voyages risqués, forêts flottantes, trésor perdu, pirates sanguinaires, batailles navales et haute trahison sont ce que vous réserve Sun of Suns, avec un mélange de péripéties navales et de détails astucieux.

Chose certaine, Schroeder a rarement été aussi plaisant à lire. Ses romans sont toujours riches en idées, mais ils demandent un certain investissement de temps avant que tout ne «clique» en place. Dans Lady of Mazes, il fallait passer à travers près d’une centaine de pages avant de trouver sa foulée. Dans ce cas-ci, le «click» se produit près la page 25: on est ensuite à bord pour le reste du voyage. Les personnages de Sun of Suns sont un peu plus grandiloquents, un peu plus excessifs, un peu plus sympathiques que ceux dans les autres livres de Schroeder: en matière d’écriture, l’accessibilité de ce roman représente un certain progrès qui compense pour une densité intellectuelle un peu moins imposante.

Mais Schroeder à vitesse réduite reste plus intéressant que l’essentiel des autres auteurs du genre, et c’est pourquoi il ne faut pas se surprendre de passer beaucoup de temps à spéculer sur l’environnement qu’il nous propose ici. Il ne faut pas croire, non plus, que Schroeder évite complètement le type de spéculation de premier niveau qui a fait sa marque. Virga n’est pas tout l’univers, et celui-ci fait occasionnellement des intrusions spectaculaires dans la réalité plus simple de nos personnages : J’ai dû rigoler pendant quelques minutes à la description d’une «Chinese Room Personality»… Sun of Suns a de quoi divertir et faire réfléchir, surtout étant donné les caractéristiques parfois contre-intuitives de Virga.

Mais avertissement: ceci est le premier volume d’une série (c’est annoncé sur la couverture, contrairement à d’autres livres), et n’est pas complètement satisfaisant en soi : l’action trouve un point d’arrêt logique, mais le destin des personnages qui survivent à l’action n’est définitivement pas réglé. Faudra donc attendre le prochain volume, Queen of Candesce, pour en savoir plus et suivre les prochaines aventures des personnages…

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3 Commentaires

  1. Alain Ducharme

    Je suis bien d’accord avec ton jugement Christian, moi aussi j’ai bien apprécié Sun of Suns. J’ai lu la version « serial » dans Analog, et je vais probablement me procurer le paperback pour relire le roman à nouveau.

  2. En passant, on parle de « Sun of suns » sur le blog « Boing boing ».

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.