Lectures de novembre

Pour de nombreuses raisons, je consacre habituellement mon mois de novembre à la lecture d’œuvres en français. J’accumule pendant toute l’année, puis je passe à travers mon stock d’un coup. (Cette année : 18 livres.) Hélas, novembre est aussi un des mois où je suis le plus grincheux, si bien que je n’ai trouvé que quatre demi-recommendations sur 18 livres.

On reproche parfois à Fractale Framboise de ne pas traiter suffisamment de lectures d’ici, ou d’être trop gentil envers les auteurs que l’on connaît. Cette charge ne risque pas de survivre à lecture de ce billet, qui emprunte à John Clute le concept de la «candeur excessive»: être trop gentil ne rend service à personne si notre but est de faire avancer les genres vers l’avant.

Rappel: J’ai payé pour chacune des 18 œuvre discutées. Si les auteurs n’auront peut-être pas mon admiration, ils auront au moins reçu une partie de mon argent.

Allons-y.

Pour les jeunes et moins jeunes

J’avoue être indifférent devant la littérature jeunesse. Ça ne s’adresse pas à moi, ça discute rarement de sujets qui m’intéressent et je reste habituellement insatisfait devant le résultat final, même s’il atteint ses objectifs.

Prenons, pas exemple, le duo Un Voyage de Sagesse / Horizon blancs de Guy Sirois. Sirois est un amateur de SF chevronné et un écrivain qui sait ce qu’il fait: Son histoire (divisée en deux livres, au moins jusqu’ici) maîtrise à la fois l’écriture et la connaissance des outils de la SF classique. Mais ça s’arrête là. Je n’ai pas été emballé, emporté, fasciné ou comblé par l’œuvre. Peut-être l’aurais-je été à l’âge de douze ans.

Idem pour Le Pays des Yeux-Morts de Pierre-Luc Lafrance. J’ai beau apprécier la vision d’une ville de Québec décalée de la réalité, ou bien l’excellente scène horrifique à la fin du chapitre 9, je reste sous l’impression que ce n’est qu’une amorce, pas une histoire satisfaisante en soi.

Ceci dit, les deux œuvre précédentes ont au moins le mérite d’être indépendantes. Tel n’est pas le cas du Dragon de l’Alliance de Michèle Laframboise, le quatrième volume d’une série qu’il faut lire d’un trait, sous peine d’être verrouillé à l’extérieur d’un univers sans cesse plus hermétique. D’un côté, c’est un rare exemple de space opera canadien-français bien informé technologiquement —et comique en plus! D’un autre, il peut être un peu laborieux de repasser à travers l’éventail de personnages, de races extraterrestres et de néologismes qui se sont accumulés dans les trois volumes (quatre en ajoutant Les Nuages de Phoenix). Pour les amateurs existants de la série qui ont une bonne mémoire. J’ai déjà dit que je préférait les romans singuliers aux composantes d’une série et Le Dragon de l’Alliance n’est pas le seul livre du mois à renforcer cette conviction: j’en reparlerai d’ici quelques paragraphes.

Couverture: La Porte du froid, Claude BolducÉtant donné tout cela, il est peut-être surprenant que deux autres livres pour la jeunesse me laissent avec un meilleur souvenir.

Le premier, La porte du froid de Claude Bolduc, profite de sa première moitié pour livrer une solide aventure hivernale pour adolescents. Le périple en motoneige d’un fugueur est décrit de façon vivide, et la barrière d’âge disparaît à peu près complètement. Le tout se gâche un peu (ou, plus précisément, devient moins saisissant) une fois rendu à la cabine où se terrent les horreurs, mais il n’est pas inhabituel pour des romans fantastiques de manquer de gaz dès qu’on doit révéler la menace paranormale. L’écriture de Bolduc est à point, et sa sympathie pour son protagoniste aide le lecteur à s’y identifier. Une moitié de recommandation, alors.

Couverture: Samuel de la Chasse-Galerie, Michel J. LevesqueLe deuxième, Samuel de la Chasse-Galerie de Michel J. Lévesque, réussit encore mieux. Mélange astucieux d’aventure, de mythologie québécoise et de thriller paranoïaque, voilà un roman pour jeune avec le potentiel d’intéresser les adultes les plus sceptiques. Si la dernière partie du livre n’est peut-être pas à la hauteur de la première, je note avec satisfaction que le roman comprends une bataille de canots au-dessus de Montréal: pur génie! Je serai généreux: trois quart d’une recommandation.

Arion Anticipation

Je suis content d’avoir rencontré les auteurs des trois livres d’Arion Anticipation que je m’apprête à aborder. Ayant discuté avec eux à Con*Cept, je sais que leurs idées sont à la bonne place, que leur vision de la SF est louable et qu’ils visent à faire mieux.

Mais intentions et résultats ne sont pas nécessairement équivalents. L’évidence finale est toujours sur la page. Je me suis donc procuré trois des premiers quatre livres d’Arion Anticipation, curieux de voir ce que j’allais y trouver.

Hm.

Les livres Sens Uniques de Gautier Langevin, Visions doubles de Guillaume Fournier et Les Alliés-nés de M.R. Desruisseaux se ressemblent beaucoup. Appétit pour l’apocalypse, écriture franche mais parfois maladroite, scientifiques fous et autres clichés classiques, péripéties qui s’inclinent devant la philosophie, simplifications politiques à en grincer des dents: Il s’agit d’ouvrages prometteurs d’auteurs en plein apprentissage, mais pas d’oeuvres qui rivalisent avec la SF contemporaine pour adultes.

Il est bien que les références culturelles des auteurs incluent Simak, Asimov, Clarke et Dick, mais il faudrait aussi qu’ils me démontrent avoir lu et compris du matériel plus récent: À lire ces trois livres, on croirait être revenus en quelque part entre les fables SF naïves des années 1950 et le cyberpunk sans ironie du début des années 1980. Le genre a évolué: plutôt que de poser une question, la SF tente maintenant de poser la question suivante. Si il faut détruire la terre et peindre l’humanité d’une brosse noire, je veux que cela mène à quelque chose de plus intéressant. Sinon, j’ai déjà tout vu ça.

Des trois auteurs, c’est Gautier Langevin qui est le plus près d’une écriture pleinement satisfaisante: Prose plus resserrée, manipulation plus confiante des concepts sociotechniques, images plus fortes. Deux histoires de Sens Uniques me restent en mémoire quelques semaines après la lecture, et au moins une d’entre elle («Archéogroove») aurait pu être retravaillée pour publication dans une revue spécialisée. Mais Sens Uniques est mince, très mince, (sans l’enrobage, six pièces en moins de 90 pages) et aucune des nouvelles qui s’y trouve ne semble avoir fait ses preuves ailleurs.

Aux auteurs d’Arion Anticipation, quelques suggestions: lisez abondamment (pas seulement en SF, pas seulement des «classiques»), continuez à écrire du meilleur matériel, dotez-vous de premiers lecteurs impitoyables, soumettez des nouvelles à d’autres mécanismes de publication pour avoir l’expérience d’une direction littéraire variée, renseignez-vous sur l’état de l’industrie (pas seulement au Québec, pas seulement en français) et prenez patience. J’ai bon espoir que ce qui deviendra «la génération Arion Anticipation» mènera à des œuvres extraordinaires: mais vous ne rendez service à personne (pas aux lecteurs, pas au genre et certainement pas à vous) en publiant trop tôt et trop vite. Les écrits restent, et il peut être difficile de faire oublier ses premières publications si elles ne sont pas à la hauteur. Quel est votre plan de carrière?

Plus généralement, ce que je retiens surtout de cette volée initiale de trois titres, c’est que je ne peux pas nécessairement faire confiance à Arion Anticipation en tant que lecteur exigeant. Que je ne peux pas nécessairement me fier à eux pour agir comme garde-fou ou comme avocat d’une SF égale à ce qui se fait ailleurs. Étant donné les buts avoués de la maison, je reste intéressé à ce qu’elle saura publier dans l’avenir…mais je laisserai d’autres prendre le risque de la lecture initiale à ma place.

Chez Alire

Vous pensiez que j’allais être nécessairement plus enthousiaste au sujet des œuvres publiées chez Alire? Voyons donc. J’ai dit que j’étais grincheux.

Si la marque de la maison est une rigueur d’écriture impeccable et une direction littéraire de premier ordre, je suis passablement moins enthousiaste devant la longueur excessive de certains ouvrages et la tendance des auteurs à écrire des séries même quand ce n’est pas nécessaire.

Non pas que je suis nécessairement plus favorable à des livres courts et uniques: La ballade de épaviste de Luc Baranger, par exemple, est un polar qui ne dépend pas de lectures précédentes, et qui ne dure guère plus que 300 pages. Hélas, je me suis trouvé à détester les personnages dès les premiers chapitres, et même les bonnes tournures de phrases n’ont pas réussi à réchauffer mon ardeur pendant le reste du livre. La spécificité des références françaises (ou américaines-vues-de-la-France) ajoutent de l’atmosphère, mais pas nécessairement du confort. Peut-être que le prochain livre de Baranger m’accrochera mieux.

Des séries de polars publiés chez Alire, je constate que celle de Robert Malacci s’est essoufflée. Avec Sac de Nœuds, le personnage de Malacci, dragueur invétéré, commence-t-il à se faire vieux, ou bien c’est nous qui le trouvons ordinaire? Est-ce un hasard si ce livre de 2002 s’est avéré être le cinquième et, jusqu’ici, final volet de la série?

Puisque je n’ai jamais été pris d’enthousiasme envers la série «Stan Coveleski» de Maxime House, je suis mal placé pour dire si elle prend du mieux ou du pire avec La Mort dans l’âme. En revanche, je peux dire que la lecture ne m’a pas empli d’enthousiasme non plus : malgré un fin assez bien menée, le reste demeure égal à lui-même : je présume que les amateur du Montréal des années 1940s en retireront plus de plaisir que moi.

Couverture: La Rive noire, Jacques CoteHeureusement qu’il y a Jacques Côté. La Rive Noire, troisième volet de sa série légèrement historique (1976-1980) au sujet des policiers de la ville de Québec, réussit à plaire… mais peut-être pas pour les raisons que l’on peut croire. Bizarrement à dire, ce sont les péripéties de la vie personelle des policiers suivis par Côté qui sont plus intéressantes que l’enquête elle-même. Authentiques personnages sympathiques, on prend plus de plaisir à les voir traiter de leur vie hors travail qu’à trouver qui a commis le crime. Néanmoins, une demi-recommendation.

Le cas de La nébuleuse iNSIEME de Michel Jobin est tout aussi intéressant. Le roman souffre de deux problèmes principaux : De un, il se relie gratuitement au premier livre de Jobin, La Trajectoire du Pion, alors qu’il n’y avait pas vraiment raison de le faire et que les références à l’ouvrage précédent alourdissent le livre. De deux, le livre est à peu près deux fois trop long. Il y a une intrigue tout à fait divertissante de malfaisance corporative à l’intérieur de ce roman (effectivement, la compagnie iNSIEME devient un personnage à part entière), mais toute la vitalité du livre est étouffée par une succession de scènes tout aussi interminable que tangentielles. 623 pages, c’est beaucoup trop long pour cette histoire!

Laissant le polar de côté pour s’intéresser à nouveau aux genres imaginaires, «trop long et trop relié aux livres précédents» s’applique également aux romans les plus récents de Natasha Beaulieu et Daniel Sernine.

Dans le cas de Sernine, les liens sont inévitables: Les Archipels du Temps, après tout, est le deuxième volume d’une trilogie plus ou moins amorcée durant les années 1970. Je signalerai mes objections aux racines très seventies de la trilogie sans insister: Si tout le côté «pouvoirs psychiques» de la série me semble usagé, ce ne sera pas le cas pour tout le monde, et il est impossible de développer une histoire dans le cadre Erymèdien sans en discuter: Sernine est à la merci des contraintes de son univers. Quand à la longueur (500+ pages), elle est plus affligeante en première qu’en deuxième moitié. Le livre en arrive éventuellement à des batailles spatiales, trahisons et une meilleure cohésion avec un réel familier. Mais il reste impossible de former une conclusion définitive avant de voir où ira le troisième volume.

Dans le cas de Beaulieu, j’avoue être assez surpris de mon manque de réaction positive devant L’Ombre pourpre, alors que j’avais bien aimé les deux premiers tomes de la trilogie. Mais ce troisième volet, complètement dépendant sur les deux livres précédents, évolue longtemps dans un brouillard aussi métaphorique que littéral. Le côté apocalyptique des événements du livre ne trouve guère traction quand on passe la moitié du temps à se remémorer la douzaine de personnages qui habitent la trilogie, surtout quand les deux livres précédents ont été publiés et lus en 2000 et 2003. La longueur du roman (près de 500 pages) était peut-être inévitable étant donné le nombre de ficelles à nouer, mais le prix à payer est une intensité moindre. J’ai hâte de voir le prochain livre de Beaulieu, si seulement parce L’Ombre pourpre est la conclusion d’un très long projet et qu’il serait temps de la voir s’attaquer à autre chose.

In-Collection

Reste deux autres livres à discuter, deux ouvrages un peu inhabituels, mais que l’on espère être des premiers de collection.

Couverture: Science-Fiction 2006Science-Fiction 2006, des éditions Bragelonne, se veut être le coup de départ d’une série d’anthologie annuelles portant exclusivement sur la SF. Les mots de Stéphane Marsan, Peter Crowther, Jean-Claude Dunyach ont de quoi s’approcher du manifeste: La SF est bonne, la SF est intéressante et la SF mérite sa place au soleil. Charmant! De bonnes histoires d’Elizabeth Moon, Paul J. McAuley et notre Laurent McAllister national viennent ajouter à la valeur du livre, en plus d’entrevues avec Harry Harrison et Ian Banks pour compléter le portrait. Ma seul objection, c’est que si la moitié du livre est bien intéressante, on reste un peu surpris devant le manque d’impact du reste de la sélection: Avec un univers dynamique de SF anglophone à choisir pour traduction, c’est ce à quoi ils se sont intéressés? Hm. Néanmoins, je réserve déjà mon Science-Fiction 2007. Une demi recommandation, si seulement pour encourager le manifeste pro-SF.

Puis il y a l’étrange et singulier cas de Delphes, le premier roman de Philippe Navarro. Disons-le tout de suite : c’est de la hard-SF, sans doute le plus hard des romans de SF canadienne française jusqu’ici. Le livre est bourré d’idées et de considérations intellectuelles, pas seulement en science, mais en philosophie, en histoire et en sociologie. Un mystère élégant donne au livre sa charge d’intérêt, soulevant dès le départ des possibilités troublantes. Mais idées, intentions louables et mon indulgence devant tant de hard-SF ne peuvent pas réussir à masquer le manque de réussite dramatique du livre, les dialogues interminables ou bien le manque d’intérêt des tangentes prises au fil des pages. (Je suis également surpris de voir que les gags de l’illustration couverture ne sont pas mentionnés dans le texte.) Condensé, Delphes aurait pu donner la meilleure nouvelle de l’année. Comme roman, c’est une curiosité et une découverte plaisante (motivé par la recommandation de Joël Champetier dans Solaris 159, j’en ai finalement découvert une copie au rayon «Science» de ma librairie) mais ce n’est pas ce que l’on pourrait appeler un livre de SF pleinement satisfaisant. Les amateurs de très-hard-SF se doivent d’y jeter un coup d’œil: les autres peuvent sans doute poursuivre leur chemin. Une demi recommandation optionnelle pour ceux qui s’y connaissent.

Non lus.

Puis, il y a les livres que j’ai décidé de ne pas lire. Je suis arrivé aux quatre premiers (!) livres de Reine de Mémoire d’Elisabeth Vonarburg à la fin du mois, pour me dire «Non. À l’an prochain.» J’aurais alors au moins alors l’avantage de tout lire d’un trait…

En somme

Pas beaucoup de nouveaux classiques dans ces 18 livres. Samuel de la Chasse-Galerie ira sur mon bulletin de nomination aux Prix Aurora: pour le reste, je demeure tout aussi insensible à la littérature jeunesse, Arion Anticipation a encore à faire ses preuves et il faudra s’armer de patience avant de commencer une bonne partie des livres Alire.

Est-ce que tout le monde m’en veut, maintenant?

Mission accomplie.

Je retourne dans ma tanière pour l’hiver. Grmbl.

# Les commentaires sont fermés.

44 Commentaires

  1. Tu as lu 18 livres en un mois? Pas étonnant que tu sois grincheux, c’est ce qui arrive quand on ne prend plus la peine de dormir de temps en temps. :-)

  2. Joel Champetier

    Ton manque d’enthousiasme pour la littérature jeunesse ne surprend pas quand on compare avec ce que tu aimes d’habitude. J’espère que tu lis au moins la série de Laurent McAllister chez Jeunesse-Pop. Malgré le triple handicap 1) pour la jeunesse (gnêêêh!), 2) série à rallonge (chooou!), et 3) de fantasy (pouah!)… c’est un plaisir de lecture à peu près constant.

  3. Daniel Sernine

    «T’en vouloir», Christian? Qui pourrait t’en vouloir, devant un tel déploiement de diplomatie et d’euphémisme?
    Non, ma seule question est «Pourquoi novembre = francophone?»

  4. Pierre

    Daniel, la réponse est peut-être dans la dernière phrase du billet de Christian : son métabolisme semble avoir besoin d’une pile de lectures francophones pour affronter l’hiver. Mais cette année, le bilan calorique ne semble pas satisfaisant : il faut s’attendre à le voir sortir de temps en temps pour se réapprovisionner…

    [:-)

  5. Laurine: En fait, 18 livres par mois n’est pas inhabituel pour moi. En fait, mon total pour Novembre 2006 est de 24 livres avec les quelques oeuvres anglophones lues ici et là.

    Joël: Vendu comme ça, c’est difficile à résister…

    Daniel: « Novembre = Francophone » historiquement parce que Novembre était tout juste après Boréal et avant le temps des fêtes et les nouveaux livres.

  6. Pour ma part, je viens juste de terminer la lecture du quatrième livre de Arion Anticipation, « Le fugitif de l’AmIrak du nord ». Le titre en dit déjà beaucoup sur la qualité de l’histoire (herm) : il y a tellement d’énormités là-dedans, autant sur le plan de l’histoire, du style que de la psychologie des personnages que j’en suis venu à plusieurs reprises à me questionner sur l’existence d’une quelconque direction littéraire chez Arion… Il y aura un article critique sur ce roman dans Brins d’éternité #14 :)

  7. Michel J. de la chasse-galerie

    Eh bien moi, Christian, je suis très heureux de tes commentaires. Au départ, Samuel de la chasse-galerie était un roman pour adulte, voilà sans doute ce qui explique ce trois quart de recommandation pour adultes sceptiques. ;-)

    Bien sûr, le roman ne serait pas ce qu’il est sans l’apport de Daniel Sernine. J’ai eu la chance de travailler avec un des maîtres du genre, ce qui m’a permis d’apprendre beaucoup.

  8. Michel J. de la chasse-galerie

    J’oubliais : pour ceux que ça intéresse, suivez les prochaines aventures d’Olivier Simon et Amy Chapelle, personnages de Samuel de la chasse-galerie, dans la nouvelle « Le Sang noir » du numéro 161 de Solaris.

  9. Samuel est sur ma liste de cadeaux de Noël. J’ai bien hâte de le lire!

    Et Christian : je suis entièrement d’accord avec toi pour La Rive noire. J’avoue que vers la fin, j’ai trouvé que l’intrigue principale s’essoufflait. On ne trouvait plus aucun indice et l’intrigue n’avançait pas. J’imagine que l’auteur a voulu faire « réel », mais je ne crois pas que cette méthode s’est avérée efficace pour maintenir l’intérêt du livre. Et à la fin, quand les méchants (appelons-les ainsi car je ne me souviens plus de leurs noms) brisent leur bateau sur les récifs, tout semble tomber à plat. Côté suspense, le vol de disques de la fille m’a semblé plus intéressant que le reste. Et les personnages sont solides.

    Jacques Côté a répondu à ma critique de son livre sur Internet (ça me rappelle vaguement un sujet de table-ronde, ça…) Il avoue lui-même que, pour lui, les personnages sont parfois plus importants que l’intrigue.

  10. En ce qui me concerne, le dernier roman qui m’a fait pester (et je n’en ai pas lu 24) est Même les pierres… de Marie Jakober. J’ai tellement aimé son précédent roman, The Black Chalice, que j’ai acheté la version traduite (chez Alire) après avoir lu l’original. Alors imaginez ma consternation devant une œuvre aussi gnangnan que Même les pierres…. J’ai dû abandonner au bout de quelques pages. Les histoires qui hurlent «So-So-Solidarité!» en brandissant des pancartes, très peu pour moi. L’auteure a beau jeu de créer un univers ultrapatriarcal et ensuite de clamer que les femmes sont les victimes. Eh, minute!

    Guy Gavriel Kay et George R. R. Martin créent aussi des univers de fantasy patriarcaux, mais ils y insèrent des personnages féminins forts et débrouillards qui savent tirer leur épingle du jeu. Plutôt que de se lamenter, elles attaquent ou contournent ces problèmes qu’elles ont parfaitement assimilés. Ce n’est pas le cas du bouquin de Jakober, où les deux femmes sont constamment surprises par l’«arrogance mâle», comme si on venait de les catapulter à Talibans-les-Bain. L’auteure ne se rend peut-être pas compte à quel point les récits à «agendas» (qu’il s’agisse de vues politiques de gauche ou de droite) versent facilement dans la caricature.

  11. René Beaulieu

    Salut tous et toutes.

    Bien que n’étant pas d’accord avec tous les jugements et les diverses appréciations présentés par Christian dans son papier, et lui reprochant une argumentation manquant parfois de force ou de développements, je ne peux qu’être, à la fois, surpris, et un brin admiratif, de la voir s’exprimer avec une certaine force et franchise concernant la valeur de certains livres d’Imaginaire Québécois sortis plus ou moins récemment. Et ce, d’autant plus que certaines de ces impressions rejoingnent celles d’un bon nombre de « lecteurs ordinaires » , quoique fidèles, des auteurs et collections mentionnés…

    Des constatations de Christian sont partagées, évidentes et, me semble-t-il, ont des conséquences parfois des déplorables sur la qualité des textes produits par certains auteurs…

    Des livres sont trop longs, trop gros, bien trop bavards pour le bien de leur scénarios et contenus… Les séries s’étirent, parfois interminablement, au détriment de premier romans parfois de bonne qualité, mais dont on a un peu « étiré » la sauce et la substance…

    Certains livres de chez Médiaspaul me tombaient souvent des mains en cours de lecture. Il arrive maintenant que ce soient des livres d’Alire. Et je trouve cela déplorable pour tous, les lecteurs, les auteurs, les éditeurs… et moi-même en tant que lecteur, bien entendu…

    Parfois même l’écriture de certains s’en ressent.

    Bref, si cette opinion divergente de Christian, exprimée ici (mais il en est d’autres critiques qui s’expriment également, ces derniers mois, mais souvent ailleurs, dans des médias ou publications qui ne sont pas les plus traditionnels et les plus fréquentés des auteurs d’Alire ou Médiaspaul ou Arion. Je sors particulièrement de la lecture récente de certains éreintements totals et extrèmement sévères de l’édition Bragelonne du roman Sur Le Seuil de Sénécal, éreintements un brin exagérés, je crois bien, — C’est, tout de même, à mon humble avis, son meilleur roman à date, même s’il n’est pas exempt de certains défauts spécifiques, et rédhibitoires — voire de mauvaises foi, parfois, mais qui donnent à réfléchir, et surtout montrent que la belle unanimité que l’on retrouva, à certains moments, autour de certains titres de nos littératures, dépend vraiment beaucoup de la variété, du bassin restreint de nos commentateurs locaux, et surtout des divers horizons et des attentes différentes des lecteurs et commentateurs, et que plus l’éventail sera large de ceux qui s’expriment, s’ils en ont les compétences, connaissances suffisantes et arguments suffisamment solidement, ou encore assumant fermement et intelligemment leurs subjectivités, goûts et préférences personnels, dans le cadre de critiques plus « impressionistes qu’analytiques ») peut prfois amener quelques réflexions, remises en cause et améliorations dans la qualité générale des productions récentes des auteurs ici, dans nos genres, ce sera, je crois, une bonne chose pour tout le monde…

    Pour notre Littérature, en tous les cas…

    Encore une fois, je crois que je ne vais pas me faire que des amis ici… ;-)

    Mais une remise en question, une relativisation intelligente, de temps en autres, ne peut faire de mal, à mon humble avis…

    Chistian exprime ici des opinions qui semblent parfois non consensuelles, qui parfois sont exprimées, ou pas, publiquement ou privément, avec lesquels on peut complètement, partiellement ou pas du tout d’accord. Je ne le suis que fort partiellement, et sur des points très spécifiques et particuliers.

    Mais elles ont le grand mérite d’exister ici, d’être exprimées et de rectifier le portrait général trop facilement admis parfois…

    J’aimerais beaucoup, pour ma part, voir plus de gens, de lecteurs et commentateurs compétents, surtout situés et venant d’en dehors de « notre petit monde » , s’exprimer sur nos livres et auteurs, s’intéresser aux oeuvres de l’Imaginaire Québécois, et leur apporter les éclairages les plus divers, les plus différents et les plus particuliers qu’il soit possibles…

    Plus de voix, différentes, variées, solides, argumentées.

    Nous avons besoin, autant que de créateurs de talent, productifs, innovateurs et exigeants envers eux-mêmes et leurs confrères et consoeurs…

    Voilà un chemin à fréquenter, à explorer.

    Bian à «vous tous et toutes.
    René

  12. René Beaulieu

    Salut tous et toutes.

    Une note à Joël, concernant

    »le triple handicap 1) pour la jeunesse (gnêêêh!), 2) série à rallonge (chooou!), et 3) de fantasy (pouah!)…

    Ils ne sont pas tous d’une même importance, à mon humble avis, et certes pas spécifiques des auteurs et productions d’ici…

    Le livre, écrit spécifiquement pour la jeunese, n’est pas un handicap de lecture, s’il ne prend pas ses jeunes lecteurs pour des imbéciles, s’il évite les concessions inutiles, l’affaidissement des oeuvres et ambitions de l’auteur, et s’il évite, surtout, ce que j’apelle, pour ma part, « la détestable atitude mononcle ou matante » avec son lecteur…

    Les séries à rallonge, et les trop gros livres sont, souvent, effectivement, des hadicaps majeurs, souvent, mais pas toujours… Elles et ils ne sont alors pas « à rallonge » et « trop gros » , par définition… ;-)

    Cette tendance est plus éditoriale, économique et d’époque, en plus d’être assez « universelle » (voir les States, entre autees, et mêmes les ouvrages d’auteurs français… ) , en ce moment, et elle disparaîtra (ou bien mutera, ce ne serait pas la première et dernière fois) bien à un moment donné, par lassitude des lecteurs, contexte économique, ou même seulement effet de mode, comme ce fut le cas auparavant pour les formats come celui du roman de 200 pages et moins paquetés d’idées et d’action, des décennies précédentes, de l’absence presque totale de « véritables » romans, à l,époque des publications en revues « pulps » et surtout l’abondance de fixups de nouvelles et novellas (conditionnés alors surtout par les instances et possibilités de publication offertes aux auteurs de l’époque) .

    Et quant à la Fantasy, elle n’est, à mon avis,un réel handicap que quand elle est, ou mauvaise, ou bêtement trop reduplicative de célèbres oeuvres précédentes (syndrôme qui affligea un temps un partie du Fantastique produit, et atteint parfois la gravement SF aussi) , ou mal écrite et ennuyante.

    Bref platement imitative, non personelle et non capable d’innovation ou, au moins, de variations intéressantes…

    Voilà, voilà…

    Amitiés.
    René

  13. Bon, personne n’a soulevé le fait, mais je me dois de préciser à ceux qui croient que c’est un exploit de Christian d’avoir lu autant de livres en novembre… Savent-ils qu’il a en plus écrit un roman de 92 000 mots pendant la même période de 30 jours?
    Christian, tu est trop modeste :)

    Et même si je n’ai lu que la moitié des livres dont tu parles dans ce billet, je suis pratiquement d’accord avec 95% de tes commentaires. Le dernier «Covaleski» dont j’ai déjà oublié le titre m’est tombé des mains à la moitié! Bien écrit, sans défaut apparent, mais coup donc, rendu à la moitié, je me suis rendu compte que je me foutais complètement de ce qui allait se produire, ou de qui avait fait quoi et qui était coupable de quoi. Pour Malacci, je pense que le filon était épuisable rapidement, même si j’avais aimé les 2 premiers, ce n’est pas le genre d’aventures, d’effets et de personnages que tu peux trainer pendant 5-6 bons romans. Le polar québécois a de la difficulté à m’intéresser autant que certains auteurs anglosaxons (qui ont eux aussi leurs auteurs qui me laissent indifférent, soyons juste, le bassin offre plus de choix).

    Hugues
    p.s. Va-t-on pouvoir lire un jour un de tes romans de novembre?

  14. Joel Champetier

    René,

    Étant l’auteur de 1) littérature jeunesse, 2) en série, 3) de fantasy, on aura apprécié l’ironie de mon intervention. J’espère. Pour le reste, je suis d’accord avec toi que la plupart des romans sont trop longs. Je suis sûr que ce sera le cas aussi de mon prochain livre. La preuve, j’ai pas encore fini! Reconnaissons toutefois que les « gros romans à rallonge » n’ont rien d’un effet de mode. Cervantès, Balzac, Zola, Proust, Musil, les Russes, les auteurs classiques chinois… Pas grand-monde là-dedans qui faisait court!

    Joël

  15. Hugues: Vous les lirez lorsqu’ils seront bons.

    Et pour poursuivre sur les commentaires de René: La « Candeur excessive » de John Clute dicte que les lecteurs assidus de genres se doivent de ne pas être satisfait trop aisément. C’est bien d’être gagné à « la cause » de son genre favori, mais il faut se servir de son enthousiasme comme outil plutôt que comme coussin.

    Je suis particulièrement content de voir que les commentateurs y sont allés de leurs propres opinions: si une seule personne peut bien se tromper, plusieurs avis finissent par donner une bonne idée.

  16. René Beaulieu

    Cher Joël.

    Je voyais bien de l,ironie dans ta réponse, mais croyais que quelques précisions à lui apporter ne serait pas tout à fait inutile…

    Et je crois que les auteurs que tu cites étaient, durant certaines époques, plus l’exception que la règle générale, même si j’admettrai volontiers que le roman chinois épique antique et du moyen-âge, de même que le roman-feulleton et le roman tout court du XIX ième siècle avait de gerandes tendances au bavardage et à l’expansion fort ample, et parfois un brin inutile, mais pas toujours…

    Le vingtième siècle vit des resserements remarquables, de ce point de vue, de l’école américaine des années 30 (Hemingway, Steinbeck, Fitzgerald) , aux nouvellistes du réalisme magique Sud-Américain, en passant par le roman policier et le roman noir des années trente et quarante et à la littérature générale (sauf quelques exeptions ponctuelles du type Du Gard, Romains, Proust ou certaines oeuvres de Musil et Mann, fort justement mentionnées ici, mais il y avait également Kafka, généralement plutôt resseré, Giono, fort raisonnable, Gide, itout, et certainement Sartre, Camus ou Koestler, Vercors se situant dans des limites tout à fait raisonnables…

    Je continue à penser qu’il existe des « modes » , des tendances lourdes, des habitudes prises soudain, dans le monde de l’édition, et dans l’économie de celui-ci, et qu’elles comptent parfois autant, sinon plus, que les désirs et projets spécifiques des auteurs en train de créer.

    Sans compter le laxisme, volontaire ou pas, l,influence des autres médias sur l’écrit, ou les tactiques et volontés commerciales et des éditeurs (immersion du lecteur dans un monde connu, des décors et des idées « safe » et pas trop « tourneboulantes » , fidélisation par « l’identification2 à un personnage connu et auquel le lecteur peut facilement s’identifier répétitions de formules « gagnantes et qui marchent » ) , les nouveaux protocoles de lectures également, des différentes générations de lecteurs, éditeurs et écrivains…

    Penser autrement me semble ne pas tenir compte de certaines réalités de base du monde livre et de la lecture populaire de ces dernières années et me semble, volontairement ou pas, un petit brin… naïf? illusoire? avauglé? rassurant? bienveillant? Toutes ces réponses et bien d’autres encore…

    De toutes manières, ce mouvement précis (comme ceux de « l’écriture littéraire cinématographique » ,cet absurde non-sens, pour moi, et le descriptif à tout va, l’abandon de l’ellipse, des constructions par trop complexes, la simplification, le radotage, ou la rediplication à l’infini des recettes bien éprouvées) me semble assez universels et bien partagés dans presque toutes les littératures nationales et tous les divers domaines du roman en ce moment…

    On en reviendra un jour, de cela comme du reste…

    Et les meilleurs évaluateurs des procédés à utiliser pour un roman reste les auteurs et les éditeurs de ceux-cu… , quand ils concervent pour leurs oeuvres, et leurs lecteurs, une exigence et des ambitions minimums et désirent surtout faire un travail sérieux et de qualité supérieure, `où ils offriront le meilleur d’eux-mêmes…

    René.

  17. René Beaulieu

    Et cher Joël,

    J’ajouterai également ceci à propos de:

    »Étant l’auteur de 1) littérature jeunesse, 2) en série, 3) de fantasy,

    Que tu es loin de n’être QUE cela, comme auteur ce type d’écrivain, si on peut dire… ;-) , que c’est nettement moins aigü ou dommageable chez toi, que chez bien d’autres, d’ailleurs et d’ici, généralement…

    C’est d’ailleurs quasi absent de ton oeuvre Fantastique et SF!

    Et que, de toute manière, cela ces possibles « hadicaps » ne sont pas règles absolues, des mesures absolues et fondamentales à l’aune unique desquelles il faut juger toute oeuvre publiée…

    Tant de choses, de circonstances, d’intentions, de faits, d’occurances et de résultats divers doivent bien être considérés et évalués dans l’examen honnête, sérieux et détaillée d’un livre, ou d’une oeuvre littéraire…

    » Pour le reste, je suis d’accord avec toi que la plupart des romans sont trop longs.

    Bon, on ne « s’astinera » pas trop là-dessus alors…`;-)

    Amitiés.
    René

  18. Daniel Sernine

    Achille Talon, sors de ce corps!

  19. Je dois m’opposer à René sur un point:

    «Tant de choses, de circonstances, d’intentions, de faits, d’occurances et de résultats divers doivent bien être considérés et évalués dans l’examen honnête, sérieux et détaillée d’un livre, ou d’une oeuvre littéraire…»
    J’avoue ne pas voir ça de ce point de vue là, donc je m’assume en ne prétendant pas faire un examen honnête d’une oeuvre ou d’un livre dans mes commentaires ci-haut sur le polar québécois (pris dans le cadre de ce billet de Christian).

    Pour ma part, un livre de polar, de mystère, de suspense ou policier doit me donner envie d’en savoir plus, d’en découvrir plus, de connaître la chute. Si ça me tombe des mains et que je me fous de connaître ce qui suit, c’est raté. Point. Seul élément à tenir compte en ce qui me concerne.
    D’accord, passé cet élément, il y a divers degrés. Dan Brown arrive à maintenir un rythme qui me fait tourner ses pages, mais Ridley Pearson y arrive aussi, souvent mieux, et toujours de manière globalement beaucoup plus satisfaisante. Question de degrés.
    Quand je lis Champetier, Sernine ou Bolduc, par exemple, je cesse de lire le journal dans le métro pour avancer dans l’intrigue. Ce qui n’est pas le cas avec les polars québécois, à une ou deux exceptions près (en étant inclusif avec le suspense et l’espionnage): Senécal et Pelletier.

    Si je mentionne le polar en particulier, c’est que je lis beaucoup plus de polar que de F&SF ces années-ci et que j’ai la prétention de m’y connaître dans le genre, en tant que lecteur. Or pour la SF, une partie du plaisir de lectuer peut venir des idées nouvelles, explorations intellectuelles et leurs conséquences, alors il y a parfois cet élément qui vient compenser si l’intrigue est moins prenante. C’est donc un paradoxe que ce soit des auteurs de SF&F qui remportent la palme des intrigues et du rythme sur les auteurs de polars, tout cela chez un même éditeur.
    (Évidemment, on me dira que l’éditeur ne peut publier que ce qui lui est proposé).

    René argumentera peut-être que chaque auteur a ses hauts et ses bas, mais pourtant, aucun livre des auteurs mentionnés dans ce commentaire ne m’a ennuyé. Aucun. Alors que plusieurs des livres de polars me sont litéralement tombés des mains. La majorité en fait, les exceptions étant les premiers Malacci, dont le concept avait malheureusement ses limites.

    Personnellement, je rêve de voir tout un pan de polar hardboiled envahir les étagères Alire dans le futur!

  20. René Beaulieu

    Salut tous et toutes, salut Hugues.

    »Je dois m’opposer à René sur un point:

    «Tant de choses, de circonstances, d’intentions, de faits, d’occurances et de résultats divers doivent bien être considérés et évalués dans l’examen honnête, sérieux et détaillée d’un livre, ou d’une oeuvre littéraire…»

    »Pour ma part, un livre de polar, de mystère, de suspense ou policier doit me donner envie d’en savoir plus, d’en découvrir plus, de connaître la chute. Si ça me tombe des mains et que je me fous de connaître ce qui suit, c’est raté. Point. Seul élément à tenir compte en ce qui me concerne.

    C’est légitime… et l’habituel intérêt principal de la plupart des lecteurs et lectrices de ce genre de litérature.

    Mais je crois également, surtout si on en a beaucoup lu, que vient (relativement rapidement) un moment ou d’autres choses, d’autres éléments entrent également en ligne de compte, et contribuent alors, ou pas, au plaisir et à l’intérêt de lecture de gens…

    Je me contenterai de citer la construction dramatique, le sens du suspense, les idées, la capacité à trouver des variations originales, inédites ou innantendues sur des thèmes plus ou moins classiques, la qualité des personnages, et ce qui est devenu vraiment très important depuis quelques années, la descrition et l’étude d’un milieu social, géographique, national, temporel, politique ou professionel particulier.

    Cela avait commencé dès Chandler voire Hammett…

    Plusieurs soutienent que « roman problème » est plus ou moins « dépassé » depuis Van Dine et même des gens comme Ellery Queen ou Agatha Christie a du en sortir parfois, pour se renouveler un tant soit peu…

    Et cela, cette description, cete analyse et observation de mileu, sociétés et individus divers, constitue souvent l’intérêt pricipal du meilleur de l’oeuvre d’un auteur comme Simenon, ou d’un livre comme La Promesse du Frederich Durrenmat, roman policier anti-roman policier, s’il en est un, mais livre excellentissime et presque fabuleux, quant à moi…

    Le pur et simple « Qui L’A Fait » (Hum? ) ne constitue, le plus souvent, qu’une petite partie, relativement limitée, de l’intérêt et des possibilités du genre, pour moi, du moins…

    »Quand je lis Champetier, Sernine ou Bolduc, par exemple, je cesse de lire le journal dans le métro pour avancer dans l’intrigue. Ce qui n’est pas le cas avec les polars québécois, à une ou deux exceptions près (en étant inclusif avec le suspense et l’espionnage): Senécal et Pelletier.

    Je suis assez d’accord avec la deuxième phrase de ce paragraphe, et ajouterais même de la plupart des auteurs canadiens-anglais oeuvrant en policier publiés par Alire ici…

    »C’est donc un paradoxe que ce soit des auteurs de SF&F qui remportent la palme des intrigues et du rythme sur les auteurs de polars, tout cela chez un même éditeur.

    Pas nécessairement…

    En fait, vraiment pas! ;-) Du moins, dans mon optique personelle de ces deux genres… ;-)

    »(Évidemment, on me dira que l’éditeur ne peut publier que ce qui lui est proposé).

    Et ne pas publier également, si les livres ne sont pas d’un niveau suffisant. Le problème est peut-être là…

    Est-ce qu’il y a beaucoup de livres policiers publiés par Alire qui m’ont intéressés, voire impressionnés ou passionnés? non, pas beaucoup, avons-le bien franchement ici…

    Bien qu’il y en ait eu… Pour ce qui est de l’intérêt suffisant, au moins…

    »René argumentera peut-être que chaque auteur a ses hauts et ses bas, mais pourtant, aucun livre des auteurs mentionnés dans ce commentaire ne m’a ennuyé. Aucun.

    Je ne peux pas écrire cela, mais c’est assez récent, dans le cas de ceux publiés chez d’Alire, au moins… Même si la qualité varie beaucoup parfois…

    »Alors que plusieurs des livres de polars me sont litéralement tombés des mains.

    Amen…

    »Personnellement, je rêve de voir tout un pan de polar hardboiled envahir les étagères Alire dans le futur!

    Cela manque un peu, effectivement… Mais il y a tant d’autres genres, aspects et possibilités des littératures de l’Imaginaire absentes de la plupart des livres publiés chez cet éditeur.

    En partie, c’est pour des raisons déjà proposées par Hugues, du moins, je le suppose, en partie à cause des goûts et préférences, déclarées ou pas, de l’éditeur, en partiedû à des circonstances sociales, historiques et nationales reliées à l’émergence, la publication et le développement des littératures de genre d’ici, des intérêts de ces auteurs, de l’époque et de ce à quoi ils furent « exposés » come lecteurs…

    Nos positions ne sont pas vraiment opposées ici, hugues, pas autant que tu le penses, en tous les cas, je crois…

    Seulement diverses et différenciées…

    J’ai l’habitude de dire que, sauf exception, ce que j’aime le plus dans le roman policier c’est, ou sont expression la plus traditionelle (et-ou pastichée) ou ses aspects qui font le plus « éclater le genre » , « le transformer » de l’intérieur, en quelque sorte…

    Merci pour l’échange, fructueux et utile, il me semble…

    Amitiés.
    René

  21. Je reviens un peu avant dans la discussion :
    Je recommande à toutes et tous de lire «Samuel de la Chasse-Galerie», ce roman est vraiment excellent! Mon coup de coeur 2006!

  22. mathieu f

    Pour qu’Arion Anticipation gagne en crédibilité, il faudrait que des auteurs plus matures y publient. Sait-on jamais: peut-être que des manuscrits de SF de gens du milieu aux bonnes réputations, mais refusés chez Alire, pourraient trouver leur niche chez Arion…

    M

  23. Alain Ducharme

    Avec un peu de chance Christian, l’an prochain tu pourras lire mon prochain livre: « Physique 2. Électricité et magnétisme. Recueil de solutions », publié chez Groupe Modulo. Du suspens! De l’action! Des intégrales définies! Des systèmes d’équations! Du plaisir pour toute la famille!

  24. Daniel Sernine

    Je présume, Mathieu F., que par «auteurs matures» (anglicisme) tu veux dire «auteurs d’expérience», ou vétérans. Le problème, c’est qu’aucun(e) d’entre eux/elle ne publiera chez un éditeur qui manque à ce point de crédibilité. Cercle vicieux car Arion n’en gagnera pas, de crédibilité, tant qu’il publiera sans direction littéraire digne de ce nom (basée, non pas sur l’enthousiasme et la bonne foi mais sur la compétence en français et l’expérience littéraire).

  25. Michel J. Lévesque

    Je serais curieux de savoir combien de manuscrits « potentiellement publiables » sont refusés par Alire et la Veuve noire chaque année?

    Vers qui ces « exclus » doivent-ils se tourner ensuite?

  26. Joel Champetier

    Ce genre de discussion serait intéressante, malheureusement, elle n’est possible que si les auteurs qui se font refuser des manuscrits sont d’accord pour que leur déconfiture soit l’objet de débat public. Même s’il ne s’agit pas de sécurité nationale, les éditeurs n’ont pas à révéler publiquement quels manuscrits ils refusent, et pour quelles raisons.

  27. Michel J. Lévesque

    Le manuscrit de Samuel de la chasse-galerie version « adulte » a été refusé par toutes les maisons d’édition à qui je l’avais envoyé. Il n’y a que Jean Pettigrew qui m’a fourni un rapport de lecture et qui semblait reconnaître certaines qualités au texte. Si ma mémoire est bonne, il m’a affirmé que le texte était publiable, mais pas chez Alire, en raison de ertaines contraintes liées au calendrier de publication, ou

  28. Michel J. Lévesque

    Désolé, mon commentaire précédent s’est affiché tout seul, sans que j’aie le temps de le corriger. (J’ai des problèmes avec la nouvelle version d’Explorer!!!)

    Je disais donc que M. Pettigrew n’a pu accepter mon texte, pour des raisons tout à fait justifiables. J’imagine que la maison Alire ne peut publier tout ce qu’elle voudrait. À un moment ou à un autre, elle doit trancher.

    Bon, après ce refus, j’ai donc modifié Samuel et l’ai envoyé à 11 éditeurs jeunesse.
    Reçu deux acceptations.
    Selon les commentaires que j’entends généralement, Samuel semble être apprécié. Alors qu’est-ce qui fait que seulement deux éditeurs sur 11 ont su voir le potentiel de ce texte?

  29. Michel J. Lévesque

    Encore une fois, le texte s’est affiché tout seul, sans me permetttre de correction.

    Suite et fin :

    Ma question est donc celle-ci : est-il normal que des textes soient refusés à répétition alors qu’ils sont tout à fait publiables?

    Des maisons d’édition vont certainement récupérer ces textes, non? Je crois que c’est ce que Mathieu voulait dire. Les chances d’être publié sont tellement faibles, qu’il est normal que des auteurs se tournent vers des maison comme Arion. Vous ne croyez pas?

    Je leur ai moi-même envoyé mes meilleures nouvelles, et leur ai proposé d’en faire un recueil, sachant très bien que je ne pouvais m’adresser à personne d’autres.

  30. Joel Champetier

    Michel, voici mon analyse, qui n’est pas nécessairement applicable à un autre auteur.

    Tu commences. Grâce à ton travail, ta persévérance, et une dose de talent, tu es en train de construire les bases d’une carrière littéraire. Aucune de tes oeuvres publiées n’est encore un chef-d’oeuvre incontournable — j’espère que tu ne t’illusionnais pas là-dessus.

    La plupart des éditeurs ne donnent aucune raison pour leurs refus. C’est la norme, ça n’a rien à voir avec la SFF. Je trouve intéressant et signifiant d’apprendre que Jean Pettigrew l’a fait. Et que Daniel Sernine, autre spécialiste qui sait de quoi il parle, a publié le manuscrit. De quoi te plains-tu? Les éditeurs qui ont le meilleur jugement dans le domaine t’ont encouragé et même publié!

    Peu à peu, avec chaque oeuvre, tu vas établir ton professionnalisme. Ce sera plus facile d’attirer l’attention. Mais peut-être aussi que le fait que tu proposeras de meilleurs manuscrits, à cause de ton expérience, changera la donne. C’est la poule et l’oeuf.

  31. Daniel Sernine

    Des manuscrits publiables sont refusés, pour des motifs révélés ou non. L’inverse est aussi vrai: des manuscrits non publiables sont publiés, pour des raisons inavouables. Dans les domaines qui nous intéressent, en s’en tenantà la mode fantasy et au secteur jeunesse, bien des manuscrits nuls et sans valeur (pour rester poli) sont actuellement publiés par des éditeurs qui ne se sont jamais intéressés au genre, n’y connaissent strictement rien, mais tiennent à prendre le train en marche. Ils se disent «si Brûlé et Mortagne peuvent faire du fric, pourquoi pas moi aussi?». Les résultats sont sur les tablettes de nos librairies, jugez par vous-mêmes (enfin, si vous avez du jugement…)

  32. Michel J. Lévesque

    Aucun de mes textes ne mérite le titre de « chef-d’oeuvre incontournable », j’en suis bien conscient.

    En fait, je ne me plaignais pas. Au contraire, je me considère très chanceux. Ce que j’essayais de dire (peut-être maladroitement)c’est qu’un jour ou l’autre, de jeunes auteurs comme moi (il y en a plein d’autres qui s’en viennent) devront proposer leurs textes à des maisons d’édition comme Arion, étant donné que les éditeurs spécialisés, comme Alire et La Veuve noire, ne publient qu’un nombre limité de titres par année.

  33. Guillaume Fournier

    Bonjour à tous,

    voici une question que j’adresse à tous ceux qui parlent d’Arion Anticipation. Avez-vous lu les livres? Car, excepté Christian, qui a eu l’honnêteté et le profesionnalisme de lire les livres, et mathieu f., qui a lu le fugitif… un livre non représentatif de la collection, je n’ai pas eu connaissance d’autre rapport de lecture. Je n’ai rien contre le fait de parler contre un livre, le mien si vous le voulez (je suis l’auteur de Visions doubles, en passant), mais ayez au moins le bon sens de lire les livres avant de détruire la collection, et mon livre, du même coup, d’une telle façon. Peut-être que je me trompe, peut-être avez-vous tous lus les livres. Dans ce cas, je serai le premier heureux d’entendre vos commentaires constructifs, que vous pouvez acheminer à l’adresse suivante: gustave13_@hotmail.com. Dans le cas contraire, nuancez vos propos…

    Merci.

    Guillaume Fournier
    Visions doubles

  34. mathieu f

    rectification: je n’ai pas encore lu les livres d’Arion Anticipation. C’est Guillaume qui a lu Le fugitif…. Cependant, j’ai l’intention de les lire dans les vacances de Noël!

    M

  35. Guillaume Fournier

    Oupsss, désolé du lapsus… je pensais pourtant à Guillaume… Enfin! L’objectif du message reste le même.

  36. C’est mêlant tous ces Guillaume! On va vous donner des numéros de matricule comme dans les romans de Jasper Fforde. :-)

  37. Les Guillaume pullulent dans le petit monde des littératures de genre québécois (Guillaume Voisine, Houle, Marchand, Fournier, probablement plein d’autres…) Mais je ne suis pas un numéro !

  38. Et Guillaume Bolduc, si vous voulez bien de moi.

    Pour ma part, j’ai profité, au salon de Montréal, d’un moment de liberté pour me procurer le roman d’Isabelle Granger, dans la collection fantastique d’Arion. Je pourrai donc me faire une première idée. Ce sera d’autant plus intéressant qu’il s’agit d’une auteure avec qui j’ai déjà eu l’occasion de travailler voici quelques années, dans le cadre d’un programme de mentorat. Le manuscrit, à l’époque, n’était pas celui de «La Louve», je ne connais donc pas l’histoire.

  39. Guillaume Fournier

    Tu sais Claude, Arion fantastique n’a absolument rien à voir avec Arion anticipation! :P C’est la même maison d’édition, mais la direction littéraire des deux collections est totalement différente. Ne juge donc pas la collection, pour le meilleur ou pour le pire, par la lecture de ce livre!

  40. Même si les collections ont des directions différentes, ça me donnera quand même une idée du soin général qu’apporte l’éditeur à la réalisation de ses livres, car ça reste le même éditeur.

  41. Guillaume Fournier

    Tu as raison, Claude, pour la plupart de maisons d’éditions. Hors, Arion a changer de propriétaire récemment et les deux collections ont été développés selon deux méthodes différentes. Enfin, bonne lecture!

  42. J’avais lu les livres publiés par Arion Anticipation (grand format) en 2004, et la ligne qui s’en dégageait suggérait fortement, sinon une certaine méconnaissance du genre, à tout le moins de fortes lacunes de direction littéraire. Certains éléments, compréhensibles de la part d’un auteur en mode exploratoire du genre, l’étaient moins de la part d’une direction littéraire qui se voulait sérieuse. J’ai feuilleté rapidement 3 des dernières parutions en format poche d’Arion, et j’y ai rapidement retrouvé les mêmes lacunes qui mènent à un abandon hâtif de la lecture de l’oeuvre. Des 3, seul le livre de Gautier Langevin semblait moins atteint par cette « insuffisance directrice », et je soupçonne principalement ici les talents de l’auteur d’en être la cause.

    Non, je n’ai pas lu les oeuvres complètes, mais je crois comprendre que Christian ne s’est pas tapé toutes les lignes des 18 romans qu’il a lu, pas plus que Jean Pettigrew pourrait lire 8 ou 10 manuscrits de plus de 500 pages en un mois. Je peux facilement enfiler 60 pages à l’heure sans échapper une seule ligne, mais même à ce rythme il me serait difficile de lire 18 livres en un mois, sauf s’ils proviennent tous de la section jeunesse.

    Je suis convaincu que les romans publiés par Arion contiennent tous un bon potentiel, mais la pauvre direction littéraire semble marquée par totale absence de signalisation sur une route de montagne bien accidentée. Si j’appuie sur l’aspect direction par rapport au littéraire, c’est dans le sens de « diriger, mener dans une direction ». J’ose espérer ici qu’il s’agit surtout d’un manque d’expérience.

    Bref, les Daniel Sernine ne courent pas les rues.

  43. Arion Anticipation n’existait pas en 2004, la collection a été créée en 2006.
    D’Arion j’ai lu La Louve d’Isa-belle Granger (2005), L’Archipel des sorcières et le Règne de la Papesse de Jean-Nicholas Vachon (2005), trois romans que j’ai adoré. Il y avait une directrice littéraire, mais celle-ci a démissionné. Arion Anticipation a aussi une direction littéraire. À savoir si celle-ci est qualifié, je ne sais pas, puisque je n’ai pas encore lu les romans. Les auteurs sont à leur tout début et c’est une évidence qu’ils ont encore beaucoup à apprendre. Je les encourage à poursuivre. Ils ne sont pas responsables de la mauvaise gestion d’Arion.
    Daniel Sernine ne court pas les rues, heureusement! Ou trouverait-il le temps pour écrire :)

  44. Erreur de ma part: en 2004, c’était la collection Arion Fantastique, incluant le 1er Vachon, qui avait débuté. Désolé.

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