Fractale Framboise

Christian

Illusions et prestige

par Christian - dimanche, 5 novembre 2006 - 12:33 (Cinéma, Critiques, SF&F autre)

Couverture: The Prestige, Christopher PriestLes films arrivent souvent par paires similaires: Deep Impact et Armageddon; Red Planet et Mission to Mars; Madagascar et The Wild. 2006 a préféré nous offrir deux doses de magiciens victoriens avec The Illusionist et The Prestige. Mais n’allez pas croire qu’il s’agit de deux films interchangeables. La magie d’un d’entre eux cache un polar; la magie de l’autre camoufle un film de science-fiction. L’un est une adaptation réaliste d’une nouvelle ambigue; l’autre d’un roman de Christopher Priest. L’un d’entre eux est un divertissement oubliable; l’autre est destiné aux listes des meilleurs films de l’année.

Ce n’est pas que The Illusionist est un mauvais film. La recréation historique est somptueuse, Edward Norton et Paul Giamatti livrent de bonnes performances et le tout coule assez bien. Mais c’est un film qui trompe quand il ne faut pas tricher, et qui ne triche pas quand il est temps de tromper. Des effets spéciaux numériques viennent remplacer la véritable prestidigitation, minant notre confiance en ce que le film nous montre. Hélas, la véritable intrigue du film n’est que trop évidente étant donné les rappels constants qu’il ne faut pas croire ce que l’on voit à l’écran. Des indices gros comme des madriers font en sorte que lorsque le film se décide finalement à tout révéler, les spectateurs haussent les épaules et se disent «c’est tout?» Ultimement, l’œuvre laisse sur sa faim: Depuis 1999 et The Sixth Sense, les films à retournements sont devenus monnaie courante et The Illusionist n’en est qu’un autre de plus.

Mais The Prestige réussit là où The Illusionist faiblit. La recréation historique est tout aussi somptueuse, mais le duel entre magiciens professionnels est nettement plus intéressant. Les trucs de magie sont expliqués, rendant encore plus extraordinaire la déception requise pour berner l’audience. La structure est aussi beaucoup plus compliquée, imbriquant des retours en arrière dans des retours en arrière —tout en évitant la moindre confusion. L’élément SF est diablement bien amené, d’autant plus que la structure du film fait en sorte que même la super-science est contrecarrée par le plus vieux truc qui soit. Bref, l’œuvre de Christopher Nolan a de quoi séduire même ceux qui sont exaspérés par le cinéma. On retrouve dans The Prestige la texture, la profondeur et la complexité d’une bonne œuvre de fiction écrite. En fait, après avoir terminé la lecture du roman d’origine, je crois maintenant que je préfère le film au livre.

Non pas que The Prestige soit un mauvais roman: dès le départ, on est happé par le portrait de la vie des magiciens à l’époque victorienne et l’inventivité du duel entre les deux magiciens. L’écriture est d’une fluidité exemplaire. (Je suis maintenant bien prédisposé à lire l’intégrale de Priest.) Mais après avoir vu le film, le livre semble un peu gras, un peu trop indulgent, un peu trop linéaire: La structure du roman est beaucoup plus simple que le film, ce qui donne l’effet étrange de dévoiler les retournements dans un ordre différent. De plus, le cadre contemporain du livre (malgré son lot de surprises supplémentaire) n’ajoute pas beaucoup plus à l’effet final. Un directeur littéraire astucieux aurait pu amener Priest à retravailler son roman jusqu’à ce qu’il devienne similaire… au film.

Si le roman est une automobile en parfait état de marche, le film a l’allure d’un bolide méticuleusement bien réglé, où chacune des pièces est en place pour deux, voire même trois raisons. Même ceux qui savent (ou devinent) les retournements seront époustouflés par la maîtrise technique du film. J’admire l’adaption autant pour ce qu’elle a su couper du livre que ce qu’elle a voulu conserver. The Prestige est une pièce de cinéma exceptionnelle qui vient joindre The Departed sur la courte liste de films déjà assurés de figurer dans mon Top-10 de 2006. Tâchez de le voir alors qu’il est toujours au cinéma.

  6 commentaires

6 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Mario   (5 novembre 2006 - 14:30)

    Notons que l’on trouve dans The Prestige la figure fascinante de Nikola Tesla, un des plus grands inventeurs des XIXe et XXe siècles, jouée avec brio par David Bowie. Tesla avait fait des expériences (réussies) sur le transport de l’électricité par les ondes radio et parlait à la fin de sa vie de diverses applications du même principe pour transporter la matière dans l’espace et dans le temps !

    Je me rappelle d’une nouvelle de science-fiction parue dans Analog ou Asimov’s où Tesla, par ses expériences électriques ionisait toute la haute atmosphère, à la manière d’un gigantesque tube au néon, et bannissait la nuit à tout jamais !

  2. Laurine

    #2  Laurine   (5 novembre 2006 - 18:58)

    En sortant de la représentation, j’ai remarqué que les expressions «mécanique bien huilée» et «rouages du scénario» s’appliquaient fort bien au film. On a vraiment l’impression que les pièces d’un mécanisme complexe s’imbriquent les unes dans les autres avec beaucoup d’ingéniosité, même si l’un des punchs repose sur une machine plutôt farfelue!

  3. #3  Carfax   (6 novembre 2006 - 15:09)

    Un autre film semble excellent à voir: Stranger Than Fiction. Je viens de voir le trailer sur Yahoo et ça semble mauditement bien écrit:
    http://movies.yahoo.com/movie/1808723400/info;_ylt=AnbrKKhOEYAAhuJN_sZnhHlfVXcA

  4. #4  Caroline   (6 novembre 2006 - 20:48)

    Samedi, j’embarque dans ma voiture en direction du cinéma. Mon but : Congorama. Avec un sens de l’orientation tout féminin, je rate la sortie et arrive en retard à la représentation. Vite, vite ! Trouver un autre film qui commence à l’instant : The Prestige. C’est rare, mais j’ai été vachement contente d’avoir ratée ma sortie sur l’autoroute ! :-)

    J’ai réussi à voir le film avant d’en entendre vraiment parler et j’ai été ravie encore une fois par les prouesses de Christopher Nolan. Le film est bien mené, mais un truc me chicote, un truc dont je n’ose pas parler ici, voulant éviter de dévoiler quoi que ce soit de ce film qu’il est bon de voir vierge. Si quelqu’un qui l’a vu a envie d’échanger qqs courriel et mettre mon esprit au repos ladydeath13_at_gmail.com :-)

    Et pour Congorama, bah, ce n’est que partie remise !

  5. #5  Caroline   (8 novembre 2006 - 17:20)

    Merci aux “framboises” qui ont aidé à apaiser mon esprit ! ;-p Ce film est encore meilleur que je n’avais trouvé au départ.

  6. #6  Jonathan Reynolds   (12 novembre 2006 - 10:05)

    Je ne l’ai pas encore vu mais ce topic m’en donne le goût en tout cas. J’ai aimé l’Illusionniste mais je ne le regarderait pas une deuxième fois. C’était un bon divertissement, sans plus. Par contre, The Prestige me semble vraiment bien. J’aime beaucoup Christopher Nolan comme réalisateur (Memento, Batman Begins) et je ne pense pas qu’il me décevra avec ce film.

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