House of Chains — Steven Erikson
par Laurine - dimanche, 1 octobre 2006 - 12:41 (Critiques, SF&F autre)
Je viens d’achever le quatrième volet de la série d’Erikson, opportunément nommé House of Chains. Comme le constate un critique sur Internet, plus on s’enfonce dans la série, plus on remarque le nombre effarant de chaînes, autant réelles que métaphoriques, qui s’entrecroisent dans le récit. Le titre fait référence au type de maison que l’on retrouve en astrologie, bien qu’il s’agisse ici d’un jeu de cartes divinatoire, qui sert de miroir à la mouvance constante des dieux. Une entité très ancienne, diminuée mais influente, a décidé de prendre le premier logement libre qu’elle trouve, en l’occurrence la Maison des Chaînes. Maintenant reconnue et acceptée, elle se met à tirer des fils, ou plutôt, des chaînes invisibles. On appellera cette entité le Dieu infirme.
Le récit commence de façon inhabituelle. Outre un prologue mettant en scène un personnage qui accomplira peu de choses dans ce roman, les premiers chapitres du livre sont entièrement consacrés à un type peu recommandable. Il s’agit d’un géant nommé Karsa Orlong, qui quitte son village afin de massacrer le plus d’humains possible, histoire de se faire une réputation. Il connaîtra d’abord un certain succès, multipliant les trophées et les serments de guerre, avant de tomber sur l’armée malazéenne. Devenu prisonnier, il aura tout le temps de méditer sur sa condition avant de s’évader et disparaître. Et quand il ressurgira un peu plus tard, ce sera sous une identité légèrement différente… et l’on se rend compte alors qu’il figurait déjà dans un roman précédent, Deadhouse Gates.
C’est l’un des points forts de l’auteur, cette capacité à faire apparaître ses personnages dans le temps et dans l’espace, remodelant chaque fois leur identité pour indiquer qu’une longue période s’est écoulée. Il fait la même chose avec ses dieux et sa géographie. Il en résulte une saga dont la complexité repose en grande partie sur des couches d’informations qui se superposent et filtrent les unes sur les autres.
Presque 300 pages plus tard, nous quittons la région de Genebackis et les ravages de Karsa pour retourner à Aren. C’est là qu’est mort le héros Coltaine dans Deadhouse Gates, et ce qui reste de ses effectifs se joint aux rangs dépareillés de l’armée malazéenne, sous les ordres de l’Adjunct Tavore Paran (je ne sais pas comment «Adjunct» est traduit en français, mais il s’agit de l’adjointe de l’impératrice, celle qui exécute ses ordres). Ce ramassis de soldats fatigués, mal entraînés et plus ou moins motivés doivent affronter l’armée de Sha’ik, une déesse vengeresse qui s’est incarnée dans une mortelle et qui crèche présentement dans le désert de Raraku, lui-même une entité dont les fusibles pètent facilement. Ce que personne ne sait encore, c’est que la mortelle en question est Felisin Paran, la petite sœur que Tavore a cruellement envoyée dans les mines d’Otataral.
L’affrontement promet d’être épique, mais finalement, à cause d’une convergence de complots humains et de manigances divines, rien ne se passe comme prévu. Tout le monde se retrouve à Raraku, certes, ce qui permet plusieurs «fins» simultanées. Quand on écrit des histoires qui mettent en scène suffisamment de personnages pour tenir dans une liste de six pages, il y a, en bout de course, beaucoup de fils à rattacher et de boucles à boucler. Le lecteur a tout intérêt à ne pas se laisser distraire, car l’auteur ne le nourrit pas d’explications à la petite cuillère. Il faut garder l’esprit alerte et ne jamais perdre de vue que tout est lié.
Je crois que mon seul regret est qu’il y a un peu moins d’humour dans ce bouquin parce que les bidasses malazéennes ne prennent pas autant de place dans le récit — les autres personnages, dont Karsa Orlong et une poignée de T’lan Imass (des guerriers morts-vivants), sont totalement dépourvu d’humour, et leurs chapitres respectifs s’en ressentent. Ça ne change rien au fait que le roman est une lecture solide, une brique de quêtes et de combats épiques où les personnages mènent le lecteur de surprise en surprise. Ils évoluent beaucoup, tout un chacun, ce qui devrait plaire à ceux qui n’aiment pas les positions clairement définies… et donc prévisibles.

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