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Laurine

Letter to a Christian Nation — Sam Harris

par Laurine - vendredi, 20 octobre 2006 - 18:26 (Critiques, Société)

Letter to a Christian NationMalgré l’instauration d’une théocratie en bonne et due forme aux États-Unis, et vraisemblablement à cause d’elle, des auteurs américains n’hésitent pas à critiquer ouvertement l’omniprésence de la religion au pays. Si l’athéisme est parfaitement intégré de ce côté-ci de la frontière (et surtout au Québec où les gens ont développé une allergie notoire à la religion), il faut se rappeler qu’au Sud, il s’agit d’une position controversée. En 1999, d’après un sondage Gallup, 49 % des Américains auraient accepté d’élire un athée à la Présidence. En 2006, cette proportion a chuté à 14 %.

Dans Letter to a Christian Nation, Sam Harris fait part de ses inquiétudes face à la religiosité rampante de ses concitoyens. L’ouvrage est exactement cela, une lettre, rédigée au «je» et s’adressant surtout aux radicaux, bien que l’auteur érafle au passage les modérés en blâmant leur complaisance. L’ouvrage est petit, du même format qu’un livre de poche, et fait dans les 90 pages. C’est vite lu, certes, mais c’est bourré d’arguments. En ce qui me concerne, je suis déjà vendue d’avance à l’athéisme, mais je trouve rassurant d’entendre des États-Unis un autre son de cloche que celui des preachers.

Harris avance quelques chiffres inquiétants. Seulement 12 % des Américains croient que le monde a évolué sans l’aide de Dieu, 37 % pensent que Dieu a guidé l’évolution et 45 % pensent qu’il a fait tout le boulot (Gallup 2001). La religiosité des Américains fait figure d’exception dans le monde occidental. Presque la moitié d’entre eux sont convaincus que le Jugement dernier aura lieu dans les 50 prochaines années. Vous trouvez ça drôle? Imaginez plus de 100 millions de personnes qui verraient d’un bon œil la perspective de disparaître dans un champignon nucléaire. Rappelez-vous aussi qu’une fraction de ces apôtres de la fin du monde influencent ou travaillent à la Maison blanche. «Anyone who cares about the fate of civilization would do well to recognize that the combination of great power and great stupidity is simply terrifying.» [Préface, x]

En réponse aux chrétiens qui prétendent que la Bible est un livre de Sagesse, l’auteur montre sans difficulté qu’elle n’est pas la gardienne de la moralité. N’importe quel ouvrage prêchant l’intolérance, la guerre, le meurtre et l’esclavage n’a pas de leçon à donner. L’auteur démolit les dix commandements et le «message d’amour» de Jésus, que les chrétiens voient comme étant la plus grande invention des deux derniers millénaires. Il se moque aussi des soi-disant prophéties de la Bible.

Mais ce sont les gens plus que les écrits qui inquiètent Harris. Pour des questions de morale, les fondamentalistes de tout acabit s’opposent plus volontiers à l’avortement qu’aux génocides. Ils empêchent aussi la science d’avancer en interdisant les recherches sur les cellules souches pour des questions métaphysiques. Ils s’opposent à la théorie de l’évolution malgré toutes les preuves scientifiques. Ils diabolisent les moyens de contraception et même les vaccins anti-MTS sous prétexte que leur utilisation encouragerait à forniquer. Leur emprise s’étend jusqu’en Afrique, dans des régions où les seules sources d’information sur la contraception proviennent de missionnaires illuminés. Vous pensiez en avoir terminé avec cette forme de colonisation? Détrompez-vous. Soulager la souffrance humaine n’est pas la priorité des chrétiens, argue l’auteur, mais sauvegarder la morale, ça oui. Et sauver leur âme propre, c’est encore mieux.

Harris est convaincu que les pays les mieux portants sont les plus athées. Qu’il s’agisse des contrées européennes ou du Canada, la santé y est meilleure, les inégalités sociales moins flagrantes, les habitants mieux éduqués. Ironiquement, aux États-Unis, les régions les moins bien portantes sont celles qui votent «rouge», celles qui sont dominées par les conservateurs: on y trouve plus de crimes, de pauvreté, de grossesses adolescentes, etc.

Selon l’auteur, l’athéisme n’est ni une philosophie ni un point de vue. Il s’agit d’une simple constatation de faits. «In fact, “atheism” is a term that should not even exist. No one ever needs to identify himself as a “non-astrologer” or a “non-alchemist.” We do not have words for people who doubt that Elvis is still alive or that aliens have traversed the galaxy only to molest ranchers and their cattle.» [p.51] Pourtant, aux É-U, les scientifiques osent rarement décrier les contraintes imposées par la morale religieuse de peur que le gouvernement ne leur coupe les vivres. Pour couvrir ses arrières, une organisation comme la National Academy of Sciences va jusqu’à prétendre que la science et la religion n’entrent pas en conflit puisqu’elles étudient des domaines différents. (Elles étudient? Mais comment procèdent donc les théologiens quand ils débattent de l’existence des limbes? Quelles preuves avancent-ils pour soutenir une position ou une autre?)

À force de prêcher la tolérance religieuse à tout prix, on tue l’esprit critique. On n’ose plus exprimer l’évidence, contester les abus, prévenir les dérapages. Quand on pense que de nombreux conflits sur la planète sont d’origine religieuse, cette complaisance laisse songeur. Et il n’y a pas que le christianisme qui pose problème, évidemment. Le fanatisme musulman terrorise et muselle les modérés.

L’auteur suggère, en conclusion, que la religion a fait son temps et qu’il faudrait envisager de s’en débarrasser. L’entreprise sera longue, bien sûr. Mais les États-Unis se sont entredéchirés sur des questions aussi importantes (l’esclavage, par exemple) et s’en sont quand même sortis en choisissant la bonne voie, la seule qui soit raisonnable.

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  6 commentaires

6 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Kelk1   (3 décembre 2006 - 5:10)

    En 1999, d’après un sondage Gallup, 49 % des Américains auraient accepté d’élire un athée à la Présidence. En 2006, cette proportion a chuté à 14 %.

    Ce qui n’a rien d’étonnant avec des représentants comme Sam Harris. Ce type, avec ses potes Dawkins et Dennett, sont de véritables dons du ciel pour les fondamentalistes. Le caractère juvénile, naïvement scientiste, de l’athéisme anglo-saxon – dont le Québec fait partie, vos arguments et votre rhétorique le prouvent – est positivement confondant.

  2. Laurine

    #2  Laurine   (3 décembre 2006 - 9:18)

    J’ignorais que mon opinion personnelle reflétait celle du Québec au grand complet.

  3. #3  Pascal   (13 décembre 2006 - 7:56)

    Bonjour,

    Savez-vous si une traduction française est prévue ????

    D’avance je vous remercie de votre réponse à rpdm@free.fr

    Cordialement.

    Pascal

  4. #4  THYS Michel   (23 décembre 2006 - 13:23)

    Les conceptions de Sam HARRIS, de par sa formation, sont compatibles,me semble-t-il, avec l’approche psycho-neuro-physio-génético-éducatives du phénomène religieux,proposée dans ce texte de deux pages.
    Bien à vous,
    Michel THYS
    Bruxelles.

  5. #5  THYS Michel   (23 décembre 2006 - 13:26)

    Ce texte de deux pages est lisible à l’adresse :
    http://atheisme.free.fr/Contributions/Croire_ou_pas_croire.htm

  6. #6  Richard   (9 juillet 2008 - 15:07)

    Un livre formidable qui devrait être lu par tous, d’autant plus qu’il se lit très rapidement. Très bien écrit, bourré d’arguments logiques, c’est un ouvrage de grande qualité. Je le compare à “The god delusion” de Richard Dawkins, mais en moins long. La religion se fait passer dans le tordeur de la raison sans aucune pitié. Sam Harris fait flèche de tout bois. Pour tous ceux qui croient fermement à l’existence de dieu et aux bienfaits de l’église, vous allez passer un méchant quart d’heure. Pour tous ceux à qui ça ouvrira les yeux, bienvenue chez les athées!

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