Fractale Framboise

Laurine

Production automnale

par Laurine - vendredi, 6 octobre 2006 - 19:08 (Arts visuels, Plogues)

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le printemps dernier a été exceptionnellement occupé en termes de contrats d’illustration. En général, on peut m’en confier un ou deux à la fois dans les délais habituels. Mais cette fois, je me suis retrouvée avec cinq ou six d’un coup! Et comme mon voyage en Europe tombait en plein dans cette période, j’avais intérêt à prendre de l’avance, quitte à finaliser le tout à mon retour.

Les éditions Vents d’Ouest m’ont d’abord contactée pour une illustration urgente. J’avais déjà collaboré avec eux pour la couverture du recueil de nouvelles de Daniel Sernine, Maure à Venise. Dans ce cas-ci, ils avaient un manuscrit en main (Un kaléidoscope au cœur de Linda Leroux, un bouquin dans la foulée des Bridget Jones, je crois), mais pas de couverture. Comme il fallait monter quelque chose dans les plus brefs délais, j’ai été chanceuse de voir ma première proposition acceptée presque telle quelle, avec seulement des modifications mineures à apporter. Yé! Du coup, comme j’étais disponible, ils m’ont commandé une seconde illustration, pour un roman jeunesse celle-là (si vous jetez un coup d’œil à leur site, vous verrez qu’ils ont un répertoire varié, mais ne les confondez pas avec l’autre Vents d’Ouest, ceux qui publient de la BD). Il s’agissait de Cauchemar aveugle de Fernande Lamy, l’histoire d’un jeune aveugle qui doit en découdre avec les brutes de son école. Encore une fois, coup de bol, ma proposition a été acceptée telle quelle. Dans ces deux cas, l’échéancier était trop serré pour que je puisse envisager de lire le manuscrit et me faire une idée de l’histoire. J’ai dû me fier à une brève description des éléments à mettre en place et, ma foi, le procédé a très bien fonctionné.

Automne 2006-1

Tout de suite après, le même éditeur m’a commandé quatre couvertures supplémentaires pour des ouvrages variés. Le seul d’entre eux qui ne relevait pas de la littérature jeunesse était Histoire d’un soir et autres épouvantes, un recueil de nouvelles fantastiques de Claude Bolduc. L’auteur n’a plus besoin de présentation, mais au cas où, allez donc voir son site perso. La difficulté avec ce genre d’ouvrage relève de son caractère forcément hétéroclite. Il faut se rabattre sur la nouvelle qui représente le mieux l’ensemble, même si c’est la plus courte! C’est l’auteur qui a suggéré le thème du banc, alors je suis allée au parc pour en photographier quelques-uns jusqu’à ce que je trouve un décor suffisamment dépouillé. J’ai ajouté deux personnages à contre-jour et une chauve-souris pour faire bonne mesure, et hop. J’aime beaucoup la mise en page avec son cadre noir qui ajoute à l’ambiance. Comme vous pourrez le constater en lisant le bouquin, l’atmosphère des histoires de Claude est très particulière. On pourrait utiliser l’expression «surréalisme grinçant» pour qualifier ces nouvelles.

Les trois autres couvertures commandées par Vents d’Ouest tombaient dans le créneau jeunesse et, comme Histoire d’un soir, ces romans sont parus à l’automne. Anca de Michel Lavoie regroupe sous un même titre les quatre romans de sa série: Le secret d’Anca, La lettre d’Anca, Le choix d’Anca, Le retour d’Anca. C’est l’histoire peu complaisante d’une jeune Roumaine qui fuit son pays, où sévit le régime des Ceaucescu, pour s’établir au Québec et essayer de mener une vie normale. Pas de difficulté particulière pour réaliser cette illustration, le thème étant on ne peut plus clair. Avec un échéancier différent, par contre, j’aurais sans doute mieux modelé le visage.

Automne 2006-2

Il y avait dans le lot un autre recueil de nouvelles à illustrer, Bye-bye, les parents, un collectif de l’Association des écrivains québécois pour la jeunesse, sous la direction de Marie-Andrée Clermont. Le thème général était relativement simple: les adolescents sont laissés à eux-mêmes pendant que leurs parents s’absentent une fin de semaine durant. Je me suis longtemps creusé la tête pour trouver une idée d’illustration qui véhiculerait la joie adolescente dans une pareille situation sans qu’elle soit blessante pour les parents (rien qui fasse «Scram, le vieux!»). Pas facile! J’ai opté pour le symbole I Love You, le genre qu’on agite dans les concerts rock vers les vedettes qui se trouvent à bonne distance. L’idée a plu, mais il m’a fallu trois maquettes pour réaliser la fille idéale, avec le bon angle et le bon âge, pour enfin faire l’unanimité. Ça arrive.

Dernière couverture pour Vents d’Ouest, L’ombre de l’oubli, un roman fantastique d’Anne Jutras. Trois adolescents sont hébergés chez Gabriella pendant une période indéfinie. Peu à peu, les souvenirs qu’ils ont de leurs parents s’estompent. Ils se rendent compte aussi qu’il est impossible de quitter la résidence ensorcelée. Là encore, un thème pas compliqué à illustrer. L’idée du décor m’est venue après-coup, alors que je testais plusieurs textures. Autre chose qui m’est venue après coup… le nom de l’auteure! Je l’avais déjà vu quelque part. Vérification faite, j’avais fait la critique de son précédent roman, L’élixir du trompe-l’œil dans la revue Lurelu. Elle a aussi remporté le concours littéraire de cette même revue en 2000 avec sa nouvelle «Voyage au pays des métamorphoses»… que j’ai illustrée! Comme quoi, dans le milieu de la littérature jeunesse, on peut facilement jouer au jeu des six degrés de séparation.

Justement, le fait de me lancer dans l’illustration jeunesse a commencé à compliquer les choses. D’un point de vue éthique, est-ce que je pouvais critiquer un roman dont j’ai illustré la couverture? Pour une revue professionnelle comme Lurelu, non. Mais pour un blogue comme Fractale framboise — et surtout dans la catégorie «Plogue»! —, je suppose que c’est OK de mentionner que L’ombre de l’oubli réussit à être mystérieux du début à la fin et devrait recevoir un accueil très favorable chez les adolescents.

Automne 2006-3

Ce n’est pas fini! Au mois d’avril, c’est Québec Amérique qui m’a contactée pour une couverture de roman jeunesse. Il s’agit d’un suspense très branché de Fabrice Boulanger intitulé Alibis inc.. Le propos est original: un homme et sa fille adolescente opèrent une petite agence qui s’occupe de fournir des alibis. Il s’agit d’arnaques inoffensives qui tournent au vinaigre quand ils ont affaire à de vrais criminels dans une histoire d’enlèvement. La triche et la simulation sont à l’honneur, que ce soit dans le milieu scolaire de Lucie, l’héroïne, ou dans le milieu de travail de son père (il est acteur!). Je pense que ça va marcher fort chez les jeunes lecteurs qui apprécient l’ironie à bonne dose. La couverture fait un peu Matrix, mais c’est ce que l’éditeur voulait, ne serait que pour illustrer l’omniprésence de la technologie dans le récit. Les circuits en arrière-plan sont ceux d’un iMac comme celui que j’utilise.

Autre couverture à signaler, Une affaire explosive, la sixième enquête de Charlie Salter de l’auteur ontarien Eric Wright. C’est publié chez Alire, bien sûr, comme on peut le voir à la marquise. Les mises en page en L sont toujours un casse-tête. Il est assez facile d’y caser un personnage, mais dans ce cas-ci, il s’agissait d’illustrer la seule scène d’action du récit, dont s’inspire également le titre. L’événement n’est même pas décrit dans le roman au moment où il se produit, on n’en obtient une description qu’à travers l’enquête. J’espère que l’illustration enflammée ne donnera pas de faux espoirs au lecteur, mais les enquêtes de Salter ne sont pas reconnues pour leurs poursuites haletantes et leurs canardages sanglants. Ah oui, et je voudrais remercier Internet pour ses banques d’images qui m’ont permis de retracer des modèles de camionnettes Toyota des années 1980. Ça m’a évité un saut à la bibliothèque pour consulter les anciens volumes du Guide de l’automobile.

Automne 2006-4

Enfin, toujours dans les parutions d’automne, je tiens à souligner mon doublé Solaris 160/Alibis 20. Il s’agit de ma troisième couverture seulement pour la revue Solaris. Je me dis toujours qu’il serait temps de produire une petite banque d’images, mais souvent, soit le temps soit l’inspiration me manquent, tout dépendant des périodes. Je suis contente des trois couvertures que j’ai faites pour la revue, et particulièrement de celle-ci. Comme je l’ai réalisée à partir d’un crayonné qui s’approche plus du barbouillage, imaginez ma surprise devant un résultat aussi satisfaisant! Il faudra que je répète l’exercice un jour. Quant à la couverture d’Alibis, il s’agit de la combinaison d’un filtre de Photoshop découvert par hasard (grâce auquel j’ai produit l’effet vitré) et de photos de mes mains. Ah oui, et je voudrais remercier Internet pour ses banques d’images qui m’ont permis de trouver des modèles de pistolets équipés de silencieux. Ça m’a évité un saut dans les quartiers mal famés pour consulter… enfin, vous voyez le tableau.

Automne 2006-5

  16 commentaires

16 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Daniel Sernine   (6 octobre 2006 - 22:17)

    Ces deux dernières couvertures, c’est effectivement un très beau doublé, un plaisir pour les yeux quand on place les deux revues côte à côte.
    J’ai quelques réserves sur ta couverture d’Alibis le roman, mais je me réjouis de ta percée dans l’édition jeunesse, Laurine; parfois il suffit de placer un pied dans la porte, et elle s’ouvre toute grande.

  2. #2  Joel Champetier   (7 octobre 2006 - 9:21)

    Tu sors en même temps la couverture d’_Alibis_ le roman et d’_Alibis_ la revue? Te manque plus qu’à illustrer la couverture de _Solaris_ de Stanislas Lem, pour semer la confusion juste un peu plus…

    Sinon, ben bravo pour toute cette production automnale. Comme quoi c’est facile de percer, suffit d’être travailleur, persévérant et d’avoir du talent!

  3. #3  Serena Gentilhomme   (7 octobre 2006 - 15:30)

    Et n’oublions pas la couverture d’ «Histoire d’un soir et autres épouvantes» de Claude Bolduc (Vents d’Ouest) , qui a vu le jour mercredi dernier: sobre et inquiétante, avec le petit détail qui crée toute une atmosphère…

    Bravo, Laurine.

  4. #4  Serena Gentilhomme   (7 octobre 2006 - 15:38)

    Post-Scriptum: mon commentaire pouvant s’avérer désuet après les derniers rajouts, je dirai que Laurine n’aurait pu donner une meilleure illustration et définition du «surréalisme grinçant» de l’auteur, entre Kafka et Buñuel.

  5. Laurine

    #5  Laurine   (7 octobre 2006 - 19:23)

    «Derniers rajouts»? Je n’ai pas fait de rajouts, Histoire d’un soir a toujours figuré dans mon billet. J’espère que la page n’a pas de problème à se charger entièrement.

  6. Eric

    #6  Eric   (7 octobre 2006 - 22:54)

    Ce que je trouve intéressant surtout, c’est de voir comment tu ajustes ton style en fonction du public-cible et du genre.

    J’aime bien comment l’illustration d’Histoire d’un soir, avec ses silhouettes, se marie parfaitement avec le fond noir déjà utilisé pour le recueil précédent de l’auteur.

  7. #7  claude   (9 octobre 2006 - 16:30)

    Chose sûre, je me lève la nuit pour admirer l’illustration que Laurine m’a faite!

  8. Laurine

    #8  Laurine   (9 octobre 2006 - 20:16)

    J’espère qu’elle te fait peur. BOUH!

  9. #9  Serena Gentilhomme   (10 octobre 2006 - 16:37)

    Les vagues d’épouvante historiquement vespérale ayant déferlé en Europe, j’affirme que je n’ai même plus le courage de me promener dans le coin de chez moi où l’illustration de Laurine est tapie: des battements d’ailes soyeuses s’en dégagent, vers minuit, de préférence…

    Bonne et bleuâtre nuit à tout le monde.

  10. Laurine

    #10  Laurine   (14 novembre 2006 - 19:41)

    Je viens d’en apprendre une bonne. Le roman Alibis Inc de Fabrice Boulanger met en scène une adolescente et son père qui opèrent une agence d’alibis pour dépanner leurs clients (disons, ceux qui souhaitent partir en voyage d’affaires avec leur secrétaire sans provoquer les soupçons de bobonne). Je viens de découvrir l’existence de telle agence (merci Boing Boing). Alibi Network propose des services absolument délirants… en présumant que ce ne soit pas une blague!

  11. #11  Hugues   (15 novembre 2006 - 9:29)

    Ça n’a pas l’air du blague, et en effet, c’est assez délirant…
    Comme ce n’est pas exorbitant (10$ à 55$ par alibi standard comme une conférence, un séminaire, ou autre), j’imagine que ça marche fort! :)
    À l’époque où j’étais à l’école secondaire et que j’allais à seulement deux cours sur trois, j’aurais adoré! :))

  12. #12  Daniel Sernine   (15 novembre 2006 - 9:42)

    En fait ce n’est même pas nouveau (j’espère, Laurine, que tu ne croyais pas qu’il s’agissait d’une idée originale?) Il y a longtemps (peut-être depuis la généralisation des répondeurs téléphoniques et des téléavertisseurs) que des firmes offrent des alibis (sonores, par exemple) pour justifier des absences (typiquement en contexte conjugal). Je présume que ces agences n’offrent pas publiquement des alibis pour échapper à la chaise électrique, mais l’idée que ça puisse se faire de manière clandestine n’est quand même pas renversante d’inventivité…(du genre «mais où allez-vous chercher tout ça?!»)

  13. #13  Joel Champetier   (15 novembre 2006 - 11:24)

    Eh ben… Comme Laurine, je n’avais jamais imaginé la possibilité d’agences offrant un service d’alibis, et je me serais trouvé “astucieux et inventif” d’imaginer la chose dans un cadre de fiction. Je pense que tout ce qui est imaginable dans le domaine de la tromperie a déjà été imaginé par quelqu’un avant nous!

  14. Laurine

    #14  Laurine   (15 novembre 2006 - 16:55)

    Mais oui, Daniel, j’ignorais qu’il existait de telles agences.
    Comme quoi on ne peut pas tous être un puits de connaissances.

  15. #15  Fernande D. Lamy   (1 décembre 2006 - 19:59)

    Bonsoir Laurine
    C’est la première fois que je vais sur ton site. Donc je veux en profiter pour te dire combien j’aime la page couverture que tu as faite pour mon roman Cauchemar Aveugle. Vraiment très belle! L’ensemble dégage mystère, force et vulnérabilité. Chapeau, c’est ce qu’il fallait! Merci!
    Au stand du Gouverneur Général comme finaliste 2006, mon Cauchemar Aveugle était devenu un très beau rêve!
    Fernande D. Lamy

  16. Laurine

    #16  Laurine   (2 décembre 2006 - 18:50)

    Merci du compliment! Et bonne chance aussi!

    (Pour la petite histoire, le cimetière de l’illustration provient d’une photo que j’avais prise au Père-Lachaise il y a des années. Je me disais bien que ces clichés me seraient utiles un jour.)

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