Fractale Framboise

Laurine

L’Historienne et Drakula — Elizabeth Kostova

par Laurine - dimanche, 29 octobre 2006 - 20:35 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

L'historienne et Drakula 1Une jeune fille de seize ans, qui restera anonyme tout au long des 1000 pages du roman, découvre dans la bibliothèque de son père (un ambassadeur d’origine américaine qui réside à Amsterdam) un livre ancien des plus étranges. Toutes ses pages sont blanches, sauf la page centrale sur laquelle sont imprimés un dragon et un nom: Drakula. Elle trouve aussi de bien curieuses lettres qui débutent par la phrase «Cher et infortuné successeur». Peu à peu, elle mettra le pied dans une vaste enquête ayant débuté dans les années 1930 pour retracer la tombe de Vlad Tepes, le voïvode sanguinaire de Roumanie.

Le récit s’articule essentiellement autour de trois points de vue: l’héroïne anonyme en 1972, son père (Paul) dans les années 1950, et le directeur de thèse de ce dernier (Bartholomew Rossi) dans les années 1930. Le tout repose sur un échange épistolaire entre les protagonistes, ce qui nous amène d’une époque à l’autre, où se croisent moult historiens, archivistes et chercheurs en tout genre. Sur chacun plane une menace inquiétante, car quiconque s’intéresse de trop près à Dracula reçoit des avertissements on ne peut plus explicites… jusqu’à la disparition pure et simple du curieux. L’enquête mène le lecteur à Istanbul et aussi dans l’Europe de la Guerre froide. Sur cette époque passée — narrée au temps présent — se superpose une histoire encore plus ancienne et sanguinaire, celle de l’avancée inexorable des Ottomans que Vlad Tepes a si férocement combattus.

L'historienne et Drakula 2Ne remplit pas mille pages qui veut. Le roman souffre de longueurs et il est truffé de considérations académiques un peu redondantes. Par contre, Kostova campe ses personnages avec une grande maîtrise. Gardons à l’esprit que c’est son premier roman! Même s’il s’agit d’une vision un peu romantique des historiens, on ne peut s’empêcher de sympathiser avec ces gens très collet monté, friands de parchemins poussiéreux, et qui connaissent une épiphanie dès qu’ils visitent une ville étrangère. Ils ont tous une culture sidérante, du genre qu’on ne voit plus souvent aujourd’hui, et peuvent causer d’à peu près n’importe quel sujet ayant trait à l’histoire. Le papier est omniprésent d’un bout à l’autre du récit, de préférence vieux et craquant, ou couvert d’une écriture fine. Nous sommes à des années-lumière de l’Internet et des messages instantanés: les protagonistes de L’Historienne adorent communiquer par écrit.

Le titre français, L’Historienne et Drakula, est un parti pris nécessaire, car il n’existe pas de genre neutre. Le titre original du roman, rappelons-le, est simplement The Historian et qualifie indifféremment l’héroïne anonyme, ses parents, leurs amis et même Dracula.

Cette très longue enquête prend une tournure fantastique dès le début. Elle culmine vers une confrontation inévitable et dramatique, qui tombe un peu à plat, comme il fallait s’y attendre. Toutefois, on ne lit pas le roman uniquement pour sa fin, mais pour le long et intrigant voyage qu’il nous offre. Les lecteurs qui souhaitent lire cette brique en français devraient savoir qu’elle vient en deux tomes. Et il faut se les procurer tous les deux, puisque le premier se termine en plein milieu d’une conversation. Plutôt frustrant. À signaler aussi, un nombre inhabituel de coquilles dans le deuxième volume, comme si la mise en page avait été faite hâtivement. Dommage. Au moins, l’histoire reste la même.

Une très bonne lecture, surtout en ce temps-ci de l’année où la compagnie des vampires est tellement recherchée.

  5 commentaires

5 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Patrick S. VAST   (31 octobre 2006 - 9:26)

    Dracula ou Drakula, est devenu incontournable. Je parle à la fois du personnage historique et de celui que l’imagination de Bram Stoker a façonné. Cela peut donner lieu à de très bons ouvrages comme aux pires. Celui-ci me semble posséder des qualités qui me pousse à le découvrir davantage.

  2. #2  Tristan D.   (27 novembre 2007 - 11:10)

    Cela fait plusieurs blogs que je parcours à propos de ce bouquin et une chose me consternera toujours: personne ne semble avoir compris la nature – artificielle ou non – autobiographique du roman, dont l’une des première page est une dédicace qui dit “à mon père, qui fut le premier à me raconter certaines de ces histoires…”
    Il me semblait pourtant évident que l’héroïne était l’écrivain elle-même mais si l’on a fait l’impasse sur la page et demi de la note au lecteur, c’est effectivement moins évident.

    Je n’ai pas pu non plus demander de comptes à wikipédia qui semble avoir relevé dans sa version anglaise plusieurs anacronismes dans le récit tout en situant le communisme avant le marxisme, du moins en Hongrie, impressionnant pour un site à vocation culturelle et encyclopédique.

    Voici donc le spoiler du siècle: l’héroïne, c’est l’écrivain, qui n’a adopté cette forme que pour servir le réalisme de son récit, à moins bien sûr que celui-ci ne soit tout simplement vrai…

  3. Laurine

    #3  Laurine   (27 novembre 2007 - 16:58)

    Je trouve difficile de parler d’autobiographie quand l’héroïne d’un récit est pourchassée par Dracula en personne. L’écrivaine a pu s’inspirer de sa propre vie pour créer son personnage, mais je ne vois quand même pas en quoi cela constitue une autobiographie en bonne et due forme.

  4. #4  philippe   (22 février 2008 - 6:47)

    un seul mot “envoutant”
    merci

  5. #5  Benoit   (2 février 2009 - 20:43)

    Paul,Helene,Turgut,Rossi,Stoichev,Barley…etc
    les personnages me manque …hé! oui.
    Note de CENT pour SANG. !!!!

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