Pour qui en a fréquenté quelques-uns, les congrès de science-fiction et de fantastique ont tous quelque chose de rassurant. On y retrouve chaque fois les mêmes types de gens, quand ce ne sont pas carrément les mêmes visages. On habite un petit univers clos: même lorsqu’on sort manger, on le fait en groupe en apportant le vocabulaire, l’attitude et les blagues d’initié propres à ce milieu. À chaque congrès, on se replonge dans cet univers comme si on n’en était jamais sorti.
J’ai donc passé à Con*Cept une fin de semaine agréable et faible en surprises. Une distinction cette fois-ci, tout de même: j’étais panéliste et maître de cérémonies francophone. Je précise la langue car, bien que Con*Cept soit surtout un congrès anglophone, on y trouvait encore cette année un volet francophone (merci à Christian pour son travail de programmation, d’ailleurs). En tant que MC, j’avais le plaisir de travailler de pair avec Larry Stewart, un vétéran du milieu. Stewart est un entertainer naturel; souvent, on lui donne une heure au programme où il improvise librement et se charge de faire mourir de rire son auditoire. Il ne tarit jamais d’anecdotes et d’imitations allant de Scotty au Docteur de Doctor Who (lequel? n’importe lequel, Stewart maîtrise la voix de chacun des acteurs qui ont tenu le rôle). C’est aussi un illustrateur, comme en témoigne son mystérieux cahier à la Léonard de Vinci, bourré d’esquisses et de notes cryptiques. D’instinct, je me suis fait le straight man de notre duo.
Entre autres tâches, nous devions présenter les participants à la mascarade, un événement que j’avais peu fréquenté auparavant. On y retrouvait un jeune Obi-Wan Kenobi fort ressemblant, un très jeune Marty McFly, un Docteur métamorphosé… On y découvrait aussi un lien inattendu entre Dick Cheney et la grippe aviaire. La qualité moyenne des costumes m’a semblé bonne (jugez par vous-mêmes), et j’ai particulièrement apprécié les présentations dramatiques que certains avaient préparé. Il y avait environ vingt-cinq participants en tout, et c’était sans compter tous les autres visiteurs costumés qui hantaient les couloirs sans être inscrits à la compétition. Plusieurs trouvaient le congrès peu fréquenté cette année; ç’eût été pire encore sans ces irréductibles.
Comme Christian le soulignait, un tel congrès attire plusieurs types de visiteurs mus par des intérêts fort différents, et ces sous-groupes se mélangent peu. Le hasard et l’instinct de troupeau ont fait que j’ai moi-même passé beaucoup de temps à discuter avec les fans et auteurs francophones (que je connaissais de Boréal) et à assister aux tables rondes en français. Du côté anglais, j’ai tout de même retenu « Blogs vs. fanzines », où Lloyd Penney soulignait notamment le côté réfléchi des fanzines: ceux-ci permettent de tenir une conversation graduelle, espacée, où l’on pèse ses mots. Par contraste, Christian Sauvé parlait des blog storms où un sujet controversé remue la blogosphère pendant un jour ou deux avant de disparaître, ce qui ne laisse pas le temps pour un second regard. Bref, même à l’ère du blogue, les fanzines restent valables. Leur distribution n’est plus un si grand obstacle quand elle peut se faire électroniquement sur eFanzines – où l’on retrouve aussi des archives PDF de fanzines parus il y a plusieurs décennies.
En français, le panel « L’imaginaire: des genres pour initiés? » abordait un problème souvent constaté et jamais résolu. Elisabeth Vonarburg faisait valoir que toute lecture est une activité d’initié, chaque type de roman ayant ses prérequis. Si la SF en souffre particulièrement, c’est entre autres parce que les oeuvres actuelles s’appuient souvent sur les idées développées dans des oeuvres antérieures. Rene Walling notait que le choc des idées cher aux lecteurs de SF risque de déranger le lecteur moyen qui cherche une lecture confortable. Il reste qu’on peut initier de nouveaux lecteurs avec ruse et patience. Pascale Raud, libraire émérite, expliquait comment elle recommandait aux parents des oeuvres de SF ayant paru dans des collections de « classiques », rassurantes de par leurs couvertures sobres. Peut-être est-ce là la solution: de la SF furtive qui ne déclenche pas les radars ennemis…
C’est au panel sur la SFF asiatique que j’apportais ma mince contribution. J’y ai recommandé quelques-uns des films critiqués ici déjà: Survive Style 5+, Karaoke Terror, A Bittersweet Life, The Great Yokai War… Rene Walling a piqué ma curiosité avec The Book of the Dead, un film japonais animé en stop motion. Comme il n’y a pas que le cinéma, Pascale Raud proposait plusieurs bandes dessinées dont le manga Reset (où un jeu vidéo devient trop réel) ainsi que L’envol et Remember, deux oeuvres chinoises riches en émotion, parues chez Xiao Pan. Nous n’avons pu éviter de parler un peu du cinéma d’horreur asiatique que Hollywood remâche joyeusement depuis quelques années. Si ça vous intéresse, je vous suggère Snowblood Apple, où vous trouverez, en plus des critiques, une récapitulation détaillée de la progéniture de Ringu.
Christian a déjà mentionné la présentation académique de Catherine Bourassa Gaudreault, qui faisait preuve de sérieux sans obscurcir ou alourdir son propos. J’aurais aimé voir certains points approfondis, le simple concept de rêverie était déjà un rappel bienvenu: l’oeuvre continue à vivre pour le lecteur même quand il ne lit pas. J’ai aussi suivi avec grand intérêt l’entrevue avec Elisabeth Vonarburg, Alain Ducharme ayant fait le choix judicieux de concentrer ses questions sur Reine de mémoire plutôt que de faire une entrevue généraliste. Ça m’a permis de mieux apprécier le travail que représente l’écriture d’une uchronie de cette envergure.
Je n’ai pu m’empêcher d’assister à « Ainsi, vous voulez écrire… » où trois pros discutaient du métier d’écrivain dans tout ce qu’il a de sublime et d’ennuyant. C’est le genre de panel qui revient à chaque année. Si je ne m’en lasse pas encore, c’est parce que ma compréhension du métier évolue un peu à chaque année et m’amène de nouvelles questions. Les écrivains n’ont jamais fini d’examiner ce qu’ils font. C’est rassurant de partager ses préoccupations, de voir que ce n’est facile pour personne. Surtout, c’est stimulant: on en ressort énergisé, prêt à balancer encore un tas d’idées sur papier en attendant le prochain congrès.
2 commentaires
Moi aussi je trouve que, même si le thème revient régulièrement, une table-ronde sur le métier d’écrivain est extrêmement motivant. Ça me prendrait un événement littéraire par mois, histoire de tenir mon niveau de motivation au dessus de 90% tout au long de l’année. Peut-être qu’ainsi je réussirais à écrire plus qu’une nouvelle par année. :-)
J’appuie cette idée de la table-ronde mensuelle! ;-)
Maintenant.. des volontaires pour l’animer ?