Con*Cept 2006 – Résumé

Feuilletant à travers mes compte-rendus précédents de congrès, vous constaterez rapidement que j’ai tendance à parler de conventions en termes écologiques: niches, écosystèmes, viabilité et le reste. Il y a de bonnes raisons pour cette métaphore: une convention apte à survivre longtemps sait se spécialiser, que ce soit en termes régionaux ou thématique. J’ai déjà comparé Readercon à Worldcon, par exemple, un duo qui illustre le paradigme des congrès ciblées à un public bien spécialisé vis-à-vis les conventions généralistes qui tentent d’attirer tout le monde à la fois. En termes qui risquent d’être plus familiers aux lecteurs de ce blog, Con*Cept est à Boréal ce que Worldcon est à Readercon.

Con*Cept tente d’être le grand rendez-vous de famille de tous les fandoms montréalais, avec des tentacules jusqu’à Québec d’un côté et Toronto de l’autre. Costumes de Star Wars dans les corridors, exposition d’œuvres d’art, grande salle des marchands dominés par des choses qui ne sont pas des livres, démonstration d’armes, anime et autres étaient au programme. Pour ceux qui savent être fan de SF mais ignorent encore quelle est leur spécialité, Con*Cept est un bon endroit pour intégrer son sous-groupe SF. C’est également une aubaine pour ceux qui ont un pied dans plus d’un fandom différent.

En revanche, ce type de convention demande une masse critique beaucoup plus importante que la convention spécialisée. La SF est une très grosse tente, mais chacun a tendance à s’asseoir à une table spécifique, et le nombre de tables sous la tente peut donner l’impression qu’on est presque isolé au milieu d’une foule. L’environnement fanique montréalais s’est considérablement compliqué depuis quelques années : s’il y a moins de clubs de SF, la métropole a vu l’éclosion de conventions spécialisées telles Otakuthon (anime) et Royalcon (jeux), en plus d’événements relativement bien établis comme Fantasia (média) à un bout du spectre de magnitude, et Boréal (lit.franco) à l’autre. Ajoutez des one-shots prometteurs tels farthingparty (lit.anglo), et Con*Cept peut avoir l’air de danser sur des chaises qui n’arrêtent pas de bouger.

Malheureusement, le résultat soulève une question : est-ce qu’il y a suffisamment de gens près de Montréal pour former la masse critique nécessaire à une convention généraliste? Il ne faudrait pas généraliser à partir d’un ensemble d’événements spécialisés, mais il y avait somme toute assez peu de gens aux tables rondes francophone de Con*Cept (habituellement le double du nombre de panélistes) et l’impression était souvent «Hourra, on se retrouve entre copains –mais il en manque, et qui sont ces gens à l’extérieur?» Les buts des diverses communautés à habiter Con*Cept sont parfois orthogonaux au point de l’incompréhension («Pourquoi voudrais-je entendre parler un acteur?» «Pourquoi prendre la peine de se costumer?» «Pourquoi s’ennuyer à lire un livre?») et les clivages sont beaucoup bien plus difficiles à briser que prévus. On a tout de même vu plusieurs fans bilingues venir à une ou deux tables rondes en français (et vice-versa), ce qui n’est pas trop mal.

Photo: Entrevue avec Elisabeth Vonarburg
Alain Ducharme et Elisabeth Vonarburg s’interrogent

Ayant été tangentiellement associé à l’organisation du congrès (et particulièrement à la programmation francophone), je suis un peu mal placé pour prétendre voir de congrès de façon parfaitement objective. Je me limiterai donc à reformuler la même idée, appliquée tout autant à l’organisation qu’à la fréquentation: On peut avoir les personnes les plus gentilles et les plus compétentes sur place, tout commence à avoir l’air un peu moins intéressant sans un nombre suffisant de gens. Quelqu’un me faisait remarquer que, contre toutes attentes, Boréal avait tout simplement l’air plus occupé que Con*Cept: Moins éparpillé, groupe plus cohésif, esprit de camaraderie plus évident… sans compter que Boréal a maintenant une moyenne d’âge généralement plus jeune que Con*Cept! (Oui, Con*Cept a des bambins et pas Boréal, mais Boréal compte nettement plus de gens dans leur vingtaine.)

Photo: Inscription a Con*Cept 2006
Aperçu de la foule à l’inscription

Mais bon: trêve de récriminations quand le congrès s’est somme toute avéré une occasion de discuter de sujets favoris, rencontrer de nouvelles personnes et renouer des discussions avec de vieilles connaissances. Si vous avez lu le programme, vous savez d’emblée qui était sur place: Vonarburg, Trudel, Meynard, Senécal, Beaulieu, Gauthier, etc… sans compter des présences remarquées de quelques personnes plus rarement vues à des événements du genre.

Table ronde: peut-on encore choquer?
Patrick Senécal, Élisabeth Vonarburg, Yves Meynard et Éric S. Boisvert se posent la question «Peut-on encore choquer?»

Les discussion n’avaient rien de particulièrement originales, mais il n’y a pas de quoi faire la révolution quand on cherche une excuse pour simplement parler de quelque chose qui nous intéresse. Si Con*Cept 2006 a bien prouvé une chose, c’est qu’il suffit de mettre un fan à côté d’un autre pour qu’une bonne discussion s’enchaîne.

En ce qui concerne les activités que j’animait, ça a été de la foule (La «discussion par la bande annonce» a facilement récolté une salle pleine) jusqu’au vide (Faute de néophytes, «Conventions 101» a fini par tourner en table ronde par et pour cinq fans experts.) J’ai pris un plaisir particulier à animer «fanzines vs blogs» en compagnie de Lloyd Penney et Lance Sibley, deux autres fans torontois que j’avais croisé à Los Angeles durant L.A.Con IV. Je crois m’être généralement bien tiré d’affaire en matière de modération (à part deux ou trois maladresses), ce qui augure bien pour mes recommandations en la matière.

En ce qui concerne les nouvelles personnes rencontrées à Con*Cept, c’est du tout bon: Les «quatre gars» d’Arion Anticipation (Steven Goulet, Gautier Langevin, Maxime Desruisseaux et Guillaume Fournier) ont fait une bonne impression (leur lancement était particulièrement intéressant, et ils se débrouillent bien en tables rondes): j’espère qu’ils viendront faire un tour à Boréal pour faire connaissance avec le reste de la famillia. Autre bonne rencontre: Éric S. Boisvert, éditeur de Contamination Magazine (j’en reparlerai séparément) et cinéphile exemplaire. Catherine Bourassa Gaudreault n’est pas tout à fait inconnue (elle était à Boréal l’an dernier), mais sa présentation sur la rêverie et la SFQ des années 80 se retrouvera sûrement au programme de Boréal 2007. Finalement, j’ai finalement eu la chance de discuter à peu près trente secondes avec la charmante Mîreldar, ce qui n’était pas assez mais mieux que les congrès précédents.

En tant qu’apprenti Secret Master Of Fandom, j’ai également eu la chance de discuter de choses et d’autres avec diverses personnes. Je garderai la teneur exacte des discussions et des personnages concernés tout à fait confidentiels pour avoir l’air injustement mystérieux, mais disons qu’il se passera de choses intéressantes autour de Montréal d’ici 2009. Plusieurs projets qui devraient faire plaisir aux lecteurs de ce blog ont été mentionnés (parfois avec des éclats de rire), mais restons vague en attendant des plans plus solides…

Photo: Eric Gauthier et Larry Stewart en discussion
Maîtres de cérémonie: Eric Gauthier et Larry Stewart complotent leur cérémonie d’ouverture

Bref, une fois bien mélangée rencontres, conspirations, discussions et l’air de carnaval de Con*Cept, c’était une bien bonne fin de semaine. Pour les intéressés, la prochaine grande convention régionale sera Ad Astra, à Toronto du 2 au 4 mars prochain. Si vous voulez voir une convention généraliste plein service…

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6 Commentaires

  1. Joel Champetier

    C’est pareil, je suis désolé d’avoir manqué ça pour des raisons aussi futiles que la nécessité d’écrire et le manque d’argent… Beuh…

  2. Excellent compte rendu. Merci :) Je n’ai pu être là que le vendredi soir, mais on se reverra avec plaisir au Congrès Boréal.

  3. Merci beaucoup pour les commentaires positifs Christian. Ça nous fera plaisir de te revoir à Boréal!

  4. Daniel Sernine

    J’ai toujours trouvé que les noms de conventions anglophones qui intègrent la syllabe «con» offraient aux francophones de belles occasions de calembours, sinon de sarcasme (ci-haut, «Royalcon»), mais j’avoue que Farthing Party, dans la bouche de quelqu’un qui maîtrise mal l’art du «th», emporte la palme du choix douteux… :o)

  5. Catherine B. Gaudreault

    Ce fut un plaisir de vous rencontrer, tous, à Con’Cept. Au plaisir de vous revoir à Boréal.
    Je pense déjà à une version « revue et corrigée » pour ma présentation ;o)

  6. Malheureusement pour moi, le ConCept 2006 était en même temps que le Salon du Livre de l’Estrie. Mais il semblerait que le volet francophone du congrès s’améliore d’année en année. On se voit au Boréal.

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