L.A.Con IV: Quatrième journée

Illustration: Prix Hugo 2006Peu importe l’endroit, peu importe le nombre de participants, la « grande » journée d’un congrès de science-fiction est toujours le samedi. Tout le monde est sur place; le congrès est déjà en marche; la journée est chargée du matin jusqu’au soir. Les visiteurs qui ne peuvent se présenter qu’une seule journée savent que c’est le samedi qui compte, et la programmation est habituellement ajustée en conséquence. Le samedi 26 août 2006 a donc été la journée marquante de L.A.Con IV pour au moins deux raisons : Harlan Ellison et les Prix Hugo, pris séparément… ou ensemble.

Le samedi était déjà le lendemain de la veille, les choses ont commencé de manière prometteuse: On a officiellement annoncé les résultats de la sélection du site de Worldcon 2008, avec Denver remportant de justesse l’honneur par 12 votes de plus que Chicago (et Colombus City en troisième place). (La victoire de Denver a peut-être une explication intéressante, surtout pour ce que ça implique pour Montréal 2009) (Et si ça intéresse quelqu’un, voici une variété de sentiments faniques au sujet de la victoire de Denver sur Chicago) Si la table de vente d’inscriptions pour Denver était bondée, personne n’avait le coeur d’être présent derrière la table de Chicago, qui avait l’air de ceci…

Photo: Table Chicago 2008, vide
Au revoir, Chicago.

(Une note sur les prochains Worldcons, partiellement adaptée des impressions du SMOF Tom Veal et la page officielle des propositions: Worldcon se déroulera à Yokohama l’an prochain et à Denver en 2008. C’est après que la compétition recommence: 2009 se dessine présentement comme un affrontement entre Kansas City et Montréal. Si notre préférence pour Montréal est évidente, Kansas City semble toujours mener la course (mais c’est aussi ce que l’on disait de Chicago…) 2010 semble être la chasse gardée de Melbourne/Australie, et si les choses pourraient encore changer d’ici un an ou deux, personne ne semble vouloir parier contre les australiens. 2011 a souvent été désigné comme l’année de Washington DC, mais il semblerait y avoir des retards dans la construction du centre des congrès nécessaire à une Worldcon: Seattle est depuis entré dans la course, mais il reste encore beaucoup de temps avant le vote. À ce moment-ci, tout est encore ouvert pour 2012, à moins que Washington DC ne vise ce créneau. Des rumeurs planent au sujet d’une convention texanne.)

Deuxième caractéristique du samedi: C’est le lendemain de la mascarade, ce qui veut dire que les costumes dévoilés la soirée précédente sont souvent aperçus ici et là à la convention. Rassurez-vous : je vous ferai grâce des furries dans les corridors.

Photo: Marionettes
D’autres visiteurs étranges

Le samedi étant la journée où le plus de gens sont présents, L.A.Con IV ne s’est pas retenu pour présenter des « mega-panels » avec des invités de marque. Je retiendrai particulièrement la table-ronde bondée au sujet du réchauffement global, mené par les sommités Greg Benford (un fan des solutions technologiques de libre marché : il a un plan relativement peu dispendieux qui pourrait peut-être contrecarrer le réchauffement global en moins de cinq ans) et Kim Stanley Robinson (qui perçoit le réchauffement global comme un problème politique). Entendre ces deux intellectuels aborder le problème de façon fondamentalement différentes (l’un capitalisto-scientifique, l’autre social-humaniste) était tout simplement spectaculaire, surtout quand ils se sont servi de l’occasion pour avancer leur propres théories sur manière de changer les choses. (Je me suis souvent retrouvé à être d’accord avec Robinson, pour qui la politique n’est pas un sale mot et qui perçoit la science comme une éthique et une méthode pour bien communiquer avec les autres: Robinson est sans doute un des non-scientifiques qui comprends le mieux la nature précise de la science.) Un tel sujet n’est pas sans entraîner sa part de controverse, mais à l’exception d’un sceptique dans l’audience qui voulait prendre toute la place, l’essentiel de la controverse a pris la forme d’un questionnement collectif demandant comment changer les choses. Chose certaine, cette discussion est sortie des stricts gonds de « la science-fiction » pour s’attaquer à un enjeu bien réel, avec des idées concrètes applicables dès la fin de la discussion. Et, bon sang, Kim Stanley Robinson est un trésor international : « All is connected: You can reverse global warming by educating women around the world. »

Photo: Foule dans les corridors
Un aperçu de la foule entre les événements du samedi à L.A.Con IV

Même les tables rondes « ordinaires » semblaient un peu plus animées que d’habitude en ce samedi, comme ce fut le cas avec « Pourquoi suis-je un fana de la SF? ». Malgré une énoncé bien positif, la table ronde a plutôt dévié sur comment on peut passer des année « dans la nature » sans aucun contact avec la SF, puis (via John Hertz) sur les particularités de la communauté SF. John Barnes s’est avéré particulièrement perspicace avec des commentaires sur sa propre perception du fandom comme un groupe d’intérêt comme les autres. Après des années loin du fandom (L.A.Con IV était sa première convention depuis sept ans), il a une perspective beaucoup plus rationnelle sur la SF que plusieurs des fans qui sont resté dans la marmite depuis leur enfance : Je voulais me lever et applaudir quand il a souligné que chaque groupe spécialisé pense être meilleur que les autres dans certains domaines particuliers, et que le fandom SF est loin d’être unique à cet égard.

Photo: Panel - Why are we wild about SF?
“Wild and Crazy (about SF)” guys: Eric M. Van, John Hertz, James Patrick Kelly, Stephen Leigh et John Barnes

Mais si tout cela est très bien par les standards d’une convention normale, ceci était une Worldcon. Les Grands Événements restaient encore à venir. C’est pourquoi, vers une heure moins cinq, la plus grande salle de réunion disponible à L.A. Con était déjà bondée de gens venus passer « une heure avec Harlan Ellison ».

Photo: Foule attendant Ellison
Ellison! Ellison! Ellison! ~1,500 places bien remplies.

Ici n’est pas l’endroit pour discuter de qui est Ellison l’auteur, mais disons qu’Ellison l’homme a une réputation complexe, à la fois admirable et répréhensible. Raconteur extraordinaire doté d’une méchanceté parfois intolérable, d’une culture admirable et d’une impulsion d’offusquer sans distinction, Ellison est à la fois un enfant terrible et un patriarche grincheux. L.A.Con IV savait qu’il n’était pas nécessaire de faire plus que de lui donner une heure à l’horaire pour attirer les masses. De par mes lectures et ma connaissance du milieu de la SF, je savais pertinemment bien qu’Ellison était un personnage… mais ce n’est pas la même chose que de le voir en action, bondissant dans la foule, utilisant des grossièretés sans l’ombre d’une hésitation, houspillant des membres de l’audience pour les moindres raisons. Ellison donne un show par-dessus tout, et même sa réputation de narrateur peu fiable ne fait rien pour diminuer le plaisir considérable de l’entendre décrire sa vendetta contre un éditeur qui avait brisé les termes de son contrat, vendetta qui s’est éventuellement soldée par l’envoi d’un petit mammifère en voie de décomposition chez l’éditeur en question. (Grâce à la bonté infinie de Kick Kleffel, qui produit les meilleurs podcasts SF qu’il m’ait été donné d’entendre, vous pouvez accéder à une copie audio de l’heure Ellison. Également à cet URL : un podcast « Spécial Worldcon 2006 »)

Photo: Ellison en pleine action
Une camera pointée à la tête d’Ellison, et des milliers de fans pour l’encourager. Qu’est-ce qui peut bien mal tourner…?

Une heure avec Ellison est comme une heure avec un stand-up particulièrement agressif, qui n’hésite pas à se retourner contre une audience qui en redemande. L’heure m’a exténué, oscillant entre deux convictions pas nécessairement opposées: De un, je me sent privilégié d’avoir été dans la même pièce qu’Ellison au moins une fois. De deux, je suis terrifié par le personnage et ne voudrait jamais, jamais me retrouver en sa compagnie sans une foule de personne entre lui et moi. Les événements subséquents de la journée n’allaient certainement pas démentir cette impression initiale.

Mes notes pour le reste de la journée me rapellent une série de bandes annonces (mais sans la « discussion » attenante typique aux congrès Boréal), une table ronde fascinante sur la hard-SF (mais difficile à résumer en quelques phrases, à part cette perle du notable quotable John Barnes : « We’re supposed to be writing The Cold Equations, not the story where they land the ship, save the girl and find out how to make more medecine on the way. »), un détour à la salle des marchants, plusieurs discussions avec des gens tels John Mansfield, Karl Johanssen, Isaac Szpindel (à qui j’ai expliqué les implications du Geek Hierarchy), Cathy Palmer-Lister, Yvonne et Lloyd Penney ainsi que Eric M. Van. La quatrième journée d’une convention, samedi ou pas, commence toujours à provoquer un amas de fatigue, mais la qualité des événements et des rencontres compensait amplement pour la lassitude grandissante.

Mais le top du top restait à venir : Les Prix Hugo 2006! L’épicentre du monde de la SF! Les Oscars de l’industrie! Le fier héritage de plus de cinquante ans de tradition fanique! L’opportunité de chialer en direct sur les résultats! Ayant eu la bonne chance de pouvoir m’asseoir à côté de fans canadiens stratégiquement pré-positionnés près de la scène principale (directement en arrière des places réservées, en fait), il ne restait plus qu’à attendre les noms des récipiendaires, et le shtick bien habile de Connie Willis comme maîtresse des cérémonies. Le rapport de cérémonie suivant sera entrecoupé de commentaires sur les résultats numériques du vote.

Photo: Foule attendant les Hugos
À quelques minutes de la cérémonie : des centaines de fans s’attendant à être déçus.

(Une note sur les photos suivantes, toutes pires que mes standards déjà peu élevés : malgré mon positionnement avantageux et la disponibilité d’énormes écrans de rediffusion, les limites de mon appareil ont fait en sorte qu’il a été extrêmement difficile de prendre des photos acceptables des événements, et ce malgré des ajustements quasi-constants durant la cérémonie. Toutes les images ont été abondamment post-traitées pour rehausser la luminosité, avec des artefacts inévitables. Vous pouvez vous rassurer en vous disant qu’il s’agit d’images exclusives à Fractale Framboise, d’autant plus qu’elles ne seront jamais réutilisées ailleurs en cet état.)

La cérémonie s’est bien amorcée par une introduction humoristique où Robert Silverberg, prétendant s’appeler Connie Willis, a tenté de prendre contrôle de cérémonie avant de se faire découvrir et chasser de la scène par la véritable Connie Willis flanquée de deux cadets de l’espace. (Nettement plus drôle si vous y étiez, et si vous aviez assisté au setup du gag durant la cérémonie d’ouverture de la convention.)

Photo: Silverberg se faisant regarder mechamment par Willis
Monsieur Silverberg! Où pensez-vous être?

Fidèlement à la tradition, une série de récompenses a été décernée avant la remise des Prix Hugo. Dans l’ordre…

Big Heart Award: Forrest J. Ackerman. (Le prix sera également renommé pour porter le nom d’Ackerman)

First Fandom Hall of Fame Award: Joe Hensley

Seiun Award: Greg Egan (Diaspora) et Ken MacLeod (« The Human Front »).

Photo: Presentation des prix Seiun
Prix Seiun: Sean McMullen accepte pour Greg Egan, alors que Patrick Neilsen Hayden, en retrait, est là pour Ken MacLeod. Admirez la jolie « Robo-Maid », au centre, mais abandonnez vos préconceptions sur le cosplay: la fan japonaise jouant le rôle a un doctorat en biologie moléculaire.

Puis ce fut le temps de remettre le Prix John W. Cambell (not a Hugo) pour le meilleur nouvel écrivain de l’année. Comme l’avaient prédit plusieurs, le prix est allé directement à John Scalzi, qui a accepté fort gracieusement en suggérant à l’audience d’aller se procurer des copies des livres de tous ceux qui étaient en lice pour le prix. Une étude des résultats du vote indique que Scalzi a aisément mené dans cette catégorie.

Prix: John Scalzi acceptant le Prix Campbell
John Scalzi. Le diadème qu’il porte est une nouvelle tradition Cambell inaugurée par Élizabeth Bear, vraisemblablement inspirée de la tiare du prix Tiptree.

L’esprit de la cérémonie étant ainsi bien annoncé, on a pu procéder aux véritables Prix Hugos.

Best Fan Artist: Frank Wu. Étant assis à peu près directement entre Wu (à l’avant) et deux de ses grands amis (à l’arrière), j’ai eu droit à un long « Wuuuu! Wuuuu! Wuuuu! » à l’annonce du gagnant, en plus d’entendre « Yes! I’ll be sharing a room with a Hugo Award tonight! » Wu n’était pas nécessairement mon premier choix, mais je n’ai pas vraiment rien à redire pour cette catégorie.

Best Fan Writer: David Langford. Traditionnel. Langford est effectivement le meilleur fanécrivain de sa génération (et des générations subséquentes), mais il serait peut-être temps de passer le flambeau à quelqu’un d’autre. À noter: Cheryl Morgan a fini très proche deuxième, à seulement 8 votes (!!!) de Langford.

Photo: Anagramme de Connie Willis
Les blagues anagramiques sont un vice particulier du fandom SF.

Best Fanzine: Plotka. Là aussi, rien à redire.

Best semiprozine: Locus, bien sûr, et ce malgré une deuxième place fort encourageante (à 44 votes derrière) pour le New York Review of Science Fiction.

Prix: Equipe Locus
L’équipe de Locus, à commencer par Charles N. Brown (au podium)

Best Professional Artist: Donato Giancola, avec une confortable avance sur Michael Whelan. Hourra!

Mais une des grandes et bonnes surprises de la soirée a eu lieu dans la catégorie Best Editor, où David G. Hartwell a remporté un Hugo après pas moins de 30 nominations sans victoires. Il était temps!

Photo: David G. Hartwell
David G. Hartwell. Contrairement à ce que vous pourriez penser, les couleurs sont relativement fidèles à la réalité.

Ceci fut suivi par la présentation d’un prix spécial décerné à Betty Ballantine pour l’ensemble de sa carrière (ce qui, dans ce cas-ci, est de reconnaître son importance dans la création du mass-market paperback, la publication de la première édition américaine autorisée de Lord of the Rings, ainsi que la création des éditions Ballantine Books et Del Rey.)

Best Dramatic Presentation – Short Form: Doctor Who: “The Empty Child” and “The Doctor Dances”. Je n’ai toujours aucune opinion sur cette catégorie.

Best Dramatic Presentation – Long Form: Serenity. Une des surprises les plus plaisantes de la soirée n’a pas été la victoire écrasante de SERENITY sur toutes les autres œuvres en nomination, mais le fait que le mot de remerciement de Joss Whedon a été lu par nulle autre que la resplendissante Morena Baccarin (« Inara »). L’enregistrement du moment est disponible sur YouTube, mais j’ai deux photos exclusives pour vous :

Photo: Morena Baccarin au podium
Baccarin lisant Whedon: “When I think back of the horrible pain of working with that cast of homely neurotic divas, it all seems worth it.”

Photo: Morena Baccarin riant
Parce que vous avez été gentil de lire jusqu’ici: Une autre photo de Morena Baccarin, celle-ci vous permettant d’admirer sa dentition parfaite.

Best Related Book: Storyteller, de Kate Wilhelm. À me procurer d’urgence…

Puis les choses se sont corsées avec l’arrivée en scène de Harlan Ellison pour la présentation du prix Best Short Story. Typiquement pour Ellison (voir plus haut), il s’est démené du mieux qu’il pouvait pour offenser son audience (notablement en les traitants d’ingrats pour ne pas avoir suffisamment applaudi Betty Ballantine, et en traitant Virginia Heinlein de chienne, ou, plus précisément, « mord moi, chienne ») mais sans grand succès : les audiences cyniques et blasées des année 2000s peuvent apprécier l’Ellison Show sur une base purement ironique. (Voir Google Video pour la réaction hilare de la foule.) L’honneur a finalement été décerné à David Levine pour « Tk’tk’tk », un choix convenable avec le mérite de ne pas être ni mon favori (« The Clockwork Atom Bomb », Dominic Green), ni le gagnant pressenti (« Singing My Sister Down », Margo Lanaghan). (En revanche, une étude des chiffres de vote montre que Green a fini en bonne deuxième place, avec un vote très partagé pour ou contre Lanaghan.)

Mais c’est ce qui a suivi qui restera sans doute (malheureusement) ce que tout le monde retiendra de L.A.Con IV. « Ce qui s’est passé est ceci », pour citer Willis: On avait prévu remettre un prix spécial à Ellison pour ses 50 ans de carrière, ce qui demandait donc de le retenir sur scène pendant que Connie Willis allait lui remettre le prix. Mais même la présence d’un marteau et d’un rouleau de duct tape sur le podium n’a rien fait pour prévenir Ellison de se comporter en parfait goujat. Peu content d’agir comme un enfant gâté et de téter le microphone…

Photo: Harlan Ellison tetant un microphone
Eeew.

…Ellison a profité du moment pour empoigner la poitrine de Willis. En ce qui me concerne, j’ai le déshonneur (comme Mark R. Kelly) de n’avoir rien vu de mes propres yeux : j’étais occupé à biduler avec ma caméra pour vérifié la photo ci-haut quand j’ai senti un abrupt revirement dans l’état émotionnel de la foule autour de moi: Les murmures de confirmation ont vite tâché de combler ce que je n’avais pas vu. Je me souviens avoir maugréé, à ce moment, sur comment Ellison -même à une époque où les foules sont imperturbables- avait finalement trouvé le dénominateur commun pour offusquer: S’il est impossible d’affliger une audience avec des mots, l’assaut physique est encore fort efficace.

Le triste épisode est disponible sur Google Video, où vous comprendrez peut-être comment certaines personnes n’ont originalement rien remarqué. Je voudrais souligner que « Gropegate », qui semble avoir dominé toutes les discussions Internet de L.A.Con IV jusqu’ici, n’a pas eu un impact particulièrement important sur la convention elle-même. La cérémonie a continué de se dérouler sans un blip, grâce au professionnalisme admirable de Connie Willis. À part des pointes bien senties de Willis la journée suivante qui, devant deux audiences différentes, a suggéré aux gens de « signer la pétition demandant à Harlan Ellison de garder ses [beep] de mains loin de ma poitrine », je n’ai pratiquement rien entendu à ce sujet à la convention elle-même. Ce n’est qu’à mon retour à la maison, plusieurs jours plus tard, que j’ai constaté la fureur blogosphérienne à ce sujet. (Pour en savoir plus, commencez au LiveJournal de Patrick Nielsen Hayden, puis suivez les liens. Lire particulièrement le rapport de Laurie Mann en deux parties pour un aperçu des événements de l’autre côté de la scène.)

Je reste très partagé sur la question. De un, j’espère que mon résumé ci-haut rend parfaitement clair le fait que le schtick d’Ellison est d’offusquer « les âmes sensibles ». D’avouer sa réussite ne fait pas vraiment plaisir. Mais d’un autre côté, ce qu’il est fait n’est pas excusable. Il a dit que L.A.Con IV sera sa dernière convention et j’espère que même s’il change d’avis, les organisateurs de congrès SF se souviendront de cet incident disgracieux. On me dit que l’incident a été abondamment discuté sur la liste SMOF: des conséquences sont peut-être à prévoir.

Photo: Harlan Ellison quittant le podium
Commentaire éditorial instantané

En revanche, je déplore l’emballement collectif de la blogosphère sur cet incident, et l’enthousiasme avec laquelle personnes ont pris ceci en pâture pour leur cheval de bataille favori. Souvent, les commentaires les moins utiles sont venus de gens qui n’étaient pas à la convention, et qui ne faisaient que lire des rapports de deuxième et troisième main. À en lire certain/e/s, c’est l’audience réunie aux Prix Hugo qui est devenue co-agresseur acquiescent et il devrait y avoir des barbecues d’œuvres d’Ellison, si pas simplement un contrat sur sa tête. Wô.

Mais d’un autre côté, la modération excuse partiellement le geste… d’où mes sentiments toujours aussi partagés sur la question. De plus, je ne peux nier que les « excuses » d’Ellison ne font qu’empirer les choses et retirer toute sympathie latente qui peut bien avoir survécue jusqu’ici. Le débat, jusqu’à un certain point, est devenu le scandale. (Des heures de lecture) Mais, à regarder les choses d’encore un autre angle, il est tout à fait approprié que ceci soit devenu un authentique scandale plutôt que d’avoir été balayé sous le tapis de « Eh, Ellison. » Passons à autre chose, d’accord?

Par exemple, au récipiendaire du prix pour Best Novelette, Peter S. Beagle pour « Two Hearts », certainement pas mon choix dans cette catégorie, mais un espèce de prix commémoratif pour l’ensemble de sa carrière. Pas si loin derrière, en deuxième place : « I, Robot » de Cory Doctorow.

Le prix Best Novella a été décerné, sans grande surprise, à Connie Willis pour « Inside Job ». Peut-être pas mon choix ou le votre, mais un compromis acceptable, et une occasion immanquable de récompenser Willis devant ses fans. A noter que « Magic for Beginner » de Kelly Link a terminé en bonne deuxième place, à peine trente-deux votes derrière.

Ceci ne laissant qu’une catégorie, mais certainement pas la moindre. Ce n’est pas un secret que considère Accelerando de Charles Stross comme étant le grand roman SF de la décennie jusqu’ici, mais cela ne diminue en rien mon plaisir complet à voir le torontois Robert Charles Wilson ramener le Grand Prix prix à la maison pour Spin, un excellent roman de SF (finalement, après des années de mauvaise SF ou de fantasy) qui méritait amplement l’honneur.

Vaut-il la peine de souligner que Wilson sera à Montréal les 13-15 octobre prochain pour Con-Cept? Étant assis à côté de l’organisatrice Cathy Palmer-Lister, je me suis retourné vers elle pour lui serrer la main : « Congratulations : You just got a Hugo Winner. Well done. »

Photo: Robert Charles Wilson
Robert Charles Wilson, un peu gêné par tant d’attention.

Il ne restait plus grand-chose à dire après tant d’honneurs. Les gagnants se sont réunis sur scène pour des photos d’usage…

Photo: Gagnants Hugo 2006
Au sommet de la SF contemporaine : Les gagnants Hugo 2006.

…puis ce fut la ruée vers les partys. Je suis brièvement passé à celui d’Anticipation 2009 pour annoncer les nouvelles des Prix Hugo, mais suis rapidement reparti à ma chambre d’hôtel quand le nombre de personnes dans la suite d’hôtel a dépassé la superficie de la suite en mètres carrés. (Je ne suis manifestement pas un gars que vous voulez inviter à votre party.)

Photo: Party Anticipation 2009
Sombres, bondés et inquiétants: Tous les partys de fin de soirée.

Après tant d’émotions, qu’allait réserver la dernière journée de L.A.Con IV?

# Les commentaires sont fermés.

5 Commentaires

  1. Merci pour ce reportage qui me laisse quelque peu envieux. Aussi désagréable puisse-t-il être, j’aurais bien aimé avoir vu Ellison une fois en personne, et qui sait quand la prochaine occasion se présentera? Une question, tiens: je sais qu’il a toujours suscité la controverse, mais a-t-il toujours été aussi insupportable, ou est-ce que l’âge y est pour quelque chose? (Avais-je mentionné sa brève confrontation avec les auteurs de Penny Arcade? L’anecdote elle-même arrive à mi-page environ (« The Story »).)

    Je lève mon chapeau aux responsables de l’audiovisuel pour leurs commentaires à l’improviste. Est-ce courant qu’on observe un tel apropos? Je me rappelle une autre cérémonie Hugo où, à quelques reprises, l’écran annonçant le gagnant était affiché trop tôt et volait ainsi le punch du présentateur.

  2. Pierre

    – je constate qu’une fois de plus Greg Egan m’échappe. Je tente de l’appréhender par divers supports, mais il a une consistance gazeuse que ne parviens pas à fixer. Cette fois encore, il se fait porter pâle pour être remplacé par Sean McMullen. Je lis de-ci, de-là, qu’il serait en fait un collectif de scientifiques australiens. Vrai ? Faux ?

    – Harlan Ellison est un phénomène ; je n’étais pas présent, alors, forcément, je ne vais pas prendre partie pour ou contre son geste (et puis en fait je m’en fiche !). Mais je propose aux lecteurs interessés par le sujet cet article sur la provoc’ paru il y a peu en France dans Télérama : http://forums.telerama.fr/forums/M0608071635261.html

    Merci pour ce reportage fleuve, c’est génial de le vivre, c’est sympathique de le partager ainsi.

  3. Je me souviens de deux passages d’Ellison à Readercon. La première fois, il avait fait une entrée théâtrale un soir, canne à la main, en complet rayé et en chapeau, façon capo di tutti capi de la mafia. (Ma mémoire embellit peut-être un peu, mais pas trop.) Canne à la main, suivi d’un cortège de badauds, il remonte le couloir principal en affirmant haut et fort qu’il cherche Gregory Feeley pour le bastonner. Comme celui-ci s’était évaporé, Ellison tourne les talons et repart.

    L’année suivante, il était l’invité d’honneur et il a fait son numéro un soir. Il occupait toute la scène (qu’il partageait avec un fauteuil qui n’en menait pas large ; on voyait les fleurs de la tapisserie pâlir). Je me tenais tout près de la sortie, si ce n’est que pour échapper aux postillons et aux risques de contamination hydrophobique. Ce fut fascinant, mais je n’en ai pas retenu grand-chose. (Entre autres, il avait longuement parlé de l’anecdote du « little fuck », mais ne me demandez pas les détails, c’était il y a quelques années déjà…)

    Christian décrit très bien la chose, encore que je n’emploierais jamais le mot de patriarche pour parler d’Ellison. Malgré ses cheveux blancs et sa bedaine d’origine récente, il est resté un punk comme ceux qu’il côtoyait à une époque qu’il évoque dans certains de ses écrits.

    A-t-il toujours été ainsi? A en juger par ce qu’il livre de lui-même dans Dangerous Visions, j’aurais tendance à dire que non. En tout cas, il s’est excusé… en quelque sorte.
    tendance à dire que non.

  4. Joel Champetier

    J’étais présent en compagnie de Jean-Louis Trudel les deux fois à Readercon, et je confirme l’essentiel de ses souvenirs. Je ne me rappelle pas que la première fois il portait un habit rayé, mais je me souviens que l’apparition en plein Readercon (personne ne savait qu’il serait là) avait et fait jaser.

    Pour ce qui est de son numéro au Readercon suivant, où il était invité d’honneur, j’en garde un souvenir mitigé. Au début, ses anecdotes et son énergie m’ont amusé, puis son incapacité à comprendre que les meilleures choses ont une fin et qu’il faut dire merci et abandonner le micro m’ont fait éprouver un peu de pitié pour ce vieux monsieur acrimonieux.

    Une anecdote plus ancienne, tiens. A Noreascon 2, en 1980, un des gars de la revue de SFQ _Pour ta belle gueule d’Ahuri_ lui a offert un exemplaire de leur revue… qu’Ellison a jeté dans la première poubelle venue (ou peut-être même sur le plancher, tout simplement)!

  5. Benoit

    Joël, si je me souviens bien, c’était Maher, qui en a bien ri par la suite. Pour ma part, j’ai perdu quelques moments de cette unique présence à un Worldcon, et les 2 moments les plus vifs qui me reviennent sont la ballade des parties du samedi soir avec notre caisse de grosses Molson (un hit sur 2 étages, surtout qu’à un endroit, la compétition consistait en un bain rempli de « Icecastle’s », et l’autre est ce petit 2 minutes dans un ascenseur presque vide, debout à côté de l’une de mes premières idoles: Harlan Ellison!

    Ces 2 minutes n’ont pas bouleversé ma vie, mais elles furent suffisamment intenses pour comprendre à quel point l’individu est à l’image de son oeuvre: à la fois grandiose et… minable. À cette période, il expliquait toujours à qui voulait bien l’entendre (et pas nécessairement l’écouter) comment il avait dû se battre pour survivre et pour gravir les échelons de la réussite. Malheureusement, il était déjà évident qu’il lui était impossible de s’arrêter parce que c’est la seule façon d’agir qu’il connaisse. Ce que je me souviens de cette rencontre?

    Je préfère oublier le minable et me souvenir du génial « I Have No Mouth And I Must Scream ». Un génie peu raffiné, mais génie tout de même.

    Pour les amateurs de trivialité, sachez que notre 1re nuit à Boston, nous étions 13 dans notre suite.

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