L.A.Con IV: Cinquième journée

Si la science-fiction est tellement fascinée par les scénarios post-apocalyptiques, c’est peut-être parce que les auteurs de SF sont familiers avec les dernières journées de conventions. Les partys sont terminés mais les mal de têtes demeurent; une fraction importante des fans est retournée à la maison ou prépare son départ; les dépliants gratuits commencent à traîner un peu partout sans trouver preneur; les chaises dans les salles sont disposées un peu n’importe comment; la fatigue règne et tout le monde est particulièrement conscient que tout tire à sa fin.

Le début de ma dernière journée à L.A.Con IV a été marqué par un petit périple autour d’Anaheim/Garden Grove (pour me changer les idées et voir la « Crystal Cathedral » d’un peu plus près), puis d’un long détour à la salle des marchants pour finaliser mes achats de la convention. Dommage total: une douzaine de livres difficiles à obtenir au Canada (dont quatre de la maison Pyr), deux abonnements (à Locus et Neo-Opsis) et quelques rencontres fortuites avec des connaissances.

Photo: Salle des marchands
Un dernier bruit d’aspirateur visant le porte-monnaie


En faisant mon chemin à travers la concourse pour me rendre à la prochaine table ronde, j’ai remarqué Robert Charles Wilson assis seul à une table, son magnifique Hugo placé devant lui. J’ai osé le féliciter (en vitesse, puisqu’il attendait vraisemblablement quelqu’un) et lui ai assuré que Con*Cept était tout à fait enthousiaste au sujet de sa victoire. (Mais comme un imbécile, j’ai oublié de le prendre en photo, ou bien de toucher à son Prix Hugo.) En passant, j’ai appris que, via John Scalzi, il avait connaissance de mon infâme essai satirique « Hugomania » : Pour ceux qui tiennent compte à la maison, cela fait de Wilson le quatrième (et dernier) des auteurs discutés à avoir lu au moins une partie du texte en traduction. Et vous qui pensiez que vous étiez le seul à profiter de Fractale Framboise…

La seule véritable table ronde à laquelle j’ai assisté en cette cinquième journée de L.A.Con IV fut « À la défense de la littérature d’évasion », avec Brandon Sanderson, Stephen Eley et l’ineffable Lou Anders. Une thèse, trois points de vue: Sanderson (nouvel auteur, Elantris et Mistborn) a connu sa part de démêlés avec les autorités littéraires, finissant par triompher non seulement en connaissant un bon succès commercial, mais en écrivant mieux que ses collègues mondains. Eley, en sa capacité d’éditeur du podcast Escape Pod, en avait plus à dire sur les attentes de ceux qui veulent entendre des histoires en allant au bureau : De l’action, pardi, pas de la méditation! Lou Anders, déjà bien connu pour le type de SF franche qu’il publie à travers Pyr, s’est bien tiré d’affaire en soulignant (entre autre) que toute littérature est évasion, et que la « littérature blanche » est bel et bien un genre en soi. Une discussion modeste, mais bien menée, et qui m’a rendu immensément curieux au sujet de ce que Sanderson a écrit jusqu’ici.

Photo: Panel - A la defense de la litterature evasive
Sanderson, Eley et Anders : À la défense de l’évasion

Tout comme pour Ellison la journée précédente, la foule s’est ruée dans « La Grande Salle » de L.A.Con IV pour entendre parler un autre vénérable ancien de la SF: Ray Bradbury. Assez curieusement, je n’avais initialement aucune intention particulière d’assister à cet événement. Je m’y suis retrouvé en partie parce que la table ronde que j’avais initialement sélectionné s’avérait d’un intérêt nul. Heureusement, Bradbury était en retard, ce qui m’a permis d’assister à toute sa présentation. C’est en l’écoutant parler qu’il m’est revenu toute la force et l’impact de l’œuvre de Bradbury sur mes premières lectures en SF: comment plusieurs de mes premiers livres de SF étaient de lui; comment on l’avait étudié à l’école; comment c’était bel et bien lui, l’auteur des Chroniques Martiennes, de Fahrenheit 451, du scénario de Moby Dick, de la nouvelle « A Sound of Thunder ». L’entendre parler de ses débuts comme écrivain, avec son ton réfléchi et sans prétention, a été une succession de grands moments d’une puissance émotionnelle imprévisible. Bradbury a une façon de voir le monde tout à fait fidèle à ses écrits, pas très loin du réalisme magique. L’entendre décrire comment il s’est fait consacrer écrivain par un magicien itinérant nommé Mr. Electrico a réduit une bonne partie de l’audience à des gorges serrées. Tout une expérience, et ce sans la pointe de culpabilité suivant l’heure Ellison.

Photo: Ray Bradbury
Une heure avec Ray Bradbury.

L’événement subséquent a été l’infâme « gripe session » avec les organisateurs de L.A.Con IV. Globalement, les critiques n’étaient pas particulièrement acérées: L’événement était assez bien organisé, et mis à part quelques difficultés inévitables au niveau de la taille des salles, les organisateurs s’en sont bien tirés. (Le problème le plus sérieux a été celui du positionnement des kaffeklatches dans une salle ouverte à côté d’une scène pour filkers et humoristes: ouch.)

Puis ce fut les cérémonies d’ouverture, en trois étapes. De un, la fermeture de L.A.Con IV par tous les membres du comité organisateurs…

Photo: Equipe L.A.Con IV
Connie Willis, les chefs de section et le directeur Christian McGuire

…puis, le passage du marteau honorifique de Los Angeles à Yokohama…

Photo: Directeurs et pistolaser
Hiroaki Inoue, le directeur de Nippon 2007 demandant gentiment (avec un pistolaser), le marteau honorifique à Christian McGuire.

…et l’invitation de visiter Yokohama l’an prochain…

Photo: Nippon dit bonjour
À 2007!

…et c’est tout. Après quoi il était temps de retourner chez soi. (Ou, dans mon cas, aller souper avec quelques autres fans, passer deux jours à faire du tourisme à Los Angeles puis, finalement, retourner chez moi.)

Si vous tenez absolument à quelque conclusions hâtives sur L.A.Con IV, j’offre ceci: À presque tous les égards, L.A.Con IV a été une convention extrêmement bien menée. Peut-être pas spectaculaire ou particulièrement mémorable dans son ensemble (bien que certains moments resteront infâmes pendant un bon moment), mais aussi bien mené que l’on peut s’attendre d’une Worldcon.

À près de 6,000 personnes, c’est aussi sans doute la convention de SF la plus bondée qu’il me sera donné de visiter pendant un bon moment, ou peut-être pour toujours. Ce n’est pas un secret que les audiences des conventions généralistes comme Worldcon sont en déclin, et à moins de réussir à me rendre à Comicon ou DragonCon, il serait surprenant de revoir une foule comparable en SF pure. Mais si je retiens une leçon particulière de L.A.Con IV, surtout lorsque comparé de si près à Readercon, c’est que ce n’est pas que la taille qui compte. (Rassuré, les gars?) L’avantage de pouvoir tenir dix conversations d’une heure plutôt que soixante conversations de cinq minutes (pour citer Robert J. Sawyer) n’est pas à dénigrer, et représente bien pourquoi Worldcon demeure facultatif pour moi alors que Boréal reste immanquable.

Autrement, je constate que mon profil en SF continue de grandir à chaque convention. Pas moins de trois auteurs ont regardé ma badge durant la convention pour mentionner comment ils reconnaissaient le nom comme critique web. C’est plaisant, ça m’oblige à être beaucoup plus sérieux dans mes critiques et ça me donne beaucoup plus d’occasions de dire « bonjour » durant les congrès, mais c’est également une arme à double tranchant: de plus en plus, je suis insatisfait avec l’étiquette de « fan » et je me souviens que tout ceci n’était supposé qu’être prélude a une véritable carrière (semi-)professionnelle en SF. Temps de se mettre au travail avant qu’il ne soit trop tard: Un des nominés au prix Campbell cette année est déjà plus jeune que moi!

# Les commentaires sont fermés.

3 Commentaires

  1. Daniel Sernine

    Je suis allé voir le site Web de cette Cathédrale de Cristal.
    Oh my god!
    Plus Américain que ça, tu meurs!
    (Well, maybe not, hélas…)

  2. Ai-je dit que je t’enviais d’avoir vu Harlan Ellison la journée d’avant? Multiplie cette envie quelques fois pour Ray Bradbury.

  3. Pierre

    Jolie fin pour cette belle série de reportages, Christian.
    Tu étais parti pour voir le nanar de l’année [:-))), tu reviens avec un projet…

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.