Fractale Framboise

Christian

Glasshouse, Charles Stross

par Christian - jeudi, 14 septembre 2006 - 22:12 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

Couverture: Charles Stross, GlasshouseAprès le succès commercial et critique d’Accelerando, il restait à voir comment Charles Stross réussirait à y donner suite. Comment dépasser un roman qui raconte la singularité, après tout? Glasshouse, heureusement, va dans une autre direction: vers le présent avec deux pieds dans le futur. À la fois plus linéaire et plus complexe qu’Accelerando, Glasshouse montre surtout un écrivain de SF en pleine maîtrise de son art.

Tout commence dans un futur inconfortablement post-humain, où un nouvel homme (après avoir passé quelque temps comme char d’assaut) réapprend à vivre en forme humanoïde, mystifié par une amnésie floue qu’il devine intentionnelle. Mais sa mémoire devra attendre un peu, parce qu’il y a des tueurs à ses trousses. Un peu dépourvu, il accepte une offre inusitée: aller se terrer pour quelques années dans une expérience de recherche psychologie où on tente de recréer la société américaine circa 1950-2010.

Les choses tournent mal dès le début de l’expérience, alors qu’il se trouve à sa grande surprise dans le corps d’une femme, obligé de suivre les règles incroyablement primitives de l’expérience. Mais sa mémoire revient, coup après coup, ce qui lui fait découvrir qu’il y autre chose derrière toute cette façade…

Mélange de SF à long terme, de satire sociale et de thriller d’espionnage high-tech, Glasshouse ne cesse de virevolter entre trois pôles et de surprendre le lecteur. La narration joue simultanément sur trois plans, en nous montrant un futur fort déplaisant via flash-back (Glasshouse contient l’équivalent d’une novella de SF militaire), en se moquant de notre présent avec un regard futuriste (écorchant au passage les rôles sexuels conventionnel; ne soyez pas surpris si le roman se trouve sur la longue liste du Prix Tiptree l’an prochain), et en trouvant le moyen d’enrober tout cela dans une intrigue où un protagoniste qui n’a pas tout sa mémoire tente de percer l’énigme dans laquelle il se trouve. C’est un exercice de haute voltige, et Stross réussit plus souvent qu’autrement à garder toute les balles en l’air. (Et c’est sans compter les nombreux clins d’œil à d’autres œuvres de SF) Même si Glasshouse ne contient pas tout à fait la densité dangereuse d’idées d’Accelerando, sa structure est beaucoup plus accomplie.

Il est un peu borné, en fait, d’appeler ce roman une suite à Accelerando: Si l’univers est plus ou moins découlé de celui du roman précédent, il n’est vraiment pas nécessaire de l’avoir lu pour apprécier Glasshouse. En fait, l’atmosphère noiraude du roman ressemble beaucoup plus à celle d’Iron Sunrise, avec le motif du Panopticon et de la bêtise humaine constamment répétée. Stross peut être éminemment amusant (et Glasshouse est effectivement ponctué de rires), mais ça ne cache pas qu’il peut être un écrivain sournoisement déprimant.

Quel qu’il en soit, la qualité de l’écriture est tout à fait délectable : Stross écrit vite, mais écrit bien avec des retournements de phrases denses et lisibles. Il est facile de se dire « juste un autre chapitre » quand les choses avancent aussi bien. Ceci dit, je suis moins enthousiaste au sujet de les coïncidences horribles qui facilitent la vie du narrateur, ou bien les caricatures qui tiennent lieu d’antagonistes. Certains passages destinés à nous scandaliser semblent un peu trop gros, un peu trop évidents pour convaincre.

Mais à ce moment-ci de l’année où l’on commence timidement à voir se former la « classe SF de 2006 » (et surtout à penser aux Prix Hugos de l’an prochain), Glasshouse fait extrêmement bonne figure au sommet de la catégorie. Stross ne cesse de s’améliorer à chaque livre depuis Singularity Sky: reste à voir où il ira.

 

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