L’Internet… pour les nuls?

A Series of TubesUne chance que les études sur Internet foisonnent et qu’elles ne s’entendent pas toutes pour dire qu’une exposition prolongée à la toile est nocive. Ces jours-ci, pourtant, il semble y avoir une conjonction de nouvelles qui ne présentent pas Internet sous son meilleur jour. Sur le site de Statistique Canada, par exemple, vous pouvez télécharger le document «Internet influence-t-il l’emploi du temps des Canadiens?» (entrez Internet dans le moteur de recherche pour y accéder). Voici ce que l’on peut lire dans le résumé:

Les grands utilisateurs — définis comme étant les personnes ayant passé plus d’une heure sur Internet à des fins personnelles pendant la journée de référence — ont un style de vie qui diffère considérablement de celui des non-utilisateurs, voire des utilisateurs modérés. La plus grande différence réside dans le fait qu’ils passent nettement moins de temps à occuper un travail rémunéré. Ils passent aussi moins de temps aux tâches ménagères et aux soins personnels tels que le sommeil et la relaxation. Les étudiants et les chômeurs sont les plus susceptibles d’être de grands utilisateurs. De plus, ils sont généralement jeunes, et une proportion considérable est masculine (59 %).

Les grands utilisateurs ont passé plus de temps seuls pendant la journée de référence que les non-utilisateurs, même si l’on compare des gens du même contexte social et démographique. Même s’ils passent moins de temps avec la famille et les amis, un bon nombre des grands utilisateurs participent à des activités en ligne qui supposent une interaction sociale, telles que la messagerie électronique et le clavardage.

Autrement dit, ces Grands Utilisateurs passent moins de temps avec autrui, jusqu’à négliger leurs proches: ils s’occupent moins de leurs enfants et/ou de leur conjoint (quand ils en ont). Ils ne connaissent pas bien leurs voisins. Ils s’impliquent moins socialement et sont moins portés sur le bénévolat. Ils font moins le ménage. Ils dorment moins et réfléchissent moins [sic]. Ils sortent aussi moins souvent. Moins, moins, moins, moins, moins!

On sait que les statistiques brossent un tableau très général qu’il faut assortir de nuances et de contre-études — si bien, en fait, qu’on se demande si les statistiques valent encore la peine d’être présentées tant elles sont contredites ou atténuées par des informations périphériques. Mais en lisant le résumé de Statistique Canada, on a vaguement l’impression que les Grands Utilisateurs sont des asociaux finis qui vivent dans un sous-sol où jonchent linge sale et sacs de croustilles vides.

Le mois dernier, c’est l’Université de Duke qui publiait le résultat de ses recherches sur les Internautes. Les conclusions ne sont pas plus reluisantes. Les nouvelles technologies seraient responsables de l’effritement des relations humaines — du réseau «personnel» plutôt que «technologique», si vous voulez. Le nombre de sujets interrogés qui admettent n’avoir personne à qui se confier a plus que doublé. Et le nombre d’entre eux qui discutent de sujets importants avec autrui a baissé d’un tiers. En gros, les gens auraient plutôt tendance à se confier à des membres de leur famille — autrement dit, des proches déjà acquis, et non des amis qu’ils se feraient en dehors de leur cercle immédiat.

« This change indicates something that’s not good for our society. Ties with a close network of people create a safety net. These ties also lead to civic engagement and local political action, » said Lynn Smith-Lovin, a professor of sociology at Duke.

Cette étude compare des données compilées entre 1985 et 2004 et a été publiée cette année dans l’American Sociological Review.

Sur une note plus légère, il y a, à l’autre extrémité du spectre occupé par les Grands Utilisateurs, ceux qui ne se servent pas suffisamment d’Internet. Le sénateur américain Ted Stevens, par exemple, n’est pas exactement une éminence grise en la matière. Or, ça ne l’a pas empêché de pontifier que l’Internet est une série de tubes lors d’un discours sur la neutralité des réseaux le mois dernier. Si vous êtes connectés comme tout Grand Utilisateur qui se respecte, allez voir les réactions sur YouTube.

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13 commentaires

  1. Le portrait de l’internaute type de Statistiques Canada correspond tout à fait à mon état, sauf que moi, je fais peu d’Internet dans les faits, mis à part les moments où je viens faire un petit beubaille ici et là, comme ici en ce moment ou là-bas quand je suis là.

    Me documenter pour ce que j’écris? Pas réellement non plus, puisqu’une espèce de réflexe à la fois reptilien et paressal (© pollux) me fait imaginer des histoires qui peuvent se passer d’une recherche externe de documentation. J’ai même une exception récente qui confirme la règle.

    Mais je peux constater chez des proches des internautes qui sont totalement plongés dans le réseau. Il s’agit souvent de joueurs, d’ailleurs. Il sera intéressant d’observer s’il s’agit d’une tendance qui ira en s’accentuant.

    Aboutirons-nous dans le monde de «Thomas est amoureux»? C’est si près…

  2. Moi, c’est l’inverse. Je passe un temps considérable sur Internet, même au travail (où la traduction de produits requiert souvent de la recherche). Pourtant, je ne corresponds pas, ou si peu, au tableau brossé par Statistique Canada. On pourra toujours évoquer que je suis «l’exception qui confirme la règle», mais je me demande combien il y en a, de ces exceptions!

  3. Lorsque je vivais à Montréal, je passais un minimum de 16 heures par jour sur Internet — sans farce. Mais attention: je ne jouais à aucun jeu sur le Web. Cela ne m’a jamais intéressé. Que pouvais-je bien y faire alors?
    Il me faut mentionner que être connecté ne veut pas nécessairement dire qu’on ouvre le navigateur pour se rendre sur des sites. On peut être connecté et faire « autre chose » avec le navigateur. J’ai donc passé un temps fou à étudier le langage html et php — tout en me rendant sur le Net pour y chercher des informations (balises, scripts, javascripts, etc) puis, quand j’en avais marre, et pour me changer les idées, je visitais des sites de SF, d’humour, etc. mais, surtout, j’étais membre à part entière (lire: participation très active) sur une bonne dizaine de forums. Puis, réaliser une quarantaine de sites Web, pour soi-même et pour d’autres, ça demande beaucoup de temps. J’admets qu’à ce moment-là j’étais super accro. J’en étais rendu à ne plus me faire à manger. Le matin et le soir, je mangeais au resto. Et s’il m’advenait de manger à la maison, c’était bien sûr affalé devant l’ordi. Mais bon, je vivais seul et je n’avais de compte à rendre à personne. Mais il est vrai que pour faire ce que je faisais… j’avais pas mal délaissé les copains et les copines. Je m’étais, en quelque sorte, coupé du reste du monde — un peu comme dans le film que Claude mentionne: Thomas… Mais aujourd’hui je suis un autre, je suis revenu à mes racines: campagne, ferme, potager, chiens-chats… et je passe en moyenne que 2 ou 3 heures par jour sur Internet.
    Il serait intéressant de lire les commentaires des autres lecteurs-lectrices de Fractale Framboise à ce sujet.

  4. Pierre

    Sans chercher trop de parallèles dans les arguments exposés à travers le billet de Laurine, je trouve aussi que depuis que je me balade sur la Toile, je fais « moins » d’autres choses. A tel point que je finis par modérer un peu (mais si peu…) mes passages On Line. En fait, je m’efforce surtout de passer sur Internet le temps que je n’ai plus envie de passer devant la télé. Mais à force, çà déborde, et d’ailleurs il est déjà minuit passé en France et je vais devoir bientôt vous quitter sous peine de rentrer dans la catégorie de ceux qui dorment moins. Ce qui est paradoxal, c’est que je passe pas mal de temps à chercher sur Internet des critiques de livres SF, qu’il m’arrivera même d’acheter (ça mène parfois à çà aprés tout, les critiques) …
    … et à stocker sur ma pile « à lire » qui monte, qui monte, tant je passe mon temps autrement qu’en paisibles lectures.

    Celà dit, je ne me plains pas, sinon je devrais en plus avouer qu’Internet rend moins intelligent. J’ai la prétention de croire le contraire.

    Allez, salut à tous, je vais bouquiner puis dormir.

  5. Sorti d’Internet, je trouve difficile de trouver un média d’information qui me convienne. Je ne regarde plus la télé depuis trois ans, et je ne supporte plus le son de la radio depuis quinze ans au moins — trop de pub, des animateurs stupides, peu d’information et trop d’opinions. Le journal m’horripile de plus en plus avec ses manchettes débiles («L’HÉCATOMBE» en gros titre, suivi de «4 soldats tués en Afghanistan», par exemple). Il reste les magazines, sauf qu’ils coûtent chers. Alors?

  6. Benoit

    En moyenne, je passe moins d’une heure par jour sur Internet, et ça inclus de 20 à 30 minutes au travail à l’occasion (mais pas là, j’ai un rôle à répéter). Et il y a presque 10 ans que je ne regarde presque plus la télé (1 heure par joue en moyenne). Ça me rappelle étrangement à la mémoire The Glass Teat d’Harlan Ellison, qui est malheureusement rangé trop loin pour y avoir accès, mais qui contenait des passages assez marquants sur « l’abêtissement humain » sourdant du tube cathodique. Ça serait assez intéressant de comparer…

  7. Je trouve qu’on doit prendre les statistiques présentées dans ton billets avec un grin de sel. Remplace « Internet » par « Lecture » et je suis sûr que les statistiques resteraient sensiblement les mêmes. Si je passe 4 heures dans une journée à lire, eh bien ce seront quatre heures où je n’intéragirai pas avec ma famille et mes amis, quatre heures pendant lesquelles je ne fais pas le ménage, quatre heures pendant lesquelles je ne dors pas. Combien de personnes lisent jusqu’à tard dans la nuit parce qu’ils ne sont pas capable de « décrocher » d’un bon livre?

    Le fait est que si je passe beaucoup de temps à faire n’importe quelle activité, je le fais au détriment d’autres choses. Que ce soit Internet, la télévision, la lecture, les jeux vidéo, la peinture ou l’écriture, les résultats seront les mêmes.

    Bref, je ne m’inquiète pas trop de lire ce genre de statistiques. En passant, Laurine, est-ce que les résultats énoncent quelle est la proportion des « grands utilisateurs »?

  8. mathieu fortin
  9. Alexandre, il faut lire le pdf, mais je ne suis pas certaine qu’il donne une réponse précise à cette question. Ce n’est pas exclu qu’il faille se taper une autre étude parallèle pour la trouver (dans le genre «L’Internet et les Canadiens», et pas seulement leur emploi du temps).

  10. Eh ben si j’avais su à propos de ces statistiques terrifiantes! Je ne viendrai plus fureter sur Fractale Framboise ou ailleurs, dans ce cas… ;-)

  11. Ce passage de l’étude suppose que le grand utilisateur « coupe » dans son temps de travail rémunéré pour être en ligne.

    Pourtant, dans mon cas, c’est la télé qui a le plus souffert de mon addiction. Bah! Peut-être le conjiont, les tâches ménagères et la lecture… un peu! ;0)

    J’aime bien l’exemple d’Alexandre Lemieux. On pourrait remplacer internet par « entraînement au gym », « heures supplémentaires », « arrivée d’un bébé », « jeux vidéo » et j’en passe!

  12. À travers mes études j’ai suivie un cours de statistiques assez avancé, dans le cadre du cours biostatistique. Historiquement,la biologie est le domaine ou les sta ont le plus évolué. Par la suite elles ont été très utile aux politiciens.

    Les statistique sont un merveilleux exmple d’un outil créé par l’humain. Mais aussi utilisé par d’autre dans un but oppposer ou par des gens qui ne savent pas l’utiliser.

    Un outil pour essayer de comprendre la complexité, aujourd’hui les stat « populaire » rendent la compréhension plus compliqué… Ont embrouille les gens pour faire dire n’importe quoi par un peu de tout.

    L’outil des statistiques n’a jamais servis à reconnaitre un individu. La très grande majorité des individus incluent dans une études, ne correspondent excatement à la l’information statistique. Une statistique, malgré que dites objectives, ne l’est pas du tout si elle prise hors contexte. Elle vise toujours un but, un phénomème précis à observer. Les questions sont posé en conséquence.

    Ici stat Canada n’a certainement pas effectué cette étude dans le but de démontrer que les internautes étaient des individus qui participaient activement à l’avancement réelle de l’espèce huamine! Il faut toujours se poser la question de qui a réellement commandé une étude… et vous qu’en pensez-vous?

  13. Pas certaine de voir à qui de pareilles conclusions profiteraient. Quoique, en se montrant créatif, il serait toujours possible d’élaborer un scénario de SF où le gouvernement tenterait de discréditer l’information gênante pêchée sur Internet en discréditant les Internautes. Ça relèverait de la science-fiction parce qu’au Canada, on n’a pas le budget pour de pareilles conspirations. :-)

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