Fantasia 2006: The Great Yokai War
par Éric - vendredi, 4 août 2006 - 0:59 (Cinéma, Critiques, SF&F autre)
Intro et liste de mes critiques de Fantasia 2006
Takashi Miike est un nom bien connu des habitués de Fantasia: un réalisateur prolifique connu notamment pour des films ultra-violents (Ichi the Killer) et dérangeants (Audition). Il signe ici un film pour enfants.
Pour le jeune Tadashi, la vie n’est pas rose. Ses parents sont divorcés et il habite avec son grand-père sénile dans une petite ville où les autres enfants se moquent de lui. Comme ça peut toujours aller plus mal, il se voit soudain choisi pour combattre une menace surnaturelle dont il n’avait jamais soupçonné l’existence. Il apprend que même dans le Japon moderne, le folklore n’est jamais loin: les environs pullulent d’une grande variété de créatures surnaturelles, les yokai. Un sinistre sorcier s’affaire à capturer ces yokai pour les combiner à des objets aigris d’avoir été abandonnés par les humains. Alors que les horreurs mécaniques ainsi créées terrorisent la populace, Tadashi trouve quelques alliés parmi les yokai et s’efforce de devenir le héros annoncé.
Ryunosuke Kamiki joue Tadashi de manière compétente, mais les yokai ont tôt fait de lui voler la vedette. Ils sont d’une diversité effarante, allant du kappa (un génie des eaux aux allures de tortue humanoïde) au karakasa (un parasol centenaire doté d’un oeil, d’une bouche et d’une jambe). Certains peuvent passer pour des êtres humains, d’autres sont d’une bizarrerie exquise, et on ne sait jamais d’où il en sortira un nouveau. Les techniques utilisées pour les réaliser sont tout aussi variées: maquillage, marionnettes, stop motion, images de synthèse. L’un des principaux yokai (Sunekosuri, l’inévitable bestiole poilue kawaii) est parfois généré sur ordinateur et parfois joué par une marionnette… quand il n’est pas tout bêtement un toutou posé sur la tête du jeune héros.
C’est que le film ne se prend jamais trop au sérieux, malgré l’échelle immense du combat qu’il dépeint. À plusieurs reprises, le mal est vaincu par accident, ou par un élément tout à fait anodin. Le grand fracas final est le fruit d’un malentendu: les yokai, semble-t-il, communiquent par téléphone arabe. On sent à l’oeuvre un sens de l’humour juste assez tordu; il suffit qu’on veuille bien se prêter au jeu.
Miike fait dans l’action à grande échelle, très stylisée, avec des zooms abrupts, une belle esthétique industrielle rétro et des personnages visuellement frappants. Il y a quelques moments où il en fait trop, notamment dans le cas d’une épée magique qui fait sauter le héros et la caméra partout, si bien qu’on perçoit mal les coups. L’intensité de l’action et l’aspect grotesque de bien des personnages font de cette oeuvre un film pour enfants plus robuste que la moyenne. Le mal y tient une place de choix en la personne de Yasunori Kato (Etsushi Toyokawa), que le scénariste, Hiroshi Aramata, a pigé dans un de ses propres romans. Kato est sinistre mais un peu fade comparé à son bras droit, Agi (Chiaki Kuriyama, celle-là même qui jouait Go-Go Yubari dans Kill Bill). Cette dernière, toute de blanc vêtue, manie le fouet et laisse deviner une puissance d’autant plus intimidante qu’on ne sait pas exactement ce qu’elle est, d’où elle vient, quels sont ses pouvoirs. Le film donne bien quelques indices, mais le mystère demeure.
On trouve une incertitude plus frustrante autour des enjeux du film. On n’en sait pas tout à fait assez sur ce que Kato cherche à accomplir. Le dénouement, bien que comique, est trop chaotique pour qu’on sache exactement ce qui s’est passé. L’épilogue ajoute à la confusion tout en préparant le terrain pour une suite – un choix très conventionnel. Heureusement, l’inventivité, l’humour et la richesse visuelle de The Great Yokai War aident à faire oublier ces défauts.

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