Fantasia 2006: The Five Venoms

The Five VenomsIntro et liste de mes critiques de Fantasia 2006

Yang Tieh (Chiang Sheng) est un apprenti, le dernier d’un clan redouté. Il est à la recherche de cinq de ses prédécesseurs, chacun surnommé d’après le style de kung fu qu’il pratique: le Crapaud, le Gecko, le Centipède, le Scorpion, et le Serpent. Leur maître les soupçonne tous cinq d’utiliser ses enseignements pour des fins mauvaises; avant de mourir, il a demandé à Yang de faire le ménage. Yang aura fort à faire: son kung fu ne fait pas le poids comparé au leur, et il ne connaît ni leurs noms ni leurs visages (ils ne se connaissent pas tous entre eux non plus, ayant porté des masques durant leur entraînement). Il part sur la piste du trésor caché du clan, sachant que ceux qu’il recherche en feront autant.

The Five Venoms
comporte donc une dose de mystère: chaque personnage rencontré peut être secrètement l’un des membres du clan, et même lorsque révélé comme tel, il reste à savoir quel est son style de combat. Mieux encore, il n’y a pas ici de bons et de méchants clairement définis. Chacun s’allie ou s’oppose aux autres selon son propre code moral et ses propres intérêts, et les alliances peuvent changer. Pour la plupart, les acteurs rendent bien ces nuances. Philip Kwok est suffisamment ambigu: il semble d’abord constituer le mauvais coté d’un duo « good cop bad cop », mais son rôle n’a rien du stéréotype. Pai Wei joue les fils de riche avec tout ce qu’il faut de raffinement et de menace froide. Chiang Sheng est moins subtil: son apprenti oscille entre la réelle et la fausse naïveté et manque de charisme. Il faut dire que le personnage est un peu mince, un quasi-protagoniste qu’on perd de vue par moments et qui trop souvent observe plus qu’il agit.

Peut-être aurait-il été plus intéressant s’il avait eu la chance d’acquérir son propre style (l’araignée? la guêpe? la méduse?). Les autres ont des styles bien colorés: le Serpent « mord » de ses doigts recourbés, le Crapaud résiste à tout, le Gecko défie la gravité en grimpant aux murs… Si les combats ne sont pas exceptionnels pour autant, c’est qu’ils sont un peu trop simples. Trop souvent, il s’agit de duels sans armes et sans rebondissements, alors qu’il aurait suffi d’utiliser le décor ou d’ajouter un combattant à mi-chemin pour créer plus d’intérêt. Tout de même, on a droit à quelques bonnes trouvailles, et ça se corse vers la fin. La violence n’est pas non plus limitée aux combats: des gens sont torturés ou assassinés par divers moyens inhabituels. C’est d’ailleurs curieux de voir à quelle parodie de justice les forces de l’ordre veulent bien se prêter dans ce film: personne ne lève un sourcil quand le juge fait fabriquer un instrument barbare pour interroger un suspect désigné par un témoin pour le moins douteux. On comprend vite que personne dans le film n’est à l’abri d’une fin cruelle.

Le réalisateur, Chang Cheh, sait ce qu’il fait. Il était déjà un vieux routard à l’époque, en 1978. Il livre ici une oeuvre solide dotée d’une intrigue substantielle. Je l’ai trouvée moins purement divertissante que Heroes of the East, un autre film des Shaw Studios présenté au festival l’an passé (on y découvrait entre autres le style du crabe, plus mémorable encore que les styles venimeux utilisés ici). Là où The Five Venoms surpasse ce film et bien d’autres du même genre, c’est en offrant une complexité bienvenue.

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