Fantasia 2006: Re-Cycle

Re-CycleIntro et liste de mes critiques de Fantasia 2006

Au début, j’étais en pays de connaissance. D’abord, parce que la protagoniste de ce film est une écrivaine dont le roman en cours n’avance pas. Ensuite, parce que les premières manifestations surnaturelles qui l’accablent semblent tirées tout droit des innombrables films d’horreur asiatiques des dernières années.

C’est que Ting-Yin (Angelica Lee), qui s’est fait un nom en écrivant de grands romans d’amour, commence à écrire du fantastique et se croit bientôt hantée par son personnage… une femme élancée aux très longs cheveux noirs. S’ensuivent moult apparitions fugitives et chevelues, robinets qui s’ouvrent tout seuls, sons inquiétants sortis du téléphone, et j’en passe. Ces éléments familiers restent effrayants parce que très bien rendus, mais ce segment du film est bien trop conventionnel quand on considère tout ce que le reste a d’original.

Comme si un fantôme ne suffisait pas, une ancienne flamme vient faire irruption dans la vie rangée de Ting-Yin. On en apprend juste assez sur notre héroïne et ses amours alors que les phénomènes étranges s’intensifient, puis tout bascule. Ting-Yin se trouve plongée dans un monde décrépit, un univers de peinture écaillé, d’escaliers croulants, de détritus, de gens hagards et muets qui la poursuivent sans qu’elle comprenne pourquoi.

Les frères Pang, qui ont réalisé et co-scénarisé ce film, se sont illustrés il y a quelques années avec The Eye, un film bien coté qui semble apparenté à Ringu et The Sixth Sense (et qui mettait aussi Lee en vedette). Ils s’en donnent à coeur joie ici en créant un voyage dans l’étrange qui évoque par moments la descente aux enfers de Dante. Ils composent une foule de visions mémorables: une conversation à l’ombre de grands manèges rouillés mais toujours en mouvement, un dépotoir de jouets géants, des livres qui tombent d’on ne sait où et forment une pile qui ne cesse de croître. Ces visions ne sont pas toutes originales (on note une image qu’on dirait tirée droit de Silent Hill), mais les inventions comme les emprunts sont d’une facture superbe. Toutes les techniques sont bonnes pour servir l’atmosphère: images désaturées, filtres de couleur, panoramas crées ou retouchés par ordinateur, action au ralenti ou en accéléré.

On finit tout de même par remarquer combien l’histoire est linéaire. Ting-Yin a tôt fait de trouver quelqu’un qui connaît presque tout de ce monde et peut la guider vers la sortie. Toute l’action ensuite consiste à passer d’un tableau à l’autre et d’éviter le danger que présente chacun. Le film suit une logique de rêve: chaque lieu a son atmosphère et son « look » propre, et les transitions de l’un à l’autre sont souvent abruptes et parfois carrément inexplicables. Ting-Yin s’étonne très peu de son arrivée dans un tel monde et prend certaines décisions qu’elle n’aurait sans doute jamais prises dans le monde réel. On sent derrière tout ça une volonté de servir chaque scène plus que l’histoire elle-même. Plusieurs plans longs et trop lents semblent avoir été conçus pour nous laisser tout loisir d’admirer l’horreur poétique étalée devant nos yeux.

Le concept derrière ce monde est intéressant, mais certaines questions restent sans réponse. Pourquoi certains des humains rencontrés sont-ils à peu près normaux alors que d’autres ont des allures de zombis? Surtout, pourquoi y a-t-il si peu de gens dans la première catégorie? Ting-Yin discute avec ceux-là mais fuit tous les autres; j’aurais apprécié si elle avait pu échanger quelques mots avec les zombis aussi.

J’avais de hautes attentes par rapport à ce film (la bande-annonce m’avait épaté). Or, l’histoire est trop simple pour mon goût: une longue fuite vers une révélation valable mais pas si difficile à deviner. (La dernière scène du film ajoute un rebondissement qui en rebutera certains, mais je n’ai pas détesté.) Angelica Lee s’acquitte bien d’un rôle où elle passe beaucoup de temps à réagir et à suivre. La petite fille qui l’accompagne fait preuve d’une belle gravité. La grande force de Re-Cycle reste le visuel: on y trouve de l’excellent eye candy, de quoi s’émerveiller et frissonner tout à la fois. À voir si vous voulez bien accepter une histoire qui ne soit pas à la hauteur des images.

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5 commentaires

  1. Caroline L.

    Totalement d’accord avec toi… sauf que je fais partie de ceux qui ont été rebutés par la fin (quel mélo quétaine ds les 5-10 dernières minutes !!). Mais bon, visuellement, c’est époustouflant, il est en effet dommage que l’histoire en souffre, mais personnellement, l’histoire était meilleure que ce à quoi je m’attendais, alors j’ai été agréablement surprise. Ceci dit, ce n’est pas de la grande histoire, mais ce fut une belle soirée et ce film s’est classé en 3e position de mon top Fantasia 2006. ;-)

  2. Après la fin effectivement trop mélo, la dernière scène ajoutait un autre niveau. Mais, bon, c’était à peine un clin d’oeil, et il aurait peut-être mieux valu explorer l’idée ou ne pas l’aborder du tout. C’est un film mémorable: si je ne suis pas plus enthousiaste, c’est en partie parce que je m’attendais à plus encore. (Les mauvais sous-titres n’ont pas aidé; peut-être le dialogue original contient-il des nuances intéressantes dont je ne soupçonne pas l’existence.)

  3. Caroline L.

    C’est vrai, j’avais totalement oublié la dernière scène. J’aurais plutôt fait qqchose avec ça et coupé le mélo. Mais bon.

    Il y avait longtemps que je n’avais vu un film aussi mal sous-titré. Au début, ça m’agaçait beaucoup. J’ai fini par m’y faire mais, comme toi, j’ai l’impression d’avoir raté des nuances.

  4. sk

    Contrairement à beaucoup de critiques négatives que j’ai pu lire sur ce film, ce dernier m’a particulièrement plu. Toutefois, celui-ci fait appel à beaucoup de références asiatiques qui échapperont forcément à nombre de personnes, enlevant forcement une dimension au film.

  5. alex

    moi jai pa compris la faim vs pou vez mexpliquer?

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