Ne le dites pas à personne, mais l’été est essentiellement terminé. L’été hollywoodien, bien sûr, celui qui commence la première semaine de mai et qui se termine quand les films n’ont plus aucune chance de dépasser les cent millions de recettes au box-office. Comme ce moment est pratiquement arrivé (Lady in the Water était le dernier des blockbusters pressentis), il n’est peut-être pas trop tôt pour commencer à faire l’ébauche d’un bilan.
Cette fin de semaine-ci est certainement le grand dernier déploiement de films de genre : Trois nouveaux films d’intérêt imaginaire (Monster House, Lady In The Water et My Super Ex-Girlfriend) en plus de la sortie à plus grande échelle du film de SF A Scanner Darkly. Tellement de choix que vendredi dernier, je suis allé voir… Clerks II. (Un film qui n’est d’ailleurs pas tout à fait étranger à nos intérêts : Où ailleurs peut-on assister à une engueulade entre fans de Star Wars et de Lord Of The Rings, avec une recréation muette de la trilogie en moins de trente secondes? Où ailleurs, en effet, peut-on entendre un personnage en insulter un autre en le traitant de « gobot »?)
Mais pourquoi s’arrêter là? Revenons jusqu’au début mai et la sortie de Mission: Impossible III pour voir ce qui a bien fonctionné et ce qui a foiré.
(Deux tableaux utiles : Le box-office 2006, et les moyennes critiques 2006)
Il faut dire qu’en science-fiction, l’été a été long. On peut étirer la définition de la SF jusqu’à inclure X-Men III, sinon c’est A Scanner Darkly qui a représenté la science-fiction cet été, et encore : L’élément SF du film est encore plus mince que son intrigue, et ce ne sont pas quelques gadgets qui parviennent à camoufler le fait que le véritable cœur du film est ailleurs, dans l’étude psychologique de personnages oscillant entre les drogues, la paranoïa et la surveillance. Dans son ensemble, le film n’est pas particulièrement réussi… mais il comporte quelques moments très efficaces. Peut-être un meilleur choix vidéo que cinéma, si seulement pour profiter des sous-titres face à mixage sonore intentionnellement confus.
Ironie du sort, c’est peut-être un documentaire scientifique, An Inconvenient Truth, qui a su fournir le plus d’émotions aux fans de SF : Payer 10$ pour voir une présentation sur la science du réchauffement global, ce n’est pas anodin, et le film est un petit chef d’œuvre de vulgarisation et de rhétorique. Comme dans un bon livre, on y retrouve un peu de sense of wonder, d’information utile, de détails croustillants et la promesse d’une catastrophe évitable. Bref, que du bon : un de mes choix pour cet été… à moins que vous ne vouliez attendre la saison des ouragans!
Comme d’habitude, l’horreur continue d’accumuler ses petits succès commerciaux, peu importe leur qualité artistique. An American Haunting, The Omen et Garfield II ont sévi dans les esprits des cinéphiles sans laisser de dommages irréparables. J’avoue anticiper la sortie The Descent, puis de Pulse à la mi-août, dans une veine nipporrifique similaire à The Ring et The Grudge.
De l’horreur au mélodrame romantique, il n’y a qu’un pas (habituellement dans l’autre direction) et j’ai entendu de bonnes choses au sujet de The Lake House. Est-ce que quelqu’un peut confirmer? Est-ce que l’élément fantastique est bien mené?
Malgré les réactions mitigées, les amateurs de bandes dessinées en ont eu pour leur argent cet été, avec deux locomotives (re)portés à l’écran : X-Men III et Superman Returns. Les deux films semblent avoir comblés certains fans et déçu d’autres, donnant parfois lieu à des préférences imprévisibles. En ce qui me concerne, X-Men III m’a satisfait alors que Superman Returns m’a plongé dans un coma seulement interrompu par de virulentes pointes de dédain pour le personnage de Superman. Votre réaction, évidemment, sera sans doute fort différente.
(Ok, Ok, quelques détails : Superman Returns est long et ennuyeux, n’a aucune logique interne et s’entiche d’un héros avec des troubles psychologiques profonds. Les scènes n’ont aucune énergie et sont alourdie par l’espèce de fausse nostalgie qui semble être essentielle dans tout traitement non-Miller du personnage. Ce qui n’est peut-être pas déplacé étant donné que Superman a à peu près la maturité émotionnelle d’un boy-scout de 12 ans. De là à lui donner un fils… eeek. Les fautes du film ne s’arrêtent pas là (Kate Bosworth n’amène aucune crédibilité à son personnage; le plan de Lex Luthor est d’un ennui fondamental; Superman résout chaque problème en soulevant des objets super-lourds; etc.) mais mes problèmes avec le film se résument à trois choses : manque d’intérêt, incapacité à suspendre mon incrédulité et un dégoût progressif pour les personnages. Oh non, le monde n’a pas besoin de Superman.)
En fantasy, il ne faut jamais espérer rien de trop profond : Hollywood préfère mettre suffisamment d’ingrédients fantastiques pour leur permettre une prémisse high-concept, et rien de plus.
Pirates Of The Carribean II avait au moins beaucoup plus d’éléments surnaturels que son prédécesseur, menant à un divertissement bourrés d’effets spéciaux spectaculaires. Heureusement, le scénario est bien ficelé et les personnages conservent une bonne partie de leur attrait. J’ai bien aimé (Action! Aventure! Kraken!), mais avec une petite note qui me conseille d’attendre la sortie du troisième épisode avant de porter un jugement définitif.
Cars et Over The Hedge ont été d’autres solides divertissements, techniquement des films de fantaisie (des autos et des animaux qui parlent!) mais réalisés comme film d’animation pour jeunes –donc permissibles de considération pour ceux qui pensent qu’ils sont trop respectables pour les genres de l’imaginaire. (Monster House sera sans doute un troisième exemple dans cette catégorie.) Est-ce que le regain d’intérêt pour l’animation par ordinateur entraîne avec elle un renouveau de popularité invisible pour les films de l’imaginaire? Hmm… J’associerais également Click et Little Man à cet espèce de sous-genre « fantasy mais rarement perçu comme tel », mais sans me prononcer sur deux films que je n’ai pas vu.
Ce qui nous amène à parler des comédies de l’été. Ici, le flop n’est jamais trop loin. The Break-Up et The Devil Wears Prada ont plutôt bien fonctionnés commercialement malgré des critiques mitigées. En revanche, la folie pré-Nacho Libre ne semble pas avoir survécu à la première fin de semaine du film et les critiques assassines qui ont suivies. Reste à voir le sort de You, Me And Dupree.
Qu’est-ce qu’il reste? Ah oui : un mince assortiment de thrillers et de films d’action. Poseidon a coulé à pic au box-office après avoir rencontré l’iceberg de la critique et de l’indifférence. Bon débarras pour un film générique que l’on aura oublié trois semaines près la sortie en DVD. The Da Vinci Code a été le monstre commercial que l’on espérait, et ce malgré des critiques assez blah-sés. J’ai personnellement souri du début à la fin de Fast And The Furious: Tokyo Drift, mais je blâme mon chromosome Y pour ce genre d’évaluation. Heureusement, l’été a fort bien débuté avec Mission: Impossible III, un film qui aura réussi à divertir même ceux qui ne sont plus capable de voir Tom Cruise sans le pointer du doigt et murmurer « moron! »
En somme, l’été fut fort ordinaire. À l’exception de Poseidon, les films pressentis pour être des succès ont été des succès. Les audiences ont rarement été trompées par le résultat final. En revanche, ce manque de surprises trahit aussi un manque de distinction. Qu’est-ce qui restera en mémoires dans cinq ou dix ans? Le film le plus distinctif de 2006 demeure V For Vendetta, en attendant d’autres réussites un peu en dehors des sentiers battus. Le manque de SF est décevant, mais puisque les genres sont cycliques, il n’y a peut-être pas raison de s’inquiéter : une fois complètement pressé le citron des super-héros (savez-vous qu’ils planifient déjà une « remise à neuf » de The Hulk?), il faudra bien passer à autre chose. L’originalité paie parfois : Qui aurait cru qu’un film de pirate basé sur un manège de parc d’attraction finirait par donner vie à une trilogie fantastique?
Mais bon : allons vers l’avant. Qu’est-ce qui reste dans les tiroirs des studios avant le retour en classes?
N’oublions pas que le mois d’août, c’est la saison du ménage hollywoodien biannuel : Si vous pensez que les films de janvier et février sont insipides, vous n’avez encore rien vu. Épluchant les pages de l’IMDB pour juillet et août, je note John Tucker Must Die (comédie adolescente prometteuse, dans le style Mean Girls); Zoom (pour ceux qui ont aimé Sky High); Tallageda Nights, Accepted, Material Girls, Beerfest et How To Eat Fried Worms (d’autres comédies adolescentes: meh); ainsi que Step Up, The Night Listener, Invincible et Idlewild (re-meh, cette fois-ci sans l’attrait des rires). Impossible de savoir à ce moment-ci si le génie des bandes annonces de DOA : Dead Or Alive et The Protector sera dévoilé en salles américaines le mois prochain.
Alors, qu’est-ce qui reste? En films à suspense, impossible de négliger Miami Vice et World Trade Center, si seulement parce qu’il s’agit du retour au grand écran des réalisateurs Michael Mann et Oliver Stone. Pour les animateurs de cinéma d’animation, The Ant Bully et Barnyard sont des possibilités. Tel que mentionné plus haut, j’ai de bons espoirs pour les films d’horreur The Descent et Pulse. J’avoue également être très intrigué par The Illusionist, un film au sujet d’un magicien à Vienne (circa 1900) qui préfigure la sortie automnale de The Prestige…
Mais il va sans dire que le top du top, le film de l’année, la seule œuvre méritante de votre dévotion absolue demeure Snakes On A Plane! Sortie le 18 août 2006 : marquez vos calendrier. Après tout, le monde du cinéma ne sera plus le même après cette date.
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Et comment a été votre été cinématographique?
12 commentaires
J’ai adoré X-Men 3 et Mission Impossible 3. J’ai été très déçu par Superman Returns: manque de saveurs. Pirates des Caraïbes était très bien, mais, à la longue, les références trop nombreuses au premier film (particulièrement par la reprise de certains dialogues) étaient lassantes. Le Code Da Vinci était meilleur que le livre même s’il était très ordinaire; The Devil wears Prada aurait pu être drôle mais le manque de mordant des personnages gâchait une sauce déjà étirée. J’ai adoré V pour Vendetta; est-ce que Ultraviolette compte dans les films d’été? Parce que si oui, ça assombrit le tableau, non?
Je devrais aller voir Lady of the Water demain; j’espère que Shyamalan sera meilleur que dans The Village (où une aveugle peut courir dans les bois sans trébucher alors que j’en suis incapable avec mes deux yeux). D’ailleurs, n’avait-il pas annoncer qu’il ferait une suite avec Unbreakable?
J’irai aussi voir My Super-Ex Girlfriend, pour la beauté de Uma, et The Ballad of Ricky Bobby, pour la stupidité de Will Ferrel, ainsi que Pulse, en espérant ressentir les frissons qui m’assaillaient pendant The Ring.
M
Je remarque dans le courriel précédent ce commentaire : « Le Code Da Vinci était meilleur que le livre même s’il était très ordinaire » . Ai-je enfin trouvé quelqu’un d’autre que moi qui a détesté ce bouquin (incidemment j’ai pas vu le film)? La fin était poche à chier en ce qui me concerne. Et pour le fait que Jésus avait une femme et une descendance, eh ben so what? (j’ai eu la même impression avec The last temptation… jadis) Il faut dire que j’ai pas aimé Titanic et The english patient à leur sortie, je dois être immunisé contre le marketing (catho ou hollywoodien).
Non, Guy, je doute fort que tu sois le seul à ne pas avoir aimé ce roman. Mais enfin.
Je n’ai pas vu grand chose cet été, en fait (à part quelques uns à Fantasia). Il y a bien eu A Scanner Darkly, mais plus j’y pense, plus je tend à considérer ce film comme une coquille vide… Oubliable. C’est d’ailleurs très dommage, d’autant plus que j’adore le livre de K. Dick.
Je suis d’accord pour Pulse et The Descent, ça semble très bien.
Et pour Snakes on a Plane, eh, juste pour vous dire : le bande-annonce de ce film est passée juste avant A Scanner Darkly, et toute la salle se tordait de rire…
Ne sous-estime pas How To Eat Fried Worms! J’ai eu la chance de passer une partie de mon primaire dans une école où les profs encourageaient la lecture. En quatrième année, entre autres, notre prof nous lisait toutes sortes d’histoires, dont Jacob Two-Two et autres trucs fantaisistes (dont, ahem, une histoire de vampires, mais le titre m’échappe). Dans le lot, il y avait How To Eat Fried Worms (1973), un classique! Ça ne s’adresse pas aux gens de notre âge, mais ce serait surprenant que les petits ne courent pas voir ça.
Mon film préféré cette année est
Pirates Of The Carribean II …
Et je fais comme une personne plus haut,
j’en accuse mon chromosome X!!!
Et dans la même veine, V pour Vendetta
est mon deuxième, original, soutenant et
incroyablement vrai à mon avis.
Guy, il ne faut pas chercher loin pour trouver des gens qui n’ont pas aimé le Code Da Vinci: il suffit souvent de demander aux gens qui ont lus plus de 10 livres dans leur vie ;) (Incroyable mais vrai: un de mes collègues prof de maths m’a avoué n’avoir jamais lu un roman au complet avant Da Vinci Code. Incidemment, il a adoré!)
M
La même chose peut être dite de bien des triomphes populaires. Chrystine Brouillet a du succès auprès des gens qui lisent peu ou pas de roman policier, Bryan Perro auprès des jeunes qui n’avaient jamais lu de fantasy (ou n’avaient guère lu tout court), le pianiste Richard Clayderman auprès des audiophiles qui n’écouteraient jamais de concerti pour piano. À l’inverse, des œuvres de SF exigeantes comme les films Gattaca, Contact ou Solaris (même la version supportable, celle de Soderbergh) n’ont pas vraiment obtenu de succès populaire.
Cette discussion sur les triomphes populaires soulève également le problème du contrôle des médias et du marketing. Vive PBS! Vive les off-festival! Vive l’alternatif et le communautaire! Et mort au méchant capitalisme :-(.
Ceci dit, Le pirate des caraïbes II c’était pas mauvais du tout.
M. Sernine :
des oeuvres « exigeantes » comme Dune ont eu un succès populaire. Je crois que c’est pas incompatible, ça dépend peut-être surtout d’une volonté éditoriale… enfin, espérons-le.
Le seul film que je suis allé voir en salle est A Scanner Darkly que j’ai bien aimé (voir mes commentaires sur le film.) Il faut dire que j’avais une bonne idée de ce à quoi m’attendre. Techniquement, j’ai adoré. Contrastes élevés, couleurs vives, etc. Wow! Du côté de l’ambiance, il réussi assez bien à faire passer les émotions des personnages. Pour ce qui est de l’intrigue… c’est le point faible du film. N’ayant pas lu le roman de PKD, je ne peux pas dire si elle y est fidèle ou pas.
Un petit mot concernant Superman Returns.
Pour avoir lu une entrevue avec le réalisateur du film, Bryan Singer, ce dernier mentionnait qu’il avait tourné ce film en ayant en tête qu’il faisait une suite aux deux premiers Supermans avec le défunt Christopher Reeves. D’où la raison du fils de Superman, les images avec Marlon Brando et toutes les mimiques faciales du jeune acteur (à la Christopher Reeves).
Avec ces données en tête, ma soirée au cinéma a été plus agréable. Le film n’est pas une grande réussite, j’avoue, mais Bryan Singer savait ce qu’il faisait lorsqu’il a tourné le premier épisode des X-mens. On connaît maintenant la suite. Il est plus que probable qu’une suite des aventures de Superman et de sa famille nous attendent pour les prochaines années.
Je trouve dommage ce choix de Singer: faire une suite aux deux premiers, ça peut aller, mais y coller à ce point? J’aurais préféré voir ce réalisateur créer sa propre vision. En plus, avec tous ces événements à grand déploiement, l’aspect humain se trouve affaibli. Le film introduit plusieurs bouleversements dans la vie des proches de Superman mais ne prend pas le temps d’en explorer les conséquences suffisamment. Il y a de bons moments, mais trop de déjà vu et d’aspects illogiques ou trop vagues.
Cela dit, si vous avez vingt minutes à tuer, vous pouvez toujours écouter Kevin Smith expliquer comment ç’aurait pu être bien pire. Amusant et désolant tout à la fois.