Intro et liste de mes critiques de Fantasia 2006
The Descent, un film britannique sorti en 2005, suit six femmes qui partent en quête d’émotions fortes et en trouvent bien plus qu’elles ne l’auraient voulu. Le spectateur qui, lui aussi, recherche les émotions fortes, en trouvera ici une dose de choix.
Sur les six femmes, trois sont des amies de longue date et ont une tragédie en commun. Elles se retrouvent pour une expédition spéléologique qui semble d’abord plutôt routinière: un prétexte, surtout, pour entretenir leur amitié et chasser leurs idées noires. Presque tout le film se passe sous terre, après un début tranquille mais non dénué de chocs. L’expédition en soi est déjà effrayante pour quiconque est un peu claustrophobe. Puis, les aventurières réalisent qu’elles ne sont pas seules…
On pourrait tirer de cette prémisse un film tout à fait banal (et il semble qu’on l’ait fait, si j’en juge par les critiques de The Cave, sorti la même année). Or, Neil Marshall (réalisateur et scénariste du film) sait ce qu’il fait. Il exploite à fond l’environnement souterrain où sont pris ses personnages. En utilisant diverses sources de lumière (fusées éclairantes, lampes montées sur les casques, caméra vidéo dotée de vision de nuit), il révèle et obscurcit tour à tour des détails des plus inquiétants. Il calcule ses effets et fait monter la tension à mesure que ses héroïnes descendent dans ce monde hostile. Ce faisant, il fait preuve de subtilité, mais n’hésite pas à créer plus loin des scènes très intenses et brutales.
Ces scènes sont dues surtout aux créatures grotesques qui habitent les cavernes. Elles se font d’abord discrètes mais, une fois révélées, elles sont très présentes. Leur origine reste mystérieuse, bien qu’on puisse se l’imaginer. Elles sont juste assez rusées pour être dangereuses; peut-être les enjeux auraient pu se corser encore si elles avaient été plus intelligentes, mais il n’aurait pas fallu qu’elles volent la vedette à nos héroïnes.
La distribution entièrement féminine du film est une de ses forces. Chacune des aventurières est crédible; la plupart sont sympathiques et sensées, mais non sans défauts. Le segment « pré-descente » du film en révèle juste assez pour leur donner le réalisme nécessaire et établir des tensions entre elles qui viendront compliquer la situation. Un conflit sous-jacent est esquissé trop légèrement, et les péripéties souterraines laissent peu de temps pour développer les personnages plus avant. Tout de même, on se trouve loin des stéréotypes des films d’horreur de moindre calibre.
Si j’en dis peu sur les personnages, c’est pour ne pas donner d’indices quant à leur sort. La mort frappe vite dans ce film, et de manière parfois surprenante. Les amateurs de gore seront ravis de trouver ici un combat pour la survie qui n’a rien de joli. Pas de prises de vue hyper-stylisées, pas de kung fu; quand ça devient vraiment violent, on ne sait plus qui mord qui.
La trame sonore nourrit bien l’atmosphère du film, mais insiste trop par moments, empilant les décibels quand les prises de vue et le jeu des actrices suffisent amplement à nous faire sentir le danger. Marshall joue un peu trop sur le sursaut, si bien qu’on peut se faire un jeu de deviner où et quand surviendra le prochain. Certains sont très bien réussis, mais je me serais passé des quelques fausses alertes. De même, les brèves séquences de rêve apportent peu au film, si ce n’est par leur effet choc. (Cela dit, je reconnais que j’ai un préjugé défavorable quant aux séquences de rêve en général.)
Je doute que The Descent puisse être un grand film d’horreur. Il lui manque une créature vraiment mémorable (à la Alien), une personnification fascinante du mal (à la Hannibal Lecter) ou un thème prenant et bien exploré. Le film fonctionne assez bien sur le plan symbolique mais traite ses conflits humains de manière plutôt simple. Il brille tout de même par son efficacité, son atmosphère soigneusement construite et son intensité. Il ne me reste plus qu’à voir Dog Soldiers, l’oeuvre précédente de Neil Marshall (un film de loups-garous bien reçu par les fans du genre), et qu’à attendre son prochain film.
Note aux puristes: j’ai vu la version américaine du film, qui devrait arriver sur nos écrans le 4 août. Cette version comporte une fin légèrement différente de l’originale. En général, je déteste cette « hollywoodisation » des films étrangers, mais d’après ce que j’ai lu, la fin américaine me semble valable, voire même préférable. C’est, à ma connaissance, la seule différence entre les deux versions.
Un commentaire
Je t’avertis tout de suite qu’on ne peut pas regarder Dog Soldiers sans rigoler. C’est à la fois un bon film de loups-garous — visuellement, ils sont impressionnants! — et le rip off le plus effronté d’Aliens que j’ai vu. Il ne faut pas être douillet, car on n’y lésine pas sur le sang et les tripes (surtout les tripes). L’amateur de légendes urbaines que tu es devrait s’amuser avec l’utilisation qu’on fait d’un tube de Krazy Glue.