Fantasia 2006: A Bittersweet Life

A Bittersweet LifeIntro et liste de mes critiques de Fantasia 2006

Sun-woo (Lee Byung-hun) travaille pour un chef de la pègre coréenne. Son habit et son professionalisme sont impeccables. Hors du boulot, il n’est rien. On sent dès le début à quel point sa vie est solitaire et vide. Son seul hobby consiste à éteindre et allumer une lampe dans son appartement. On le croirait mort émotionnellement, et il suffira d’une erreur de jugement pour qu’un tas de gens le veuillent mort physiquement aussi.

C’est en surveillant la petite amie de son patron absent qu’il reprend enfin quelques couleurs, et c’est aussi ce qui causera sa perte. On le suit dans sa fuite alors qu’il se voit traqué par plusieurs factions et poussé à ses limites. Il reste un protagoniste très froid, et les tourments qu’on lui inflige arrivent à peine à nous le rendre plus sympathique. C’est le jeu subtil de Lee Byung-hun qui l’empêche de devenir carrément ennuyant.[1]

Le scénariste et réalisateur, Kim Ji-woon, complémente ce jeu par des images évocatrices, bien calculées, d’une beauté toute urbaine. Dans les moments calmes, il sait utiliser décors et détails anodins pour accentuer l’isolation de son anti-héros. Dans les scènes d’action, il souligne bien la vitesse et la férocité de Sun-woo, toujours méthodique dans sa violence. Bien que ce dernier affronte une variété d’adversaires, par un et par deux et par vingt, le film ne devient jamais une démonstration d’arts martiaux. Les combats sont bien rendus sans prendre toute la place. Non pas que tout soit réaliste: Sun-woo fait preuve d’une endurance incroyable et se permet d’enfreindre les lois de la physique une fois ou deux[2].

L’univers criminel de Sun-woo est peuplé de personnages également dangereux. Kim Yeong-cheol joue son patron avec une autorité tranquille et intimidante. Le chef rival, incarné par Hwang Jeong-min, est plus coloré et imprévisible. Un collègue de Sun-woo, Mun-suk (Kim Roe-ha), n’est pas aussi menaçant mais offre un bon contraste de par son attitude beaucoup moins disciplinée. Le seul personnage à peu près sympathique est la petite amie du patron, jouée de façon convaincante par Shin Min-a qui n’a malheureusement pas beaucoup à accomplir puisqu’on la perd de vue à mi-chemin. A Bittersweet Life est une histoire d’hommes.

Comme la plupart des films de vengeance, celui-ci maintient un ton sombre et sérieux. Deux trafiquants d’armes incompétents apportent une touche de comédie incongrue, mais bienvenue. Ils apportent aussi un personnage supplémentaire qui, lui, complique inutilement les choses. En fait, beaucoup de gens se trouvent impliqués dans une fusillade finale qui m’a semblé presque inutile. La fin apporte au moins un sursaut d’émotion de la part de Sun-woo, mais sa mission de vengeance n’est pas assez personnelle pour qu’on tienne à tout prix à le voir réussir. Malgré cette faiblesse, le film montre bien dans quelle prison Sun-woo s’est enfermé en abandonnant ses rêves: une leçon simple mais bien illustrée. Tout en étant très conscient de ses défauts, je serais porté à revoir ce film pour en apprécier tant les poussées d’adrénaline que les quelques moments de contemplation.

[1] Ce manque de personnalité est peut-être une qualité que les méchants recherchent chez leurs hommes de main. Ça me rappelle Thunderball, où Largo présente son garde du corps à James Bond en disant: « Vargas does not drink… does not smoke… does not make love. What do you do, Vargas? ». Et moi de m’imaginer que Vargas, sans doute, élimine ses adversaires en les ennuyant à mort.

[2] Ou bien son désir de vengeance est plus fort que la physique, ou bien les voitures coréennes sont beaucoup plus solides que je ne l’aurais cru. Celle qu’il emprunte passe presque intacte à travers un mur de briques; c’est mon bon vouloir, à ce moment-là, qui a frappé un mur.

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5 commentaires

  1. Caroline L.

    Ce film est l’un de ceux que je voulais voir… mais ne verrai pas au festival, comme tant d’autres. Ta critique m’a quand même convaincue de le louer, malgré ses faiblesses.
    Je devrais attendre la fin du festival pour poser cette question, mais je la pose quand même : ton film préféré cette année ?

  2. Trop tôt pour répondre, effectivement. Jusqu’ici: The Descent pour son efficacité, A Bittersweet Life pour la réalisation, et The Call of Cthulhu (prochaine critique!) pour l’effort et la fidélité à l’oeuvre de Lovecraft. Je te reviens là-dessus après la fin du festival.

    Un détail que j’ai oublié de mentionner dans la critique ci-dessus: la place qu’occupent les armes à feu dans le film. C’est étonnant à quel point les gens sont peu armés, jusqu’à ce que Sun-Woo aille s’acheter un pistolet et que d’autres sortent les armes automatiques. Le gangster moyen est curieusement sous-équipé. Est-ce ainsi que ça se passe en Corée? Je n’en sais rien. Y a-t-il ici un amateur de cinéma policier asiatique, ou bien un Coréen (gangster ou non) qui puisse m’éclairer sur cette question?

  3. Caroline L. :-)

    De mon côté, finalement mon top 3 se résumerait ainsi :

    BEHIND THE MASK : THE STORY OF LESLIE VERNON
    Un hommage aux films d’horreur que j’ai trouvé vraiment intelligent et rafraichissant dans son approche. L’acteur principal est excellent et une grande partie de mon plaisir vient de son jeu.

    CITIZEN DOG
    Espèce d’histoire d’amour surréaliste avec une direction artistique tout simplement superbe. Et une chanson qui m’a trotté ds la tête malgré ma totale méconnaissance de la langue thaïlandaise. ;-p

    RE-CYCLE
    Très beau, m’a captivée jusqu’à la toute fin… où malheureusement ça se gâte (moralisateur et quétaine, mais bon, ce n’est que 5 minutes sur 2 heures, malheureusement, ce sont les 5 dernières minutes). Débute comme un film d’horreur assez classique pour ensuite devenir une espèce de quête à la « Nerverending Story »… sur l’acide. :-p Les frères Pang ont un imaginaire assez particulier et ils s’en sont donné à coeur joie dans ce film !

  4. Je ne sais pas pourquoi je ne suis pas allé voir Behind the Mask, ça avait l’air intéressant, tout de même. Pas vu Citizen Dog. Pour Re-Cycle, j’aurais bien pu me passer du segment « film d’horreur classique » pour plonger directement dans l’acide. J’ai enfin écrit mon billet sur la question et commenté ton commentaire.

    Mes favoris se résument à peu près aux films que j’ai mentionnés dans mon commentaire ci-haut. The Descent atteint ses objectifs avec une efficacité redoutable; c’est peut-être le plus « réussi » des films que j’ai vus cette année, mais il est moins audacieux que certains. A Bittersweet Life est conventionnel à certains égards, mais très beau et bien fait, et surtout, l’atmosphère du film m’a marqué (une réaction toute personnelle). The Call of Cthulhu est réussi lui aussi, et c’est un bonheur de voir l’oeuvre de Lovecraft si bien traitée… au point d’en reproduire les faiblesses. À ce « top 3″, j’ajouterais The Great Yokai War, dont l’exubérance, l’humour ridicule, le petit côté méchant et les personnages si colorés font oublier les défauts.

  5. Caroline L.

    Je regrette d’avoir raté Great Yokai War, je suis vraiment curieuse de voir comment Miike traite un film pour enfants.

    Chaque année je ressors du festival avec une liste de films à louer éventuellement -lorsque trouvables- et cette année ne fera pas exception.

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