Après deux films bien réussis, le concept de base est bien établi et loin d’être épuisé. Dans un futur pas si lointain, des mutations produisent des individus dotés de pouvoirs étonnants. On les craint, on les envie, on les persécute, et certains d’entre eux, les X-Men, persistent malgré tout à protéger l’humanité.
Quand une compagnie pharmaceutique déclare avoir trouvé un « remède » à cette condition, on assiste à une crise sociale à grande échelle ainsi qu’à moult batailles et explosions alors que l’action l’emporte sur la réflexion. Pour compliquer la situation, une défunte coéquipière des X-Men s’avère toujours vivante et dotée d’un immense pouvoir qu’elle ne contrôle pas. On retrouve là deux intrigues repêchées des comics books: la première histoire de Joss Whedon (oui, l’auteur de Buffy the Vampire Slayer, qui écrit Astonishing X-Men depuis 2004) et la saga de « Dark Phoenix », considérée comme un classique. Du neuf et du vieux, donc.[1] On repêche aussi dans les bandes dessinées quelques mutants supplémentaires, dont Angel, Juggernaut et Beast.
Ce dernier apporte un élément intéressant: loin d’être persécuté, il oeuvre au sein du gouvernement en tant que « Secretary of Mutant Affairs » où il veille à établir de bonnes relations entre humains et mutants. Tel que joué par Kelsey Grammer (oui, Frasier), il est convaincant mais sous-utilisé. L’administration dont il fait partie se montre vite moins sympathique envers les mutants, mais le gouvernement ne devient pas le « grand méchant » du film pour autant. C’est surtout Magneto qui sert encore une fois d’adversaire en cherchant à tout prix à détruire le remède à sa source; pourtant, plusieurs de ses arguments sont sensés. Cette ambiguïté est une des forces de ce film (et des précédents, en fait). La rencontre tendue entre Magneto et le Professeur Xavier, chef des X-Men, déclenche non pas un duel de pouvoirs mais un duel de mots, et les résultats n’en sont pas moins dramatiques.
Je suis arrivé à ce film avec un préjugé défavorable. Celui-ci était surtout dû au départ de Bryan Singer, le réalisateur des deux premiers films, qui a emporté avec lui une bonne partie de son équipe. Son remplaçant, Brett Ratner, s’en est tiré mieux que je m’y attendais. Il faut dire que les acteurs principaux, eux, ont tous repris leur rôle. On retrouve les X-Men avec plaisir alors qu’ils font étalage de leurs pouvoirs de manière souvent créative et coopérative. Les fans invétérés ont enfin droit au fastball special de Wolverine et Colossus alors que Magneto et Pyro, pour ne pas être en reste, improvisent le flaming automobile death special. Patrick Stewart reste très solide dans son interprétation du Professeur Xavier, mais Ian McKellen le surpasse encore en nous offrant un Magneto qui a le sens du spectacle et du coup d’éclat. Les deux films précédents ont bien établi à quel point il était redoutable et charismatique, et il impressionne ici par l’étendue de son pouvoir.[2] Cela dit, le personnage sonne un peu faux par endroits: il est trop surpris quand on l’affronte avec des armes en plastique, et se soucie trop peu de ses propres troupes, qu’il qualifie de pions. Tout joueur d’échecs qu’il est, il n’est pas si fin stratège ici et attend beaucoup trop longtemps avant d’utiliser sa reine.
Wolverine (Hugh Jackman) brille toujours, mais s’avère paradoxal. C’est un tueur sauvage qui découpe les gens sans produire une goutte de sang; c’est aussi un héros romantique (It slices! It dices! It fights for love!). Storm (Halle Berry) reste un point faible malgré un rôle plus étoffé. Iceman (Shawn Ashmore) se voit lui aussi accorder plus de temps à l’écran avec de meilleurs résultats. Dans l’autre camp, Mystique (Rebecca Romijn) est divertissante même si elle a moins à faire que dans le film précédent; son sort est décevant. Malheureusement, on ne voit pas le bout de la queue de Nightcrawler (Alan Cumming), qui était pourtant très bien dans X2.
Et qu’en est-il de la fameuse Phoenix? Elle est assez effrayante mais on ne peut ressentir pour elle la sympathie qu’elle devrait susciter. On passe trop peu de temps avec elle au début du film, et elle agit trop peu. Elle sert surtout de prétexte à une finale dévastatrice et mélodramatique qui rappelle curieusement les films d’animation japonais.[3]
Somme toute, le film essaie d’en faire trop et n’en fait pas assez. Il met en scène trop de mutants et ne les développe pas suffisamment. Il soulève des questions morales sérieuses mais ne les explore pas assez – quand il ne les désamorce pas carrément. Qu’est-ce qui justifie de « guérir » un mutant contre son gré? Est-ce pire si c’est un autre mutant qui pose ce geste? Toutes ces morts étaient-elles nécessaires? De nombreux humains et mutants sont tués sans dégâts et sans impact dramatique. Quand des personnages importants meurent – oui, ça arrive – on ne sait pas si on doit le prendre sérieusement puisque ce film adopte dès le début un principe courant dans les comics books: on ne reste jamais mort très longtemps. Enfin, bien que certains problèmes trouvent leur solution à la fin, la question du remède n’est pas vraiment résolue. X-Men: The Last Stand est loin d’être désastreux, et on ne s’y ennuie pas, mais il n’est pas non plus à la hauteur des films précédents. Voilà.
Ah ha! Vous croyiez que j’avais terminé? Eh non. Aussi bien le mentionner: une surprise attend ceux qui voudront bien rester jusqu’à la fin du générique (c’est ce que certains appellent le monk’s reward). C’est une toute petite scène qui a de grandes implications. Certains trouveront qu’elle gâche un peu le film, mais au moins elle est à demi plausible. À vous de juger…
[2] En fait, le coup du pont est presque trop gros. Ça m’amuse de penser qu’il se sentait obligé d’épater tout le monde pour faire oublier qu’il a rencontré plus puissant que lui.
[3] En fait, je m’attendais pleinement à entendre les personnages se lancer des grands cris de « Tetsuo! » et « Kaneda! »… Surtout que la confrontation Pyro/Iceman, un peu plus tôt, avait utilisé ce motif classique de l’anime qu’est le duel d’énergie.
7 commentaires
Plutôt d’accord avec toi, Éric… Mais soulagé que ça demeure un bon film.
J’avoue que certains points clochent complètement; par exemple, pourquoi Magneto a-t-il besoin de tout le flafla avec le Golden Gate pour se rendre sur Alcatraz? La seule raison apparente est: pour faire une belle scène de destruction du Golden Gate! ;-)
Quand à la scène post-générique; le mot se répand vite, lors de la projection à laquelle j’ai assisté au Paramount, près d’un tiers de la salle est demeuré pour la voir. Un peu courte, non? Et aie-je bien compris? C’est bien «l’homme» dont Charles parle à ses élèves, non?
Enfin, j’ai moi aussi déploré le destin décevant de Mystique, qui est somme toute l’un des personnage les plus intéressants de la série.
Pour le pont, j’ai eu la même réaction que toi, sur le coup. Puis, j’ai réalisé que:
1) ça permettait à Magneto de transporter toutes ses troupes et tout plein d’objets métalliques pouvant lui servir de munitions
2) c’était peut-être un choix tout à fait conscient pour intimider les troupes ennemies et frapper l’imaginaire collectif en démontrant l’étendue de son pouvoir.
Note que c’est partiellement inspiré des comics books: Magneto détruit d’autres ponts célèbres dans la série New X-Men de Grant Morrison (une série récente et particulièrement bonne, soit dit en passant).
Mais… oui, c’est surtout parce que ce n’est pas un vrai blockbuster estival tant qu’on n’a pas détruit une construction célèbre.
Quant à la scène post-générique, tu as bien compris. Le « set-up » était là, sous nos yeux, et je n’ai pas vu venir cette dernière scène pour autant.
Ce qui m’a frustré avec Mystique, c’est non seulement son destin, mais aussi la dernière décision qu’elle prend et qui, selon moi, ne lui ressemble pas.
Personnellement, j’ai rien compris à la finale! Quelqu’un pourrait me l’expliquer? Moi, je n’y ai vu qu’un manque d’imagination, les pouvoirs de Magneto qui reviennent, et that’s it.
La scène avec Magneto est évidemment une sorte de clin d’oeil cinéma à toutes les finales de films qui veulent surprendre une dernière fois, mais je ne l’ai pas prise au premier degré: j’y ai vu un peu d’humour… et magneto qui se pratique désespérément à recouvrer un peu de son « pouvoir » :)
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Ceci dit, je ne vois pas pourquoi il ne serait pas possible de découvrir un autre traitement qui vient éliminer l’effet du premier, dans ce genre d’univers qu’a créé la série de films, tout peut bien arriver, non?
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Enfin, Éric et moi parlions surtout de la scène après le générique… mais l’expliquer plus avant révélerait trop de choses pour les lecteurs n’ayant pas vu le film, alors…
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Et je sais, Mehdi, que tu es un puriste quand on en vient aux adaptations, mais pour ma part, je suis plutôt tolérant, puisque en tant que cinéphile, j’ai été souvent déçu d’adaptations trop fidèles…
Sans compter qu’il est totalement impossible d’adapter fidèlement la tonne de matériel X-Men existant depuis les débuts en comic book. Même en demeurant dans l’univers des comic books, il arrive qu’une série du genre ne soit pas toujours cohérente avec elle-même au fil des publications et histoires et auteurs impliqués, et à ce moment-là, les lecteurs de comic books ne semblent pas crier au meurtre… mais quand on passe au cinéma, ça semble être autre chose.
La scène avec Magneto semble indiquer que le traitement n’est pas permanent. Cependant, selon la « novelisation », il se fait offrir l’antidote par MacTaggert (la femme médecin que montre Xavier a ses étudiants)
M
Mais de quelle post-scéne parlez vous ??? Moi celle que j’ai vu est la suivante : un homme chauve est allongé sur un lit d’hopital et une femme (inconnu d’aillleurs!) arrive et lance un « Oh Charles ! » ….
J’ai entendu une rumeur comme quoi il y aurait 3 post-scénes !
– Spoilers, comme on dit: ne lisez pas si vous n’avez pas vu le film. –
La femme dans la chambre d’hôpital n’est pas une inconnue. Il s’agit du Dr Moira MacTaggart, que nous voyons dans la bande vidéo que présente Xavier à ses élèves lors de son cours sur l’éthique (celle avec un homme dont les fonctions cérébrales sont atteintes). Nous revoyons MacTaggart par la suite lors des funérailles. La post-scène laisse entendre que Xavier a transposé son esprit dans le corps du légume hospitalisé.
Personnellement, je n’ai rien entendu au sujet des ces trois post-scènes différentes. Je ne suis pas certaine d’en comprendre l’utilité.