Boréal 2006 dans le rétroviseur

Pour ne pas être en reste, je vous donne ces quelques impressions du congrès Boréal avant de passer à d’autres sujets plus récents.

Nouvelle bat-heure, nouvelle bat-chaîne: Le congrès changeait de lieu et de date cette année, ce qui n’a point ému les nouveaux visiteurs, mais pouvait surprendre un peu les habitués. La nouvelle date coincidait malheureusement avec le Salon du livre de Sudbury, ce qui nous a privés de quelques auteurs intéressants (dont Sylvie Bérard, lauréate du GPSFFQ 2005 et du prix des lecteurs Radio-Canada). Il y avait tout de même moins d’événements concurrents qu’en octobre, où le festival Spasm, la Grande Mascarade et autres événements d’Halloween venaient tenter le public boréalien. C’est au septième étage du pavillon Hall de l’Université Concordia qu’avait lieu cette nouvelle édition printanière, et le changement s’est avéré positif en ce qui me concerne. J’avoue que le café gratuit offert chaque matin a peut-être une influence exagérée sur mon opinion. Tout de même, la disposition des pièces et de la table d’accueil était pratique, et la grande salle commune permettait de s’asseoir pour discuter plutôt que de rester debout dans les couloirs. Pour accéder aux locaux, on pouvait emprunter une série d’escaliers roulants qui grinçaient tous plus fort les uns que les autres, produisant une atmosphère métal-sur-métal digne d’un film d’horreur (les ascenseurs étaient plus tranquilles). Seul bémol: la salle de vente n’était pas assez en évidence.

L’empire du gars des vues: À chacun de ces congrès, quelques idées me restent et me poussent à réfléchir plus avant. Parmi celles que j’ai retenues cette année, un problème bien cerné par Yves Meynard et Joël Champetier: le cinéma devient notre réalité consensuelle. L’imaginaire du public est formé avant tout par la télé et le cinéma et l’auteur doit donc s’efforcer de détruire certaines idées préconçues pour pouvoir mettre en place l’atmosphère désirée. L’auteur doit être conscient qu’un certain pourcentage de ses lecteurs croit qu’il y a du son dans l’espace, qu’on peut courir plus vite qu’une explosion, et que l’on peut tirer du pistolet avec une grande précision tout en faisant des acrobaties en moto. Bien sûr, il n’y a pas que les lecteurs qui soient affectés: on peut souvent voir des auteurs novices cadrer leurs scènes et décrire leurs ambiances comme s’ils tentaient de faire un film sur papier.

L’attaque des clones: Guy Gavriel Kay, invité d’honneur du congrès, expliquait que la popularité actuelle de la fantasy est directement liée au succès de Harry Potter et des films du Seigneur des anneaux. Il ne voit pas là un engouement pour toute la fantasy, mais plutôt une demande pour des clones de ces deux séries. Nombreux sont les lecteurs qui, ayant été exposés à une oeuvre marquante, continueront de réclamer la même chose sans s’intéresser à ce qui peut se faire d’original et innovateur dans le domaine. Un auteur fera souvent plus d’argent en se répétant avec un minimum de variation. Candas Jane Dorsey apportait un peu d’espoir sur ce point en soulignant que certains lecteurs veulent voir répétée, non pas l’histoire qui les a marqués, mais la catharsis que leur a apportée cette histoire. Ils veulent revivre une expérience semblable, mais accepteront une certaine variété dans les moyens utilisés pour leur fournir cette expérience.

« Les cinq mauvaises habitudes des écrivains novices »: Joël Champetier, Yves Meynard, Francine Pelletier et Daniel Sernine savent tous ce que c’est de traiter les textes d’auteurs débutants, et ce panel leur permettait d’instruire et de se défouler tout à la fois. Quelques-unes des mauvais habitudes mentionnées:

  • Soumettre un texte à une revue en admettant qu’on ne la connaît pas, ou en la dénigrant (ça arrive); aussi, envoyer un manuscrit là où il ne cadre pas du tout (c’est une pure perte de temps que de soumettre un livre de recettes aux éditions Alire). On a même mentionné le cas d’un auteur qui avait apporté son manuscrit à un libraire… En résumé, on gagne toujours à être renseigné.
  • Vouloir reproduire la télé ou le cinéma (voir ci-haut; une forme d’analphabétisme, selon l’un des panélistes)
  • L’impatience: ne pas accepter ou même comprendre qu’un écrivain doit passer par une période d’apprentisage; vouloir publier tout de suite
  • Écrire des personnages secondaires qui ne sont que des outils et n’ont aucune vie propre (alors que chacun, au fond, doit se voir comme le héros de sa propre histoire). Elisabeth Vonarburg, dans l’assistance, dénonçait les motivations simplistes que certains donnent à leurs personnages (« on a toujours plusieurs raisons de faire quelque chose »).
  • Parler de soi-même (Yves Meynard: si l’auteur vend des armes aux Talibans tout en faisant la traite des blanches, d’accord; sinon, il n’est pas intéressant et on ne veut pas entendre parler de lui.)

Les panélistes offraient aussi un portrait du marché. La revue Solaris reçoit de 200 à 250 nouvelles par année et en publie 10%. Les éditions Alire reçoivent beaucoup de manuscrits, n’en publient pas plus que 10 par année, et ont une vingtaine d’auteurs bien établis, ce qui ne laisse que peu de place pour de nouveaux noms.

Sang neuf: On remarquait encore cette année plusieurs nouveaux visages. C’était épatant de constater le pourcentage de blogueurs dans l’assistance. Plusieurs d’entre eux ont été cités dans nos billets précédents sur le sujet (dans le texte ou dans les commentaires). J’ai pris plaisir à retrouver au congrès plusieurs commentateurs assidus de Fractale Framboise, plusieurs des participants rencontrés à l’atelier d’écriture qui se donnait la fin de semaine précédente, ainsi que d’autres gens que je connaissais d’abord par Internet, comme Guillaume Marchand de la revue Le Bilboquet, qui m’avait interviewé par courriel. Merci à tous ceux qui sont venus nous voir à la rencontre Fractale Framboise. Peut-être bien qu’on remettra ça…

[ Mots-clefs : ]

Laisser un commentaire

Votre e-mail ne sera jamais publié ni communiqué. Les champs obligatoires sont indiqués par *

*
*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Vous pouvez utiliser les balises HTML suivantes: <b> <i> <a href=""> <blockquote>
Si ce n'est pas déjà fait, veuillez prendre connaissance de nos politiques.

Un blogue, trois auteurs, une multitude d'univers à explorer.