Des livres qu’on dévore

Comment faire sortir un auteur de chez lui? Il suffit de le prendre par la curiosité, par l’estomac, ou, dans ce cas-ci, les deux. J’avais bien entendu parler du Festival international du livre mangeable, et je songeais à passer y faire un tour. Quand on m’a annoncé que mon livre y serait représenté, j’ai su que je devais voir ça.

Lancé en 2000 à New York, le festival se déroule maintenant en simultané dans une multitude de pays. Chaque 1er avril, des cuisiniers en tous genres sont appelés à créer des oeuvres comestibles inspirés de livres précis ou de la littérature en général. (Jetez un coup d’oeil aux oeuvres des années précédentes, ça vaut la peine.) Cette première édition montréalaise de l’événement faisait appel aux talents d’une quarantaine d’étudiants en pâtisserie et chocolaterie de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), ainsi que de leurs professeurs Yves Petit et Gaston Sylvain.

� table!
Salle pleine à l’ITHQ

Il s’agissait non seulement d’une exposition, mais aussi d’une compétition, d’un encan et d’une dégustation. Compétition, puisqu’un jury récompensait les meilleures oeuvres (vous trouverez les gagnants annoncés sur le site des éditions Adage, responsables de l’événement). Encan, puisque dix de ces livres mangeables étaient mis en vente après que le public ait eu le temps de les dévorer des yeux. Les profits serviront à financer l’édition 2007 du festival. Dégustation, enfin, parce que c’eut été cruel que d’étaler tant de nourriture sans que personne ne puisse en manger.

En faisant mon tour de table, épaté par l’inventivité des étudiants, j’ai retrouvé avec plaisir un nom familier. L’un des livres choisis était nul autre que Le maître des bourrasques, de Laurent McAllister. Devant le livre, dans un bol de chocolat, un monstre me regardait, celui-là même que vous avez pu voir sur l’illustration de couverture réalisée par Laurine. J’ai bientôt repéré McAllister en personnes (vous trouverez sur Culture des futurs son regard sur l’événement).

Le messager des bourrasques
Garçon, il y a un Moloch dans ma soupe!

C’est en bout de table que j’ai découvert mon pigeonnier, oeuvre de Gaston Sylvain, professeur à l’ITHQ. Une pièce très réussie, avec des pigeons d’un beau naturel qui, fidèles à leur tempérament voyeur, fixaient les passants de leurs petits yeux sucrés. M. Sylvain, fort sympathique, s’est fait un plaisir de m’expliquer comment il a confectionné ces oiseaux en sucre soufflé (un peu à la manière du verre soufflé). Il lui a d’abord fallu une journée d’essais pour maîtriser la forme du pigeon moyen après s’être muni de photos et avoir étudié l’animal dans son habitat naturel (en l’occurrence, la neige sale, qu’il a aussi reproduite).

Terre des pigeons
Les pigeons de près
Terre des pigeons

Un gâteau à reliure en anneaux complétait le tout. Celui-ci, accompagné d’un pigeon, a été vendu à l’encan et n’a donc pas été offert en dégustation. J’ai tout de même pu ramener à la maison un pigeon que M. Sylvain m’a confié. Vous voulez savoir ce qu’il goûtait, ce pigeon? Je n’en sais rien: ma douce a formé un lien affectif avec ledit pigeon (il paraît que c’est une pigeonne, en fait) et nous n’avons pas eu le coeur de bouffer la pauvre bête. Quand je passe dans la cuisine, l’oiseau est là qui me regarde, terré dans un coin. Tout de même, je doute qu’il survive à Pâques…

24 commentaires

  1. Merci pour le scoop et l’article, c’est une belle surprise! À l’avenir, par contre, je n’ai pas intérêt à faire des couvertures indigestes! Sais-tu qui était l’auteur — pardon, le créateur — de la soupe au Moloch?

  2. Yves

    L’événement était divertissant quoique, avouons-le, plutôt mal organisé. Ça valait la peine de rester jusqu’au bout, pour s’empiffrer de morceaux des pâtisseries restantes, certains nettement plus intéressants que d’autres (la beauté d’une oeuvre n’est que médiocrement corrélée avec son goût). Bref, c’était de la SFCF… au sens de Crise de Foie.

  3. Jean-Louis

    Il me semble que la crème au beurre et au Moloch d’amande a été créée par une mademoiselle Pigeon,
    mais elle n’était pas sur place, il me semble.

  4. Joel Champetier

    Une mademoiselle Pigeon? Aucun lien de parenté avec les pigeons de la couverture d’Eric?

    ‘scusez…

  5. Jusqu’à temps que je vois les photos, j’pensais que c’était un gag de 1er avril…

  6. Et le homard sur la photo « Salle pleine à l’ITHQ » …
    était-ce pour le recueil de nouvelles de Michel Bélil:
    « Le Mangeur de livres » ?

    Ah mais où avais-je la tête! Il n’y a sûrement que Champetier, ici, qui connaît « l’ancêtre » du fantastique québécois « moderne ».

  7. Caroline

    Je regrette d’avoir raté ce festival. J’ai essayé d’en faire une version « maison » au bureau, mais l’idée n’a pas remportée la faveur du public. Mais j’utiliserai cet article pour mon lobby de l’an prochain. ;-)

    Superbes les pigons. En sucre soufflé ?? Je suis impressionnée.

  8. Je note qu’il n’y a pas d’yeux dans le vinaigre…

  9. J’ai moi-même publié Michel Bélil dans une antho de triste mémoire.

  10. Daniel

    Pour les jeunes, rappellons que Bélil a publié quatre recueils et un roman entre 1979 et 1990. À la différence de Pierre, j’emploierais toutefois l’article indéfini, «un» ancêtre plutôt que «l’ancêtre» du fantastique québécois moderne. Sa première nouvelle fantastique dans Solaris (Requiem à l’époque) a paru en 1976.

  11. Jean-Louis

    Nous savons tous que Joël est un immortel qui le cache très mal et qu’il a sans doute aussi connu Lovecraft, Poe et Polidori… mais le Docteur Belle-Isle n’est quand même pas si ancien. Je lui ai même rendu visite dans son antre au bord du Saint-Laurent.

    La rumeur est d’ailleurs fausse. S’il a mangé quelques livres dans sa vie, il en a laissé beaucoup d’autres sur ses tablettes…

  12. Rassure-toi, Claude, les yeux marinés ont vraisemblablement été servis pendant l’apéro dans les martinis.

  13. Joel Champetier

    Concernant mon âge, oui, j’aurais pu participer à la fondation de _Requiem_ (devenu _Solaris_), si j’avais été au bon cegep, car j’ai commencé mes études collégiales en 1974. Par contre, je n’avais que 16 ans.

  14. Citation de Daniel: « À la différence de Pierre, j’emploierais toutefois l’article indéfini, «un» ancêtre plutôt que «l’ancêtre» du fantastique québécois moderne. »

    Je suis désolé. Je devrais me relire avant de poster quoi que ce soit. Tu as toutafé raison. Y aurait-il trois ancêtres de la SFFQ sur ce blog ?

  15. Moi, je suis probablement entre deux os.

  16. Laurine: pas sûr qui a fait le Moloch. Possiblement Sophie Pigeon, comme le suggère Jean-Louis. Sur la photo, on voit bien son nom sur le petit carton, mais ce n’est pas clair s’il désigne aussi le Moloch ou juste le gâteau à côté. (Joël: qui sait si elle n’est pas liée aux pigeons? Elles sont partout, ces bestioles…)

    Yves: oui, il y avait des faiblesses dans l’organisation. La disposition des lieux, d’abord, et surtout le choix de placer le micro dans un coin de la pièce, sans scène pour l’élever; dans cette foule, je ne voyais jamais la personne au micro. Le placement de la table et de la file de dégustation aurait pu être mieux, aussi. Quant à l’encan, c’était une bonne idée, mais j’ai l’impression qu’il n’avait pas été annoncé suffisamment, et donc que peu de gens étaient prêts à y participer. Tout de même, pour une première édition, c’était bien, et on peut espérer que tout fonctionnera mieux l’an prochain.

    Je crois bien que Bélil n’était pas représenté, et je sais qu’il n’y avait pas d’yeux dans le vinaigre. Dommage, ça aurait bien cadré. Il y avait bien une pièce ornée de quelques viscères (j’oublie quel livre elle représentait), mais rien qui puisse rivaliser avec le « thorax cake« …

  17. Wow! Ça, c’est pour les gourmets! C’est ce qu’on appelle ouvrir… l’appétit.

  18. Daniel

    L’expression «Il faut de tout pour faire un monde» me paraît bien faible dans le cas de cette dame Barbara. Je suppose que, tant qu’elle fabrique ses gâteaux, elle ne fait de mal à personne.
    Pourquoi ne puis-je m’empêcher de croire qu’on croise probablement cette Barbara à toutes le conventions étatsuniennes de fantasy? (Et qu’on évite de prendre l’ascenseur avec elle?)

  19. …Peut-être est-ce dû au parfum qu’elle porte !

  20. Benoit

    Désolé de vous décevoir concernant l’âge vénérable que l’on semble accorder à ce cher Michel Bélil, mais j’étais présent lors du lancement officiel de Le mangeur de livres. Ça s’est passé dans son salon, à 2 pas de la Saint-Charles (la rivière, pas la fête), et il y avait des croustilles et du vin pour les invités, mais aucune ligne à se mettre sous la dent (je parle de lignes de mots, bien sûr). Comme quoi être de la direction littéraire de Pour ta belle gueule d’ahuri pouvait comporter quelques avantages. Malheureusement, je ne me souviens pas si PTBGDA avait publié une critique de l’oeuvre. Toutes mes excuses, Michel.

    Tiens, ça me rappelle que Mario Giguère, quelques années plus tard, avait décroché un contrat d’illustrateur… de pâtisserie! Ce devait être en 1982 ou 1983, ce qui en ferait vraisemblablement un ancêtre du livre mangeable. Mais à l’inverse de quelques oeuvres plus haut citées, je doute qu’une seule illustration de Mario ait survécue à ce jour. Du moins, je l’espère…

  21. Daniel Jetté

    C’est drôle, je pensais justement à Michel Bélil cette semaine. Écrit-il encore?

  22. Benoit

    Je ne manquerai pas de lui poser la question lorsque je le reverrai. Je sais qu’il fait partie d’un club de barbus (on m’y a invité), mais rien de plus.

  23. BEAUMONT

    Il ne s’agit pas d’un commentaire mais d’une réflexion : je me suis interrogée sur un rêve que j’avais fait au cours duquel je fabriquais, avec mon ami, une pâtisserie qui était « un gâteau de Moloch ».
    Très intriguée par ce rêve dont je ne connais pas encore la signification, j’ai cherché sur internet « Moloch » et puis, pourquoi pas ?, « gâteau de Moloch ».
    Voilà l’histoire…
    Quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’en l’occurrence, je n’étais pas la seule à avoir eu cette idée !

  24. Ah, en passant, le créateur du Moloch mangeable était en fait Philippe Rivard, mais qui ne s’est pas fait connaître non plus de nous.

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