Counting Heads, David Marusek

Couverture: Counting Heads, David MarusekJ’attendais ce livre avec impatience. David Marusek avait, jusqu’en 2005, surtout fait sa marque en tant que nouvelliste au style à la fois dense et abordable. Des nouvelles telles « We Were Out of Our Minds with Joy » (1995), avec leur emphase sur un futur radicalement différents du nôtre via la nanotechnologie et les technologies de l’information, présageaient l’arrivée d’écrivains tels Charles Stross et Cory Doctorow. Figure énigmatique de pionnier, Marusek faisait attendre son arrivée en tant que romancier. Avec Counting Heads, il satisfait partiellement aux attentes initiales… et en crée une série d’autres.

Directement basée sur « We Were Out of Our Minds With Joy » (qui est d’ailleurs réimprimé, avec de légères révisions stylistiques, en première partie du livre), Counting Heads est moins une histoire qu’une première visite au parc d’attraction dans lequel se tiendront les prochains romans de Marusek. Original et amusant, Marusek démontre une telle aisance à nous en mettre plein la vue qu’il devient parfois possible d’oublier que ceci est le premier volume (discret) d’une série, et que les tangentes sont beaucoup plus importantes que l’intrigue.

L’intrigue s’apparente à match sportif où les équipes en jeu se disputent un ballon fort précieux: la tête d’une riche héritière, survivante d’un attentat particulièrement brutal. Grâce à la technologie de 2134, il est possible de faire des miracle médicaux avec des corps décapités, mais pour ce faire il faut que la tête se trouve entre bonnes mains… sauf que l’attentat qui met le feu aux poudres n’est qu’un autre petit incident dans une guerre de pouvoir mené par les très affluents. Devant ces ennemis, que peuvent les pauvres, les bons et les génériques qui sont les protagonistes de Marusek?

La bonne nouvelle, c’est que Counting Heads est un authentique roman de pure science-fiction, vif et bourré d’idées originales. Marusek a un style casse-cou: certaines scènes d’action sont d’une intensité stupéfiante (comme la scène de l’attentat, où la victime sait fort bien ce qui arrivera si elle met sa tête dans le casque de protection) alors que, quelque pages plus loin, Marusek se permet des scènes franchement hilarante. Certains passages rivalisent avec Charles Stross et Richard Morgan pour l’aisance avec laquelle la verve est alliée à l’originalité. (Un personnage se fait congédier avec l’explication suivante: « When we hired you, we calculated that it would take twenty-four months to completely map your personality, and another twelve to verify our model. Our calculations were wildly inaccurate. You are an astonishingly uncomplicated person, Myr Kodiak. » [P.265]) D’autres trouvailles abondent, comme des classes sociales de travailleurs génériques entièrement clonés (des russ choisis pour leur loyauté, des jennys pour leurs qualités maternelles, etc.), un métalangage conçu pour valider l’identité, un plan pour dépopuler la Terre, etc. Vos petites cellules grises vont décidément faire de l’exercice durant ce livre

Mais de nombreuses failles structurelles font en sorte que peu importe l’admiration que l’on peut avoir pour les idées et l’écriture du roman, le tout ne parvient pas tout à fait à prendre son envol. Le fait qu’il s’agit d’un premier volume discret fausse considérablement nos attentes de lecture, nous amenant à chercher satisfaction là ou le premier livre d’une trilogie avouée aurait ménagé nos attentes. Que l’identité des vilains reste occulte (bien qu’il y a des indices…) est un des ces problèmes. Que le roman déballe beaucoup plus d’idées qu’il est possible de bien traiter en est un autre. Certains choix dramatiques inconsistants, comme de situer une bonne partie de l’action la même journée, ne rehaussent pas l’intensité de l’intrigue. La conclusion traîne en longueur, multipliant les complications au moment même où il faut accélérer le rythme.

Mais Marusek en est à son premier roman après un bon bout de chemin comme nouvelliste: Counting Heads est sans aucun doute une pièce d’écriture transitionnelle. Ceci dit, d’autres facteurs sont peut-être aussi en jeu: un billet à countingheads.blogspot démontre la gestation tortueuse du roman, qui est passé de 185,000 mots à 110,000 (plus un deuxième volume) à 180,000: Avec le recul, les failles étaient peut-être inévitables. Si le roman n’est pas le succès complet que l’on avait escompté pour Marusek (attendez la version de poche, préférablement si elle dit « premier d’une trilogie »), c’est tout de même une œuvre impressionnante de science-fiction, tout à fait dans la lignée de ce que l’on pourrait s’attendre d’un auteur de SF professionnel. Vivement le deuxième volume de la série!

Un commentaire

  1. Wow, ça a l’air bon! Un roman à perdre la tête… ;^)

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