Fractale Framboise

Laurine

Cell — Stephen King

par Laurine - dimanche, 2 avril 2006 - 13:49 (Critiques, Lectures, SF&F autre)

Cell, Stephen KingEst-ce moi qui ai la berlue, ou est-ce que Stephen King a juré (plus d’une fois) qu’il n’écrirait plus? Pourtant, son fameux cycle de La Tour sombre terminé, le voilà qui récidive avec Cell — entre autres projets — en renouant avec la bonne vieille épouvante qu’il avait commencé à délaisser, si l’on exclut From a Buick 8.

Le propos de Cell est simple. Sans crier gare, une onde retransmise à travers les téléphones cellulaires renvoie leurs utilisateurs à un état primitif de bêtes. Sur le coup, c’est le massacre alors que les phoners attaquent tout ce qui bouge. Mais rapidement, ces êtres évoluent et leur comportement, quoique moins meurtrier, devient de plus en plus inquiétant. On soupçonne que le mal s’est propagé à travers le monde, là où les téléphones cellulaires sévissent. À son habitude, King campe ses personnages en Nouvelle-Angleterre, et dans ce cas-ci, nous suivons trois personnages principaux. Clay, un bédéiste, vient de décrocher son premier vrai contrat à Boston. Dans le tumulte qui s’ensuit, il est rejoint par Tom, un homosexuel anticlérical qui cite la Bible, et Alice, une adolescente qui vient de perdre ses parents. Se cachant le jour et se déplaçant la nuit, ils découvrent des graffitis leur indiquant de se rendre à Kashwak. Commence alors l’exode des normies (les Normaux) vers une zone qu’ils espèrent sécuritaire.

On pourrait confondre Cell avec une histoire de zombies, bien que les phoners soient tout autre chose. King en est conscient et truffe le récit d’une multitude d’allusions cinématographiques, allant de George Romero au plus récent Dawn of the Dead («Quand on meurt on va au centre d’achat»). En matière de zombies, les protagonistes s’y connaissent et en discutent ouvertement. C’est un jeune crack de l’informatique qui leur fera envisager une autre possibilité, et je n’en dis pas plus. Gardez à l’esprit que Cell n’est pas un roman fantastique. Il s’agit plutôt de science-fiction légère, où le symbole de la civilisation technologique, le téléphone cellulaire, fait régresser celle-ci drastiquement.

Dans une histoire de facture aussi classique, c’est le comportement des phoners qui retient l’attention, ou plutôt leur évolution. Une fois qu’on a compris qu’ils ne sont pas de vulgaires zombies, on veut connaître la suite. À l’opposé, le fait, par exemple, que Clay cherche à rejoindre sa femme et son fils n’intéresse personne, car c’est de la pâtée hollywoodienne destinée à maintenir artificiellement un human interest de circonstance. Mais c’est difficile de ne pas sentir une certaine admiration devant la débrouillardise des héros, et du mépris face à l’individualisme exacerbé des normies qu’ils croisent.

Je n’ai rien à reprocher au rythme de l’histoire — adieu les longueurs habituelles de King — ni aux rebondissements. C’est la fin qui se dégonfle, car elle a un chapitre de trop. En celui-ci se termine exprès en queue de poisson! Gah!

La traduction française est disponible depuis peu chez Albin Michel sous le titre de Cellulaire.

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  9 commentaires

9 commentaires:    (ajoutez-en un)

  1. #1  Hugues   (2 avril 2006 - 22:22)

    Pour tout savoir sur la pseudo-retraite de Stephen King – et trier la réalité du mythe ou des déclarations qui datent d’il y a plusieurs années – voir le site web de Solaris et l’article: «Stephen King a-t-il écrit son dernier chapitre»

    :)

  2. #2  Carfax   (3 avril 2006 - 6:04)

    Citation: Sans crier gare, une onde retransmise à travers les téléphones cellulaires renvoie leurs utilisateurs à un état primitif de bêtes. Sur le coup, c’est le massacre alors que les phoners attaquent tout ce qui bouge.

    =================

    Pas mal mince comme sujet. Si un auteur inconnu serait arrivé avec “ça” chez un éditeur …aurait-il été publié?

    =================

    Citation: C’est la fin qui se dégonfle, car elle a un chapitre de trop.

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    C’est le pourquoi au parce que je ne lis plus du Stephen King depuis des années.

    =================

    Note de passage : …Salut Claude

  3. #3  Serena   (3 avril 2006 - 8:28)

    Carfax avança:

    «Si un auteur inconnu serait arrivé avec “ça” chez un éditeur …aurait-il été publié?»

    Bien sûr que non: s’il aurait su, il ne serait même pas viendu.

  4. #4  mario   (3 avril 2006 - 14:03)

    Je sait bien que personne ne crée dans le vide, mais l’argument de base ressemble tellement à quelques récents films japonais, dont le dénommé PHONE…

  5. #5  Hugues   (4 avril 2006 - 7:44)

    Carfax:

    Tu as raison sur le fond: si j’arrivais chez Alire avec un résumé du genre, well, ….
    Mais tu as peut-être tort: je n’ai pas lu le roman, mais posons pour hypothèse qu’il est de même niveau que Buick 8, par exemple.
    Si j’arrivais avec un roman de ce calibre, alors oui, il serait publié.
    Parfois, les résumé ou les points de départs semblent triviaux, voire même stupides, mais parfois, le roman est bon quand même :)
    De un.
    Je dois t’avouer que moi aussi, ce résumé me paraît bien… archaïque comme point de départ pour un roman fantastique. Mais peut-être y voit-on en effet une sorte d’allégorie de zombie modernes (yeah, des zombies avec des cellulaires!)… je m’égarre.
    En fait, pour réellement répondre à ta question, cé ben sur que si j’arrivais avec ce roman ET que mon nom soit S. King, on le publierait, voyons donc. Quel éditeur refuserait de publier un livre qui se vendra à des milliards d’exemplaires?
    (Il faudrait un éditeur très très strict et un très mauvais livre, non?)

    Mario:

    Je sors un peu du sujet de Cell ici puisque ton commentaire me rappelle un flash que j’ai eu en voyant le DVD du film The Final Cut, avec Robin Williams. J’ai pas vu le film, mais son résumé est identique à un court métrage québécois que j’ai vu il y a environ 5 ans mais dont je ne me souviens plus des auteurs ni du titre (c’était pendant un festival, vu trop de courts pour me souvenir des détails).
    La coïncidence m’avait paru bien étrange, mais il semble que ça soit juste ça, une coïncidence.

  6. Laurine

    #6  Laurine   (5 avril 2006 - 19:14)

    L’originalité d’un roman n’a jamais été l’unique critère de publication. Des tas d’auteurs recyclent des thèmes connus en essayant d’y ajouter du leur. Est-ce que King a une seule fois réinventé la roue? Son point fort, c’est son talent de conteur. Il a une façon unique de camper ses personnages, et il écrit des scènes à très fort impact visuel.

    Le thème du zombi a été décliné sous toutes ses formes. Souvent, ces histoires s’articulent autour d’un message social. Même les films plus récents, comme Shaun of the Dead ou Dawn of the Dead, n’y échappent pas. Cell jette un regard ironique sur la «zombification» des gens par le cellulaire, ce fichu appareil qui a le chic de couper net le contact humain (et la politesse élémentaire). Nous sommes présentement entourés de sources zombifiantes. Il n’y a qu’à se promener au métro pour voir l’effet sur les usagers des écrans géants de la station Berri-UQÀM, des écrans électroniques dans les wagons, et des journaux gratuits. (Essayez donc, à l’heure de pointe, de monter les escaliers quand une masse de gens complètement absorbés par leur feuille de chou avancent d’un pas de… mort-vivants!)

    Et je ne vous parle pas de la télé.

  7. #7  Carfax   (8 avril 2006 - 16:59)

    Citation: Cell jette un regard ironique sur la «zombification» des gens par le cellulaire, ce fichu appareil qui a le chic de couper net le contact humain (et la politesse élémentaire).

    Et il pourrait en être de même pour l’ordinateur. Lorsque j’habitais à Montréal, je croyais que j’étais un “addict” de l’ordi parce que j’y passais de 10 à 14 heures par jour. A un point tel que plus rien d’autres ne m’intéressaient. Mais je vivais seul, avec ma chienne Soya. Aucune autre responsabilité. Et puis ici, en France, je vois le fils de mon épouse (il a 17 ans) qui vient chaque fin de semaine à la ferme …pour nous voir? Pas vraiment puisqu’il passe ses journées et la soirée devant l’écran de son ordi. Ce soir, par exemple, nous avons eu des invités au souper. Il est venu manger — ne s’est pas pointé le nez quand les invités sont arrivés — puis il est retourné à l’ordi. Grosso modo: on ne l’a pas vu de la journée ni de la soirée. C’est ainsi chaque fin de semaine. On lui demande un service, il rechigne. Bref, c’est un zombi.

  8. Laurine

    #8  Laurine   (9 avril 2006 - 6:42)

    Mais non, ce n’est pas un zombi. C’est un ado tout à fait normal. Des fois, c’est difficile de faire le différence du point de vue d’un adulte.

  9. #9  mathieu f   (9 avril 2006 - 8:03)

    À cet âge, j’étais pareil… sauf que ce n’était pas un ordinateur, c’était un livre… est=ce que c’est moins zombifiant?

    M

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