SLO 2006: Entrevue avec Laurent McAllister

(Sixième dans une série d’entrevues réalisées au Salon du Livre de l’Outaouais 2006)

Qui est Laurent McAllister? Un être à deux cerveaux, un double docteur ou un serial pseudonyme? Chose certaine, on ne peut nier son œuvre: grâce à plusieurs nouvelles de SF et une série de fantasy pour jeunes, McAllister a été finaliste aux Prix Auroras Awards et au GPSFFQ, en plus d’avoir reçu un prix Boréal en 2002 pour Le messager des orages. Ses deux derniers romans sont Sur le chemin des tornades et Le maître des bourrasques, tous deux chez Médiaspaul. On le dit inséparable d’Yves Meynard et Jean-Louis Trudel.

Photo: Laurent McAllister et McAllister Laurent
Laurent et un ami… ou le contraire

Pourquoi les lecteurs devraient-ils se procurer vos livres plutôt que ceux d’un autre auteur?

LMM: D’abord, parce qu’ils sont les meilleurs.

Dans le premier 50%?

LMM: Non, dans le premier 10%. (…) Blague à part, je pense que l’on écrit dans l’espoir d’être lu, et savoir que l’on rejoint un public qui prend plaisir à ce que l’on écrit, c’est important pour nous en tant qu’auteurs. Nous ne voudrions pas écrire sans avoir de lecteurs, c’est comme prêcher dans le désert: vaut mieux se taire.

Est-ce que vos livres ont des qualités sociales ou médicinales?

LTM: Absolument! Nous écrivons de la littérature édifiante. Alors qu’il y a beaucoup d’auteurs qui se promènent en disant que leurs ouvrages montrent aux gens comment réaliser leur rêves, comment persévérer et surmonter les obstacles, nous montrons absolument le contraire: Tous les rêves ne se réalisent pas. Par exemple, [notre protagoniste] Petrel a embarqué dans un grand voyage d’une inutilité complète et il termine le troisième tome à bout d’espoir. Ceci est très important parce que ça démontre au jeune lecteur qu’il faut savoir survivre à la mort de nos rêves.

LMM: D’autant plus que dans la société où on est, il est de plus en plus difficile d’espérer réaliser quoi que ce soit. Il faut donc se préparer à la médiocrité future de sa vie adulte.

Quelle place vos livres occupent-il dans vos plans de domination mondiale?

LMM: Celle d’une cinquième colonne. On commence par pervertir et corrompre la jeunesse. Et, une fois que ces gens sont en place et acquis à nos vues, on peut penser donner le signal d’un soulèvement généralisé.

Quel traumatisme tentez-vous d’infliger à toute la population canadienne avec votre fiction?

LMM: D’abord, le multiculturalisme de Zodiaque est aussi indéniable qu’insupportable, ce qui, je pense, correspond beaucoup à la réalité canadienne. Mais en plus, c’est écrit en français même si c’est tellement bon que ça devrait être écrit en anglais. Je crois que ce traumatisme là, déjà, est capable de déstabiliser l’industrie du livre.

LTM: Non seulement est-ce écrit en français, mais c’est écrit en bon français. Je pense que, dans le Québec et ou le Canada francophone d’aujourd’hui, ceci peut être extrêmement traumatisant pour tous les lecteurs, tous les acheteurs de livre qui se sentiront extrêmement inadéquats.

Puisque ceci est une entrevue avec Fractale-Framboise, nous devons demander: Pourquoi n’y a-t-il pas plus de framboises dans votre fiction?

LTM: Parce que l’on ne nous l’a pas encore demandé.

LMM: Sauf que l’expression product placement, n’est-ce pas, implique un paiement et d’habitude, qui dit paiement dit à-valoir-

LTM: Ce serait effectivement plus convaincant si-

[Bruit d’argent glissé sur la table]

LTM: Il y aura donc une framboise. Cinquante sous achètent une framboise. Pour un framboisier, il faudra y mettre un peu plus d’argent.

Si un groupe quelconque doit condamner vos histoires et vous désigner comme hérétique, lequel préfériez-vous?

LMM: Cela pourrait être les fondamentalistes chrétiens, mais ceux-là sont typiquement associés aux américains. Pour quelque chose de québécois, ce pourrait être les Bérets Blancs parce que, après tout, il y a des démons à profusion dans notre série: On parle de Moloch, on parle de Mardouk. J’ai fait des recherches démonologiques sur le web pour notre fiction et je crois donc qu’en tant qu’agent des forces démoniaques, on représente tout ce que les Bérets Blancs détestent. J’aimerais beaucoup que Gilberte Côté-Mercier, si elle est encore de ce monde, nous dénonce en première page de Vers Demain, Ça me rendrait immensément heureux.

LTM: Ou bien encore les Raéliens. Vu leur croyances en les vertus de l’amour libre, il serait sans doute horriblement offensant pour eux de constater que dans cet ouvrage, il n’y ai pas une scène d’amour, pas une scène de sexe et pas même un sein nu au bout rouge comme une framboise.

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6 Commentaires

  1. Joel Champetier

    J’ai pleuré. De rire.

  2. Jean-Louis

    En parlant de « bon français », je note qu’il aurait fallu transcrire les paroles de Laurent en mettant « tous les lecteurs », « tous les acheteurs »,
    etc.

    Sinon, je trouve que Laurent ne ressemble pas beaucoup à sa photo…

  3. Il y a quelque chose de profondément déstabilisant dans la parfaite interchangeabilité de leur physionomie. Ça doit faire partie de leur plan de domination planétaire.

    (Ça nous a coûté combien, ce petit pot-de-vin?)

  4. WOW! Ça plante, et de loin, mon Joël McDo!!!

  5. Joel Champetier

    Toujours fascinant de constater comment une opération relativement aisée avec Photoshop — car si je comprends bien, on a simplement interverti le centre des visages — crée des chimères à la fois méconnaissables et parfaitement réalistes. On croiserait ces deux monsieurs dans un couloir, et on n’y porterait aucune attention particulière. Il est aussi amusant de constater que la chimère de droite ressemble un peu à Pierre-Luc Lafrance; son père, ou un frère plus âgé. Le milieu de la SF serait-il vraiment aussi incestueux qu’on le dit?

  6. Super travail de Photoshop. Quelqu’un qui ne connaît pas les personnages se laisserait prendre.

    Alexandre (qui devrait travailler au montage de ses entrevues baladodiffusées plutôt que de flâner sur Internet…)

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