SLO 2006: Entrevue avec Jacques Côté

(Deuxième dans une série d’entrevues réalisées au Salon du Livre de l’Outaouais 2006.)

Jacques Côté est déjà un des auteurs de polar les plus en vue du Québec. Après un début fracassant en 1998 avec Nébulosité croissante en fin de journée, il récidive en 2002 avec Le Rouge idéal, qui lui vaudra le prix Arthur Ellis du meilleur roman. Ce succès est suivi par Wilfrid Derome, expert en homicides, une biographie d’une figure marquante en sciences judiciaires. Son tout dernier livre est La Rive noire, publié chez Alire en 2005.

Photo: Jacques Coté, SLO 2006

Pourquoi les lecteurs devraient-ils se procurer vos livres plutôt que ceux d’un autre auteur?

Parce que ça va me permettre, un jour, d’être indépendant et de ne plus aller travailler comme professeur de littérature. Parce que mes lecteurs me demandent à quand le prochain: alors plus je vais vendre de livres, plus je vais pouvoir en écrire. Ça me satisfait moi d’abord parce qu’écrire, c’est ce que j’aime le plus faire dans la vie. C’est une des activités qui me procure le plus de plaisir et c’est certain que j’aimerais en faire mon gagne-pain. J’aimerais vous dire que les lecteurs devraient se procurer mes livres parce qu’ils sont les meilleurs, c’est clair et net, mais je n’ai pas cette prétention là: je ne pense pas être le meilleur, mais je pense faire de la bonne littérature policière.

Est-ce que vos livres ont des qualités sociales ou médicinales?

Je sais qu’ils ont fait faire bien des cauchemars à des lectrices, notamment Nébulosité croissante en fin de journée, donc pour les gens qui ne rêvent jamais, c’est peut-être l’occasion de retrouver la faculté de rêver ou de faire des cauchemars. Je crois aussi que, habituellement, les gens qui achètent mes livres les lisent jusqu’à la fin. Ce sont quand même des livres de 350-400-450 pages, alors pendant qu’ils font ça, ils ne pensent pas à autre chose et ont moins de soucis.

Quelle place vos livres occupent-il dans vos plans de domination mondiale?

Je ne suis pas encore au stade de la mondialisation. Pour l’instant, je vais commencer par conquérir le marché québécois: commençons localement. Mais déjà je ne suis pas très loin d’Ottawa aujourd’hui, c’est pas si mal: j’ai vendu des livres à gens d’Ottawa qui ont traversés le canal Rideau, la rivière Outaouais pour me voir. Cette année, j’ai aussi vendu cinq Deromes en France, alors c’est déjà quelque chose. Je devrais peut-être finir par conquérir le marché français.

Quel traumatisme tentez-vous d’infliger à toute la population canadienne avec ce livre?

Je pense que mon prochain essai, intitulé Salut l’indépendance -qui n’est pas une histoire, pas un roman policier- pourrait causer des traumatismes à certains fédéralistes canadiens même si moi je suis un indépendantiste qui prône une ouverture sur le monde, pas vraiment un nationalisme d’exclusion. D’ailleurs le mot nationaliste m’écoeure, je suis plutôt un indépendantiste rationnel. Peut-être que ce livre-là pourrait causer quelques maux de tête mais en même temps c’est n’est pas un livre anti-canadien, au contraire. (…) Mon but n’est pas de convaincre quiconque de devenir indépendantiste, loin de là, mais en même temps j’écris des textes sur la politique canadienne, des textes que j’ai commencé à écrire en 1991, jusqu’en 2006: [Salut l’indépendance] est un peu mon parcours d’histoire politique québécoise et canadienne, du couple Canada/Québec. On y trouve des récits, des opinions, une partie de mon journal. Mais en toute amitié, ce n’est pas un livre plein de ressentiment. Bien sûr, il y a des gens qui y passent au cash, ceux qui nous volent. Pour moi, le scandale des commandites, c’est quelque chose qui m’a beaucoup dérangé. De voir qu’on avait pu vouloir nous berner de manière aussi stupide… (…) Peut-être que ce livre-la va déranger. J’espère que non, j’espère ne pas perdre des lecteurs à cause de ça, mais comme vous voyez, moi, ce n’est pas de ne pas déplaire nécessairement, j’écris ce dont j’ai envie. Je ne sais pas si les auteurs de polar vont aimer, mais il y a peut-être d’autres individus qui vont apprécier ce type de littérature.

Puisque ceci est une entrevue avec Fractale-Framboise, nous devons demander: Pourquoi n’y a-t-il pas plus de framboises dans votre fiction?

Est-ce que qu’il y en a des framboises? Est-ce que tu as tout lu, est-ce que tu es sûr de ton coup? J’essaierai peut-être d’y remédier, peut-être dans le prochain. Un sundae framboise au curare, ça pourrait être intéressant pour cacher le crime.

Si un groupe quelconque doit condamner ton livre et te désigner comme hérétique, lequel préfèrerait-tu?

Des extrémistes de droite, des radicaux d’Al Quaeda, des extrémistes religieux. Si ces gens voudraient me détester pour des propos que je tenais contre eux, je serais fier. Parce que ces gens, il faut les dénigrer, autant qu’on peut. Il y a beaucoup de gens présentement qui se taisent parce qu’ils ont peur d’individus comme eux mais dans mon dernier roman il est question d’extrémisme religieux. Je vis très mal avec l’extrémisme religieux, ayant été élevé chez les religieuses. Très jeune, comme pensionnaire, j’ai pas mal décroché de la religion à ce moment-là. Ce qui est dommage, parce que comme bien d’autre gens, rendu à mon age, on est tous sur un rêve, on espère la grande rencontre avec Dieu… cette rencontre la n’est pas encore venue. Je pense que tout ce passé religieux derrière moi ne m’aide pas, justement, à faire cette rencontre avec Dieu. Peut-être plus tard, mais pas pour l’instant.

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2 Commentaires

  1. Comme c’est curieux! C’est bien vrai que les framboises se font discrètes dans les polars de l’heure, et même dans les techno-thrillers. Pourtant, le fruit se prête fort bien aux histoires de guerre pleines de rebondissements, comme le prouve notre bannière.

    Le premier auteur à incorporer (de façon notable) des framboises dans son récit gagne l’estime éternelle de l’équipe de Fractale framboise. Dans le cadre de notre plan de domination mondiale, ce n’est pas rien.

  2. Attention, Laurine: C’est peut-être déjà fait. Mais je n’en dit pas plus pour l’instant: Détails jeudi.

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